Critique du film Nos héros sont morts ce soir

Nos héros sont morts ce soir

Un film français qui rend hommage au Film Noir du cinéma d’après-guerre, déjà ça attire l’attention… Ni vraiment un polar, ni vraiment un film sur le catch comme on pourrait le croire au départ, mais plutôt une réflexion sur le thème du Héros, sur le bien et le mal et leur représentation, le noir et le blanc et leur symbolique, l’amour et l’amitié et leurs limites…. Le magnifique noir et blanc et la reprise des codes de films de gangsters, installent un atmosphère unique, entre rêve et réalité. Quand aux acteurs, que ce soit les premiers ou les seconds rôles, la galerie de « tronches » complète à merveille le tableau onirique de David Perrault. Il évite les écueils du pastiche, de la parodie et le côté « vieux Paris pittoresque de carte postale ». La mythologie rétro qu’il met en scène, il l’aime sincèrement, il se l’approprie pour livrer une œuvre éminemment personnelle.

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Nous sommes en France, au de?but des anne?es 60. Simon est catcheur, c’est le meilleur moyen qu’il ait trouvé pour gagner sa vie. Les combats, mis en scène et bien évidemment truqués, sont organisés par la pègre locale. Un univers pas franchement rassurant, mais c’est plutôt bien payé et par les temps qui courent ça ne se refuse pas. Le milieu a ses codes, chaque combattants porte un masque et un nom de scène bien évocateur pour que le public s’y attache et les dissocie. Il s’identifiera au « bon » et rejettera « le méchant ». Ce sera « L’Ange Blanc » contre « Le Dragon de Bagnolet », « Petit Prince » face au « Bourreau de Béthune ». Simon est du côté du « bien », il porte un masque blanc et sur le ring il est « Le Spectre ». Il a une amitié anciennement amoureuse avec Jeanne, tenancière de bar et grande lectrice, et commence une histoire avec Anna, une jeunette amatrice de musiques nouvelles : c’est l’époque où un certain Gainsbourg commence à faire parler de lui…

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Dans cette vie relativement tranquille, il retrouve son vieil ami Victor, sans boulot, tout juste de retour de l’enfer de la guerre d’Algérie, et lui propose de le présenter à son coach Ferdinand. Victor est costaud, massif même. Il en impose, pour un peu il ferait peur… Parfait, il sera détenteur d’un masque noir et surnommé «L’Équarrisseur de Belleville ». Alors que « Le Spectre » représente la justice et la bonté, « L’Équarrisseur de Belleville » est plutôt censé être de l’autre côté de la barrière. Combat en trois rounds, tous les coups ou presque sont permis et à la fin c’est le masque blanc qui gagne, c’est le bien qui terrasse le mal, il faut bien que le public soit content. Et pour Victor, encore fragile, le ro?le parai?t biento?t trop lourd a? porter. Il aimerait bien pour une fois dans sa vie, e?tre dans la peau de celui qu’on applaudit, qu’on encourage, qu’on adule. Simon sugge?re alors a? son ami d’e?changer les masques. Mais on ne trompe pas ce milieu-la? impune?ment…

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C’est un film sous influence, on pense bien sûr à Jean-Pierre Melville, Jacques Becker ou Robert Wise. Et comment ne pas citer Lino Ventura qui fût lui-même catcheur avant d’embrasser la carrière d’acteur. Les clins d’oeil et références sont multiples mais ne parasitent jamais l’intrigue. Pas besoin d’être cinéphile pour apprécier l’histoire et l’ambiance « polar » qui se dégage du film. Les dialogues sont ciselés, on prend un grand plaisir en voyant Pascal Demolon exceller en tueur narcissique ou Philippe Nahon jouer les coachs intraitables. David Perrault signe ici son premier-long-métrage, il convoque ces maîtres mais s’en affranchi parfaitement, la mise en scène est soignée et réussie. Et une fois cette belle machine lancée, ça déménage pour notre plus grand plaisir, jusqu’à un final superbe. Un premier film vraiment prometteur !

