Critique du film Iron Man 3 de Shane Black, avec Robert Downey Jr et Gwyneth Paltrow

Synopsis officiel

Tony Stark, l’industriel flamboyant qui est aussi Iron Man, est confronté cette fois à un ennemi qui va attaquer sur tous les fronts. Lorsque son univers personnel est détruit, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver les coupables. Plus que jamais, son courage va être mis à l’épreuve, à chaque instant. Dos au mur, il ne peut plus compter que sur ses inventions, son ingéniosité, et son instinct pour protéger ses proches. Alors qu’il se jette dans la bataille, Stark va enfin découvrir la réponse à la question qui le hante secrètement depuis si longtemps : est-ce l’homme qui fait le costume ou bien le costume qui fait l’homme ?

Commentaire et critique

Après avoir frôlé la mort à New-York (dans The Avengers), Tony Stark n’a plus goût à la fête. Enfermé dans son labo avec Jarvis et son équipement toujours plus hightech, renfermé sur lui-même, il ne dort plus, il doute de lui-même et compense en se vouant corps et âme à la création d’armures toujours plus perfectionnées. Rappelez-vous, dans The Avengers, il portait la Mark 7. Au début de Iron Man 3, l’ennui et la dépression lui ont donné le temps et les moyens de travailler sur bien d’autres modèles, puisqu’il met alors à l’essai le prototype de la Mark… 42. Cette dernière est une armure surpuissante et surprenante, mais encore imparfaite et incontrôlable, à l’image de son créateur. Mark 42 est son obsession, sa fuite… C’est le masque qui lui permet d’éviter de se confronter à la réalité de ce qu’il vit et ressent… En effet, il se pourrait bien que le désinvolte, le narcissique, le flamboyant Tony Stark ait un coeur, caché, là encore, sous l’électro-aimant qui lui permet de vivre. Mais entre (sur)vivre pour soi et vivre avec les autres, Tony devra faire un choix : celui de tomber le costume (de fer)…

Kiss Kiss Blank Blank ? :

Le meilleur ennemi de Tony Stark ne serait-il pas Iron Man (et réciproquement) ? Bien évidemment la question a été déjà posée et largement développée, dans Iron Man 2 comme dans The Avengers. Rien de bien nouveau encore ici, si ce n’est que cette fois-ci, Tony n’est plus seul. Ou du moins, il comprend enfin qu’il n’est désormais plus seul…

Pepper l’aime et vit avec lui, elle lui fait aveuglement confiance et le comprend comme aucun(e) autre (hormis peut-être le docteur Bruce Banner, mais ça, c’est une autre histoire que je fantasme). Quand Pepper est en danger, il n’est plus du tout question de rigoler. Tony s’inquiète, s’émeut, se déchaine… ce qui donne lieu à quelques séquences plus sensibles et subtiles que d’autres, mais aussi quelques répliques bien senties et parfois des réactions étonnantes…

Happy a pris du grade, puisqu’il n’est plus son garde du corps (Iron Man n’a pas besoin de garde du corps) mais désormais son chef de la sécurité ; cependant, l’amitié et la complicité entre les 2 n’en demeurent pas moins tendres et fraternelles. Et puis ils sont fans de Downton Abbey. Et ça, c’est sacré.

War Machine, qui avait largement pointé le bout de son masque dans le 2, revient ici en Iron Patriot, customisé par U.S. Air Force aux couleurs subtiles du drapeau américain. Donnant lieu à un certain nombre de plaisanteries et d’un second degré « patriotique » plutôt bienvenu (déjà bien présent dans Captain America et The Avengers), on regrettera pourtant que le personnage du Colonel Rhodes (Don Cheadle) soit si peu approfondi, ne servant que de faire valoir moral au puéril et excentrique Tony Stark. C’est peut-être ici le point faible du film concernant la « consolidation » de l’entourage proche de Stark/Iron Man : en effet, le traitement Rhodey/War Machine/Iron Patriot est malheureusement assez expéditif et approximatif, frustrant donc.

