Sin Nombre, entretien avec Cary Fukunaga

affiche sin nombre

Sin Nombre sort demain. Ce film intense est peut-être un des meilleurs films que j’ai vu cette année mais je ne vais pas en faire ici la critique (qui ne serait que dithyrambique), je vais vous parler de ma rencontre avec son réalisateur, Cary Fukunaga.

Filmgeek a beaucoup de lectrices, avec un clin d’œil appuyé, j’insiste beaucoup sur le fait que je l’ai rencontré en tête à tête, merci Cinéfriends et Diaphana 😉 Je ne sais pas ce qui m’a le plus marqué dans cet entretien : le talent et l’intelligence de ce réalisateur, ou sa beauté, sa gentillesse et sa disponibilité. Bref, une de ses rencontres qui sortent largement du lot et qui impressionnent fortement. Il en reste, plusieurs semaines après, la très belle impression que j’ai eu de la chance en le rencontrant à ses débuts car il est incontestable que ce jeune homme a une carrière prometteuse qui s’annonce.

Cary Fukunaga

Voici dans la suite, un compte-rendu de la vingtaine de minutes passée en sa compagnie :

Notre rencontre commence sur son parcours. En effet, qui est Cary Fukunaga ? C’est un jeune réalisateur de 32 ans, dont le premier long métrage, Sin Nombre, obtient un grand succès critique partout où il est distribué. Il a débuté il y a une dizaine d’année en étant assistant sur des tournage de vidéo-clip, ceux des Destiny Childs, de Britney Spears, et autres Beyoncé. Pour sortir de l’engrenage du clip, il a décidé à l’âge de 24 ans de faire un maitrise de cinéma à l’université de New-York City. Son projet de film de fin d’études devait pour lui « avoir quelque chose à dire ». Le sujet de court-métrage sera donc des clandestins cachés dans un camion passant la frontière Mexique/USA. Ce qui l’intéresse, c’est la traversée de l’Amérique Centrale jusqu’aux USA qui est plus dangereuse que le passage de la frontière états-unienne. L’imaginaire d’une apocalypse, d’un « western » de l’immigration, présent dans le court-métrage, a bénéficié d’un fort succès dans les festivals, jusqu’à ce qu’il soit remarqué par Focus Features, qui lui donne deux ans pour préparer son long-métrage. Comme un journaliste d’investigation, le jeune cinéaste a enquêté sur les gangs et les immigrants, a découvert tous les parcours géographiques, économiques et relationnels qui se liaient entre les différents protagonistes de cette réalité sociale. Contrairement à Christian Poveda et à sa Vida Loca, le film reste une fiction, même s’il s’appuie sur de nombreux éléments documentaires. Il ajoute d’ailleurs que malgré le fait que son film ne soit pas encore sorti officiellement en salles dans les pays concernés, le film, facilement trouvable sur le marché noir, possède déjà un succès d’estime chez les gangs et ex membres de gangs. Son seul regret, c’est que le film soit sorti au Mexique au début de l’épidémie de grippe H1N1, lui empêchant d’avoir une exploitation correcte dans ce pays majoritairement touché par les problématiques de Sin Nombre.

A propos du voyage en train, séquence forte du film, il nous explique qu’il l’a effectué personnellement, dans les conditions d’un immigrant, pendant la préparation au tournage. Cela lui semblait indispensable pour voir de ses propres yeux le voyage, les paysages, mais aussi pour la rencontre avec les autres voyageurs : la fatigue, le danger, la détresse, les émotions profondes et extrêmes, c’est ce qu’il voulait découvrir pour commencer à imaginer visuellement les futures images du film et les sentiments que les acteurs devaient jouer. Le tournage en lui-même fut plus simple, ayant une ligne de train à disposition pendant plusieurs jours puis des camions aménagés comme des wagons. Techniquement, le tournage fut fatiguant, avec son lot de problèmes, mais pas plus qu’un autre film.

Le générique du début nous propose une surprise intéressante chez les producteurs exécutifs, où le nom de Gael Garcia Bernal apparaît. Cary Fukunaga nous précise alors que ce producteur n’a été pour lui qu’un « parrain », une aide symbolique qui crédibilisait son projet, notamment au Mexique, mais que la « vraie » productrice reste Amy Kaufman, présente sur le film depuis le début et très impliquée dans toutes les étapes du projet. On sent une grande reconnaissance du réalisateur pour sa productrice.

Cary Fukunaga-2

Le grand atout du film étant les acteurs, je ne pouvais pas ne pas lui poser la question du choix des comédiens. Nous apprenons ainsi que le casting a été plutôt traditionnel pour les acteurs principaux, et « sauvage » pour certains membres des gangs.
Le maquillage des tatouages était pour lui très important. Il nous explique qu’il y a des droits sur les tatouages des membres de gangs, il fallait donc qu’ils soient très crédibles tout en étant originaux. En tout cas, à l’écran, le résultat est saisissant, et le jeu des acteurs aidant, les tatouages paraissent plus vrais que nature…

Notre entretien aborde ensuite les inspirations qui influencèrent ses choix formels. En véritable cinéaste engagé, il nous confie que celles-ci étaient essentiellement photo-journalistiques et moins cinématographiques, malgré des références évidentes pour lui au cinéma des années 70, notamment aux films de John Cassavetes et de Terence Malick. Il ne voulait pas réaliser quelque chose d’esthétisant ou de stylistique. Il souhaitait des images naturelles et réalistes. Malgré son respect pour les films de Cuarón, Meirelles ou Iñárritu, il a essayé de ne pas s’en inspirer pour Sin Nombre.

Pour finir, nous lui posons la question évidente concernant ses futurs projets : qu’elle ne fut pas ma surprise (bonne surprise je précise) d’apprendre qu’il écrit actuellement un projet radicalement opposé à Sin Nombre : un conte de fées contemporain mis en scène sous forme de comédie musicale. Cette volonté réactionnaire lui apparaît comme salutaire pour pouvoir « revivre » après les six années de sa vie qu’il a accordées à Sin nombre.

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J’espère que le résumé de cet entretien vous a donné envie d’aller découvrir le premier film de ce grand cinéaste en devenir. En attendant, vous pouvez visionner la bande-annonce pour vous faire une idée :


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Caro

0 réflexion sur « Sin Nombre, entretien avec Cary Fukunaga »

  1. Hello !
    J’ai eu l’occasion de le voir à l’UGC le bien joli jeune homme…
    Je trouve qu’il est intéressant de voir Sin nombre en miroir avec le doc de Poveda, les deux films se répondent parfaitement sur le plan des gangs (avantage pour Cary, à la fin de la fiction les morts se relèvent).
    Par contre, la beauté de certains plans (dont le premier d’ailleurs est à tomber) m’a fait songer à Dreams de Kurosawa ou Dolls de Kitano… L’atavisme sans doute
    ;D

  2. Yeah ! Moi aussi j’espère qu’on en fera plein d’autres des interviews aussi sympas 🙂

    Caro gère les messieurs et moi les demoiselles alors 😛

  3. Wow !

    Moi, je dis … Je suis jaloux !
    Voila, y’en a qui ont de la chance…
    Mais nous aussi on est chanceux d’avoir le résumé de la rencontre sur FG.

    Merci Caro et toute l’équipe FG pour cette rencontre.

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