Critique du film Les Derniers Jours du Monde

les derniers jours du monde
La fin du monde est proche, guerres, virus, menaces nucléaires, pollution rythment les derniers jours des humains, qui essayent tant bien que mal de profiter de leurs derniers instants sur Terre. C’est le cas de Robinson, qui a l’inverse de tous, part à la recherche de la femme de sa vie, Lae(ticia), disparue quelques mois auparavant. C’est avec elle –et seulement elle- qu’il veut mourir. Entre présent et souvenirs, les derniers jours de Robinson ne sont qu’une ode à l’amour, au plaisir, aux rencontres et aux retrouvailles « de tous poils ».

L’idée générale :

Le titre est très évocateur, n’ayez aucun espoir, clairement, nous ne sommes pas dans un film américain, ou de Luc Besson (à l’antithèse du 5ème Elément donc). Pour créer le suspense, le film s’articule sur un montage alterné de flashbacks et de faits présents, soit un an environ avant la fin du monde, et les derniers jours avant celui-ci. Le basculement socio-écolo-médico-politico-économique qui entraine vers cette fin du monde reste très silencieuse. Ce qui est représenté à l’écran, c’est le basculement amoureux que connaît Robinson, en rencontrant cette femme énigmatique qu’est Laeticia et quittant femme et enfant pour elle. Entre les souvenirs et le présent, deux détails d’importance s’imposent dès les premières minutes et permettent de fluidifier la compréhension de la temporalité du récit: Laeticia n’est plus là et Robinson a perdu un bras. L’un et l’autre étant lié, le suspense du film se base en grande partie sur les réponses qui y seront apportées par la suite.

La fin du monde, quant à elle, est inévitable. Les humains, fatalistes, l’acceptent et tentent de jouir, dans tous les sens du terme, de leurs derniers instants de vie. Le spectateur se fait vite à l’idée aussi. Car aucune solution n’est apportée ici, qu’elle soit politique ou surnaturelle. Ce qui compte, c’est l’histoire de Robinson et son amour pour Lae. On est donc dans la science-fiction pure et dure, mais très loin du regard américain. Car Les derniers jours du Monde est avant tout un film d’auteurs, intimiste, caractéristique d’un cinéma à la française, mais où le genre fantastique apporte de nouvelles facettes de réflexion et surtout de mise en scène, sublimant d’une certaine façon un récit et des acteurs à leur juste niveau. Nous ne sommes pas loin Des Fils de l’Homme (Alfonso Cuarón) et de Blindness (Fernando Meirelles), le budget en moins.

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Le bon :

Les acteurs justement. Un casting osé que les réalisateurs ont réussi à sortir des sentiers battus, notamment concernant Catherine Frot (superbes scènes de Pamplelune et du théâtre de Toulouse) et Karin Viard (où comment évoquer le pire pendant une scène d’amour rarement vue au cinéma). Mathieu Amalric, omniprésent à l’écran, est dans son élément. Son personnage semble être en continuité avec celui qu’il interprétait dans De la guerre. Sans parler de Sergi Lopez, dont chaque apparition coupe le souffle. On regrettera d’ailleurs que son rôle ne soit pas plus détaillé, car le duo avec Amalric tombe sous le sens : pourquoi n’ont-ils pas joués ensemble plus tôt ? Certaines séquences sont impressionnantes de virtuosité dans la mise en scène : la fête de Pamplelune, avec les plans de foule semblant « avaler » Catherine Frot et Mathieu Amalric, la ville de Toulouse assiégée, l’hôtel et la très belle séquence dédiée au personnage de Clotilde Hesme. La nudité et l’intimité des couples, ne sont jamais dérangeantes. Les frères Larrieu savent filmer pudiquement l’impudeur et ne s’en privent pas.

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Le moins bon :

Il faut s’accrocher le long de la première demi-heure car l’intrigue tarde à démarrer et l’on ressent une sorte de contre rythme entre les acteurs et l’action du film. Les effets spéciaux mal gérés au début (Biarritz et les « cendres ») renforcent cette impression de voir un film inabouti et mal monté, pour heureusement trouver un rythme et permettre au spectateur de s’imprégner de l’inquiétante atmosphère de ces derniers jours du monde. Certains souvenirs de Robinson sont un peu long, voire inutile et freine avec un léger agacement le « bon » déroulement des derniers jours avant la Fin. Car les souvenirs de Robinson sont tous liés à Laeticia, incarnée à l’écran par l’actrice novice Omahyra Mota. Le décalage de son jeu avec ceux des acteurs confirmés est lui aussi un brin énervant, mais permet de représenter l’originalité du personnage et la motivation de Robinson de la retrouver avant de mourir. La séquence du Château, tellement clichée, est aussi un peu décevante, avec une apparition de Sabine Azema dispensable.

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Le bilan :

Un film français audacieux dans la forme et dans le fond, servi par un très beau casting et des beaux décors du sud de la France et de l’Espagne. Un sujet difficile dont se sortent particulièrement bien les réalisateurs. Un film qui devrait inspirer le cinéma hollywoodien en arrivant à mêler de front des genres bien différents, comme l’avaient fait avant les frères Larrieu des cinéastes comme Godard (Alphaville), Truffaut (Fahrenheit 451) ou plus récemment Robin Campillo (avec l’excellent Les Revenants).

Caro

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