Cette frustration nous la retrouvons aussi largement en la présence du second rôle féminin interprété par Rebacca Hall, Maya Hansen, qui aurait pu être absolument géniale, si son rôle n’avait pas été si bêtement illustratif. Une jolie fille sympa qui serait AUSSI un génie scientifique ? ça annonçait du très bon dès la 1ère séquence du film (un peu à l’image de l’excellente Scarlett Johansson/Natasha Romanoff dans Iron Man 2), mais sur la longueur, les scénaristes (et les monteurs ?) ont dû trouvé cela trop peu crédible aux yeux des spectateurs et l’ont progressivement rangée dans le placard à plantes vertes. Certainement le plus grand gâchis du film…

Heureusement, les personnages d’Aldrich Killian (Guy Pearce, plutôt bon, bien que trop formaté) et surtout celui du Mandarin (Ben Kingsley, comme vous ne l’avez certainement jamais vu) permettent la construction d’une intrigue plus efficace que celle d’Iron Man 2 et moins risible que celle de The Avengers. Entre expérimentation militaire, nanotechnologies, complot d’envergure (inter)national et terrorisme anarchique, l’intrigue fait surtout appel à Extremis, sorte de virus permettant de transformer des hommes et des femmes en super-mercenaires quasi invincibles et indestructibles (et très enragés). On est très loin du serum de Captain America… Et cette nouvelle forme d’ennemis, on s’en doute, ne peut que donner du fil à retordre à Tony, qui va à nouveau devoir faire preuve d’intelligence et de tactiques de combat et de défense plus ou moins improvisées, donnant souvent lieu à des scènes particulièrement surprenantes et spectaculaires. Et ça tombe plutôt bien, c’est aussi pour ça qu’on va voir un film comme Iron Man.

Iron(ic) Man :

Un des points forts du film est certainement le personnage de ce petit garçon, Harley, qui va aider Tony à un moment où Mark 42 et Jarvis décident inopinément de prendre un peu de repos dans un trou perdu des Etats-Unis, après une scène de destruction remarquablement bien foutue (et presque émouvante) que je vous laisserai découvrir par vous-même. Alors, là aussi, rien de bien exceptionnel dans l’écriture de ce duo Tony/Harley, mais on y retrouve une « Shane Black Touch » plutôt réjouissante. C’est surtout dans ce moment du film que le buddy movie se fait sentir, évitant que le film traine en longueur à ce moment de l’intrigue contre Extremis et le Mandarin. Le détournement que Shane Black fait de sa propre marque de fabrique devient ainsi tout aussi drôle que grinçante, avec quelques répliques savoureuses.

Et alors donc, la grande question : Shane -L’Arme Fatale 1 et 2, Le Dernier Samaritain, Last Action Hero, Kiss Kiss Bang Bang- Black, ça vaut vraiment quoi, ici ? Reconnaissons que tout ce qui fait le nouvel intérêt d’Iron Man 3 – le petit plus à la recette qui ne change pourtant pas – c’est bien l’arrivée de Shane Black aux commandes. Enfin, aux commandes… La franchise parait parfois comme une armure vide géante tirée par les grosses ficelles des studios.

Mais… Shane Black, grâce à qui Robert Downey Jr avait ressuscité dans le génial Kiss Kiss Bang Bang (2005), a réussi à placer quelques fils supplémentaires là où généralement on ne trouvait plus grand chose. Jon Favreau et Joss Whedon, malgré tous leur mérites (un travail d’écriture plutôt sympa au niveau des interactions entre les personnages pour The Avengers, notamment), avaient malheureusement bien trop disparus derrière de grosses blagues potaches (efficaces, certes) et des idées visuelles marquantes, mais rongées par un excès d’effets en tout genre qui perdait le spectateur et le sens même du film.