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Nos héros sont morts ce soir
Écrit et réalisé par David Perrault

France 2013 1h37
avec Avec Denis Ménochet, Jean-Pierre Martins, Constance Dollé, Philippe Nahon, Pascal Demolon, Alice Barnole, Yann Collette

Critique du film 9 mois ferme d’Albert Dupontel

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L’excellent acteur et réalisateur Albert Dupontel est de retour sur nos écrans, véritable électron libre du cinéma comique français. Il faut l’avouer le gars s’est un peu assagi, la narration est plus fluide, le scénario plus nourri et mieux construit, le rythme beaucoup moins étourdissant que dans ces précédents films… mais il reste le maître de la comédie punk. Son grain de folie est toujours présent, prêt à surgir au tournant de n’importe quelle scène. Dupontel a le don pour inventer des histoires abracadabrantesques dont seul lui à le secret mais toujours emprunt d’une réalité sociale. D’ailleurs, dans la paysage ultra-formaté de la comédie française, Dupontel détonne, c’est le surdoué qui s’ingénie à rester le mauvais élève de la classe, qui dynamite les codes éculés de ce genre. Contrairement à son compatriote Danny Boon, qui lui n’a guère de talent si ce n’est de toucher 7,5 millions d’euros pour ses films (le triste record français pour un réalisateur-scénariste-acteur), Albert Dupontel nous délecte avec ses comédies de moeurs déviantes et corrosives! Et puis cette fois-ci, il a convoqué la géniale Sandrine Kiberlain pour camper le rôle principale, une des rares actrices à pouvoir mêler comédie et drame. Elle est formidable et rien que pour ça le film vaut le coup d’oeil!

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Ariane Felder est une juge d’instruction intraitable, droiture, sérieux et abnégation sont ces préceptes. Et dans sa vie de quarantenaire célibataire, pas grand chose d’autre que son boulot. Pas le temps pour sortir s’éclater ou flirter. Mais le soir du 31 décembre, une énorme fête est donnée dans les murs luxueux du Palais de Justice de Paris. Et oui les avocats, juges et consorts ont bien le droit de faire la fête aussi. Profitant de cette débauche organisée, les collègues d’Ariane dont le collant De Bernard, l’embarquent. Dans cette ambiance débilitante, elle s’alcoolise plus que de raisons, il faut au moins ça pour supporter tous ces abrutis pense-t-elle… Le juge Felder s’y emploie avec le sérieux qui la caractérise, siffle flûte après coupe, tant et si bien que c’est au radar qu’elle quitte le tribunal, après minuit, après avoir été contrainte de souhaiter une bonne année à toute cette bande d’andouilles… Bref une soirée à oublier vite fait, et on se remet au travail…Six mois plus tard, notre juge apprend qu’elle est enceinte. Bien décidé à garder le contrôle de sa vie et de son corps, elle veut se débarrasser de l’intrus, mais légalement elle ne peut rien faire. Après avoir effectué des analyses ADN, il s’avère que c’est Bob Nolan, un cambrioleur multi-récidiviste, le coupable de ce crime odieux. Le délinquant est enfermé en prison pour avoir, lors d’un vol, tué le vieux proprio de la baraque et gobé ses yeux (un globophage d’après les experts!). Le chemin pour comprendre ce qui s’est passé et se confronter au terrible Bob sera loin d’être une sinécure.

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Autour du formidable duo Kiberlain-Dupontel, le reste de la distribution est impeccable, avec mentions spéciales à l’avocat bègue et parfaitement incompétent de Bob, joué par Nicolas Marié, sa prestation est à mourir de rire! On retrouve également Bouli Lanners en vidéo-surveilleur zélé et Jean Dujardin en traducteur télé en langue des signes, beau programme. Albert s’est amusé a insérer plein de cameo de ses potes dans le film… On y retrouvera avec grand plaisir Terry Gilliam, Yolande Moreau, Jan Kounen ou Gaspar Noé. D’ailleurs la mise en scène maîtrisé de Dupontel, est largement influencé par Gilliam, voir même de Kounen et Noé. Et pour la petite histoire, la juge qui préside le procès dans le film n’est autre que Michelle Bernard-Requin, véritable magistrate dans la vie qui était la protagoniste principale dans le doc 10e chambre – Instants d’audiences de Raymond Depardon. Elle a également été d’une grande aide en le conseillant sur les incohérences de son scénario sur la réelle procédure juridique. Dupontel explique d’ailleurs que c’est après avoir vu ce remarquable documentaire qu’il a eu l’idée de départ de 9 mois ferme.

Stephen

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9 mois ferme
Écrit et réalisé par Albert DUPONTEL
France 2013 1h22
avec Avec Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Nicolas Marié, Philippe Uchan, Philippe Duquesne, Bouli Lanners…