Critique du film L’Autre Monde et rencontre avec le réalisateur Gilles Marchand

Aujourd’hui sort le deuxième film de Gilles Marchand, L’Autre Monde, sept ans après Qui a tué Bambi  ?, son premier film.

l autre monde

Synopsis : C’est l’été dans le sud de la France. Gaspard (Grégoire Leprince-Ringuet ) est un adolescent heureux qui partage son temps avec ses amis et sa copine, Marion. Mais Gaspard va rencontrer Audrey et sa vie va basculer. Car Audrey (Louise Bourgoin) est belle, sombre et double. Sur un jeu en réseau elle se fait appeler Sam et cherche un partenaire pour mourir. Pour tenter de l’approcher, Gaspard se crée lui aussi un avatar, Gordon, et part la retrouver dans Black Hole.

black hole

L’autre Monde a pour sujet l’adolescence, le désir, la féminité, les univers virtuels sociaux, le suicide : ce mélange atypique sur le papier prend vie de façon parfois maladroite à l’écran mais n’enlève rien à l’originalité de ce film, qui oscille entre les amours adolescentes du Conte d’Eté de Rohmer et le fantasme de la femme fatale de certains films noirs d’Hitchcock ou Lang. Sans prétention aucune, Gilles Marchand propose dans ce récit une structure narrative simple s’inscrivant dans un cadre plus complexe, et finalement, plutôt ambitieux pour la famille de ce cinéma français plutôt intimiste à laquelle il appartient (rappelons qu’il est l’ami et le co-scénariste de cinéastes comme Dominik Moll –qui a co-scénarisé d’ailleurs L’Autre Monde- Laurent Cantet ou encore Cédric Kahn, et qu’ils ont fait la FEMIS ensemble).

poupaud bourgoin

Outre son intérêt scénaristique, le film propose de belles compositions d’acteurs, Louise Bourgoin en tête, débordante de charme et de mystère et dont le jeu troublant est renforcé par la présence de Melvil Poupaud. Celui-ci bénéficie d’un rôle ambigu, peut-être trop peu exploité au long du film, malgré son ampleur dramatique et ténébreuse majeure qui contraste avec le personnage de Grégoire Leprince-Ringuet. Ce dernier, que l’on voit quasiment à chaque plan, dégage pour le rôle de Gaspard une personnalité d’une grande justesse, oscillant entre la force mature de l’homme adulte et les faiblesses du jeune garçon qui peine à quitter ses illusions naïves du monde des « grands ».

Les défauts du film résident essentiellement dans la mise en scène, hésitante et manquant souvent de cohésion. Le monde virtuel, Black Hole, repose sur des clichés de représentation, s’appuyant surtout sur des fantasmes des univers virtuels, gothiques et sadomasochistes, qui feront crisser les dents de plus d’un geek. Seule la « plage noire » de Black Hole propose une idée particulièrement pertinente et poétique de cet univers, où « l’autre monde », n’est finalement pas celui que l’on croit.

audrey gaspard

En bref, L’Autre Monde est un film difficilement classifiable, où résonne le mystère d’un univers noir et dérangeant dans le monde réaliste des premiers émois adolescents et de la perte de la naïveté. Au creux des chaleurs estivales, vous pourrez vous laisser tenter sans aucun déplaisir par la fraicheur sensuelle qui émane de cet Autre Monde…

Filmgeek a pu rencontrer Gilles Marchand (merci à Haut et Court de cette sympathique opportunité) avec quelques autres bloggeurs et aborder avec lui quelques points de son film. Je vous en propose un petit résumé :

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La première question a porté sur la participation du site web « tous coprod » dans la production du film. Les producteurs du film se sont intéressés au site essentiellement pour l’aspect communautaire qui s’en dégageait, et permettre ainsi de donner accès aux coulisses ou aux avant-premières aux « collaborateurs » : ce n’était donc pas une volonté de financement mais plus une idée de communication. Pour Gilles Marchand, cette démarche était plaisante mais ne le concernait pas directement : il n’avait pas à discuter des choix artistiques avec les collaborateurs de « tous co-prod ».