Alors, soyons (voyons) clair, ce n’est pas non plus la panacée avec Shane Black, mais il s’en tire plutôt honorablement, même dans les scènes d’action. Comme dans les autres films, le climax est toujours aussi spectaculaire et virevoltant, dans l’excès permanent, mais ici, nous restons face à un excès « sous contrôle ». En effet, contrairement à la fin d’Iron Man 2 et de The Avengers où l’on bascule très vite dans un excès grotesque involontaire, ici, la mise en scène et l’écriture des scènes d’action parviennent à rester dans une certaine maîtrise (toute relative) du spectaculaire. L’écriture et la mise en scène de Shane Black permet ainsi au spectateur de toujours se situer dans l’espace et le déroulement des actions plus qu’impressionnantes, sans jamais perdre (ou presque) le contrôle de ce qu’il est en train de regarder et comprendre de la situation. Vous en aurez plein les yeux (surtout avec la 3D relief, très efficace), mais sans être pour autant aveuglé par le feu d’artifice permanent. Et c’est suffisant rare pour que cela soit souligné.

A coeur ouvert :

La sortie d’un nouveau film de chez Marvel, c’est la promesse d’un bon divertissement grand public, cool et spectaculaire : c’est par excellence la sortie entre potes et la sortie familiale (enfants, parents, grands-parents,…). La sortie d’un nouvel Iron Man (inclus The Avengers), c’est aussi la promesse d’un show inégalable de Robert Downey Jr, décomplexé à souhait, réjouissant d’extravagance, d’impertinence et d’auto-dérision. Un acteur (et un personnage) qui se veut, bien évidemment, davantage charismatique que Thor, Captain America et autres Hulk. Iron man 3 se lance ainsi assez fièrement au sommet de l’ensemble des derniers Marvels, plaçant la barre haut, barre que certainement seul The Avengers 2 cherchera à atteindre.

Rien de nouveau cependant sous le soleil de la franchise : la recette est toujours la même (mais elle fonctionne, pourquoi la modifier ?), cependant ici, quelques surprises et coups de théâtre (des spoilers sur lesquels je n’insisterai pas, vous verrez bien par vous-mêmes) permettent d’ajouter une saveur nouvelle, saveur un peu piquante que certains adoreront, que d’autres oublieront très vite après l’avoir goûtée.

Malgré la participation appréciée de Shane Black, l’intrigue d’Iron Man 3 aurait pu être davantage consolidée, mais dans le genre, on a rarement vu mieux. Alors le temps de la projection, ne boudons surtout pas notre plaisir ! Et promis, Robert Downey Jr réussira toujours à vous tirer un paquet de sourires et même quelques éclats de rire sincères et spontanés 🙂

Caroline

Critique et conférence de presse du film Die Hard 5 : Belle journée pour mourir, de John Moore, avec Bruce Willis.

 

Le lundi 11 février, Filmgeek a été invité à découvrir le nouvelle opus de la saga Die Hard : « Die Hard 5 : Belle journée pour mourir », et à rencontrer ensuite les deux acteurs principaux  : Bruce Willis et Jay Courtney.

Comment dire non à Bruce Willis ? Comment dire non à John McClane ? [Il ne faut jamais dire non à John McClane…]

Un mot sur le film, tout d’abord. Promis, je ne me lancerai pas dans l’une des mes critiques à rallonge… Par contre, pour ceux qui tiennent absolument à voir le film et à garder toute forme de surprise, ce que je vais dire présente quelques spoils.