La seconde question s’est orientée sur la place de la femme fatale dans le film, qui pouvait être vu comme un hommage au film noir. Gilles Marchand se retrouve dans cette étiquette du film noir pour L’Autre Monde : il a aimé jouer avec les codes du genre, même si de façon générale, il s’est inspiré de films qui s’intéressent à l’âme humaine, à l’attraction, à l’attirance.

Et comment lui est venue l’idée du film ? Tout simplement à partir d’une expérience quotidienne (un joueur dans un lieu public). Il a commencé à imaginer la vie privée du joueur et la vie de son avatar. Il a relié l’idée avec le fantasme du suicide qui reste très lié à cet univers. Il avait  envie de confronter aussi les esthétiques du virtuel et du réel, de façon très distincte : pas en incrustant les éléments réels dans l’image « réelle » (hybridation) mais au contraire en jouant sur le contraste d’un monde purement virtuel et un autre uniquement réel : tout est bien séparé à l’image et c’est la puissance de l’imaginaire du spectateur qui peut rendre ainsi le virtuel poreux au réel, et réciproquement : c’est l’engagement mental qui crée le trouble, et non les jeux de représentations des images du film.

Au-delà de l’histoire, voulait-il viser un public ou faire une critique des dangers du virtuel ? Il a voulu montré une histoire ayant comme thème l’attirance des choses obscures. C’est un film assez autobiographique, même si dans son adolescence, Gilles Marchand ne pouvait connaitre les jeux en réseaux, il pratiquait la passion du cinéma. Pour lui, son film n’est pas réac’ mais ça l’intéresse qu’on puisse l’interpréter de différentes façons : plus que le jeu en soi, c’est l’attirance elle-même, autant sexuelle que morbide, qui est le sujet du film : il ne voulait pas mettre en cause les jeux virtuels mais plutôt les malentendus et la manipulation.

A propos de ses casquettes de scénariste et de réalisateur : il ne s’est jamais senti dans une case précise. Il prend énormément de plaisir à écrire sur les projets des gens qu’il apprécie : il aime visiter la tête des autres. Dans ses propres films, il doit visiter sa propre tête. Non sans humour, il nous a précisé à ce moment qu’il était plus facile de prendre du plaisir avec les autres que tout seul.

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Et l’expérience Cannoise, qu’il commence à bien connaitre ? C’est un grand 8 émotionnel, qui lui a donné beaucoup de plaisir avec ses amis cinéastes, mais aussi en tant que réalisateur avec Bambi ou comme spectateur (il y va tous les ans, pendant toute la durée du festival). Il aime aussi le côté festif de cet évènement.

Enfin, concernant le casting, il a expliqué qu’il écrivait ses scénarios sans penser à des acteurs précis : les personnages doivent déjà vivre sur le papier. Il a ensuite choisi le rôle de Garpard et le choix de Grégoire Leprince-Ringuet a été évident pour la question d’équilibre qu’apportait le jeune acteur au personnage. Louise Bourgoin a été présentée par les productrices du film, elle venait de finir le tournage de La Fille de Monaco et celui d’Adèle Blanc-Sec n’avait pas encore commencé. Gilles Marchand avait été hésitant au départ, mais après les premières rencontres, il a été agréablement surpris et a été convaincu par l’enthousiasme de Louise pour le film (au premier rendez-vous, elle lui avait parlé de ses aventures sexuelles sur Second Life…) et la palette émotionnelle qu’elle dégageait aux essais. Elle possédait le mystère qu’il recherchait. Pour Melvil Poupaud, le rôle était difficile et pour Gilles Marchand, cet acteur était l’un des seuls à correspondre physiquement et mentalement parlant : tout est lisible dans le film, sauf ce personnage finalement.

Caro

0 réflexion sur « Critique du film L’Autre Monde et rencontre avec le réalisateur Gilles Marchand »

  1. je m’appel idrissa j’habite en belgique ,j’aimerai rencontré un producteur de film,j’avais une histoire impressionante avec beaucoup de succé,donc aidé moi svp?VOILA MON NUMERO (0032)487/542141 merci

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