Comme certainement un grand nombre d’entre vous, je suis une fan absolue de Die Hard 1 : Piège de Cristal et Die Hard 3 : Une journée en Enfer. Films piliers de l’action spectaculaire badass, drôle et assez intelligemment écrite, j’avais été terriblement déçue par le quatrième volet de ce qui aurait dû VRAIMENT se limiter à une trilogie. Ce cinquième volet ne fait que confirmer le marasme dans lequel s’est enlisé John McClane en refusant de prendre définitivement sa retraite : des scènes si absurdement impressionnantes qu’elles en perdent toutes… impressions, toute sympathie, et n’en deviennent simplement d’un ennui profond. La spécialiste en effets spéciaux que je suis a certes été quelque fois agréablement surprise (les techniciens ont fait du très bon boulot), mais des effets spéciaux plutôt réussis ne font pas un bon film. Ou en tout cas, relativisons, ne font pas un film qui mérite d’appartenir  à la saga Die Hard.

Mais faut-il essayer de relativiser ce film aux scènes d’action trop longues, complètement crétines, si foutrement WHAT. THE. FUCK. ?! (tiens, si je démolissais un maximum de voitures moscovites et qu’en plus j’insultais les russes ? tiens, si je sautais du haut d’un immeuble de luxe sans subir la moindre égratinure ? tiens, si je faisais exploser Tchernobyl ?). Faut-il relativiser ce film qui tient lieu d’un non-sens abyssal, du début à la fin ?

Alors oui, on peut vaguement essayer de relativiser, parce qu’en cherchant bien, on peut trouver des choses intéressantes presque partout (je suis la Mère Thérésa du cinéma grand public). Bon, hormis les effets spéciaux bien foutus, parfois, il y a quelques bonnes idées de mises en scène, quelques blagues et situations dignes du grand John McClane (mais pitié, pas celle où il répète sans cesse qui faut pas le faire chier quand il est en vacances, non ça, c’est juste lourd).

Ce film est clairement un épisode de transition qui installe la « relève McClane » avec fortiche fiston et brave fifille, qui seront certainement tous deux au centre du sixième film, déjà en préparation. Le dernier plan du film, où l’on voit John McClane quasiment éjecté du cadre pour laisser la place à ses deux enfants, est peut-être finalement l’une des choses les plus intéressantes à voir, mais elle annonce clairement la fin de « notre » McClane au profit des rejetons. Et puis, peut-être que la faiblesse de ce papa vieillisant, un peu perdu avec ses gosses dont il a complètement raté l’enfance et l’éducation, réside en ce qui constitue le véritable sujet de fond du film : les relations familiales (et plus précisément ici père-fils). Cependant, on est bien loin de l’intensité que le personnage d’Holly (son ex-femme) présentait et de l’influence qu’elle avait dans la manière d’agir de McClane, dans Piège de Cristal ou 48 minutes pour Vivre, ou même dans Une Journée en Enfer. [Note de service : Holly, reviens quoi, fais quelque chose ! Tu es la seule à pouvoir tous les sauver !]

John McClane est un personnage complètement obstiné et en total décalage avec son époque, et c’était aussi pour cela qu’il était un héros sympathique, parce qu’il incarnait de manière assez exemplaire l’anti-héros qui n’avait rien demandé et qui ne faisait que se défendre ou répondre quand on l’attaquait, lui ou un membre de sa famille. Mais ici, ses traits de caractère sont tellement poussés dans la caricature qu’il en devient carrément antipathique : un vieux con bien réac’ (tendance Tea Party), qui va lui même se fourrer dans des conflits qui ne le regarde pas.

Et le problème, avec ce film, c’est qu’il est difficile de savoir ce qui appartient au premier degré ou au deuxième, de comprendre ce qui conscient ou inconscient…

 

Bref, heureusement qu’après la projection du film, il y a eu la conférence de presse. Je suis une fan des premiers Die Hard, je suis – j’étais surtout – une fan de Bruce Willis. Amour de mon adolescence, je n’avais pas de poster de Brad Pitt ou Leonardo Di Caprio dans ma chambre, mais des affiches de Bruce Willis partout. Oui, voilà, c’est #jeudivendrediconfession. Donc, pour une fois, avoir l’occasion de le voir en VRAI, en chair, en os, en viande (mais toujours pas en cheveux), c’était juste le bonheur pour l’adolescente qui réside encore en moi. Et oui, parfois Bruce joue dans des navets, mais il sait aussi être brillant dans des films plutôt bons (pour ne pas dire excellents) : avec, dernièrement, Looper et (merveille des merveilles) Moonrise Kingdom.

La conférence de presse s’est extrêmement bien passée, avec la présence d’un Bruce Willis très calme et disponible, mais aussi celle de l’australien Jay Courtney, incarnant à l’écran John « Jack » McClane Jr.

La conférence de presse a davantage porté sur le duo qu’ils incarnent à l’écran, la dynamique père/fils, mais aussi sur la manière dont ils ont travaillé lors du tournage (des vacances d’été pour Bruce Willis, qui a beaucoup insisté sur le travail remarquable effectué par les équipes des effets-spéciaux). Bruce, qui est producteur exécutif de ce film, nous a aussi fait « l’exclusité’ de l’annonce d’un sixième opus, que tout le monde savait déjà. A voir le film et les millions qu’il rapportera certainement malgré ses défauts, imaginer le contraire était juste improbable.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la conférence de presse ici :

Ainsi que quelques photographies de mon cru prises pendant la conférence :

 

Caro.

Compte-rendu du déjeuner de presse du film De l’autre côté du périph, de David Charhon, avec Omar Sy et Laurent Lafitte.

Lundi 10 décembre, j’ai été conviée au déjeuner de presse du film « De l’autre côté du périph« , où, pendant plus d’une heure, j’ai partagé un repas avec les deux comédiens principaux du film : Omar Sy et Laurent Lafitte, ainsi que le réalisateur : David Charhon.

Le film est un sympathique buddy movie, divertissant et un brin désinvolte, mettant en scène deux flics aux méthodes et aux caractères bien trempés mais radicalement différents, François Monge (Laurent Lafitte) et Ousmane Diakité (Omar Sy), révélant deux visages de la région parisienne : Paris et la banlieue. Un film donc sur la différence, sur l’intégrité, mais surtout sur l’amitié.

Le film repose sur deux principales références cinématographiques : Josse Beaumont, le dur-à-cuir(e) incarné par Jean-Paul Belmondo dans Le Professionnel de Georges Lautner et Alex Foley, le flic de Beverly Hills joué par Eddy Murphy. Mais ce sont finalement deux grandes tendances du cinéma policier qui s’entremêlent dans ce film, pour le pire comme pour le meilleur : les films policiers français des années 1970, ceux de Georges Lautner en tête, et tous les buddy movies du cinéma nord-américain des années 1980 à nos jours, des Armes Fatales à la « Bon cop, bad cop ».

D’entrée de repas et de jeu, on nous a servi Laurent Lafitte qui a attaqué très fort la discussion en parvenant à manger une salade de roquette de manière très élégante (ce que je n’ai, personnellement, pas su faire), tout en nous expliquant son rôle dans le film.
Ce qui lui a plu dans le scénario et ce qui lui a fait accepter de jouer son personnage, c’était la potentialité du film à aller au delà des clichés tout en s’y attaquant de front. En effet, le film n’a pas peur de la caricature, les situations de comédies naissant justement de cette confrontation avec les clichés, ce qui permet de les désamorcer habilement par la suite, en les ancrant dans un contexte plus sérieux. Ainsi, le personnage le plus moral n’est pas forcément celui qu’on croit, et inversement, ce qui a permis de créer des personnages complémentaires mais aussi plein de surprises.
Laurent Lafitte est ensuite revenu sur son engagement au sein de la Comédie Française, une situation nouvelle dont il est très fier et qui a modifié de nombreuses choses du côté de l’organisation de ses plannings de tournage, étant donné qu’il doit maintenant faire des demandes de congés pour faire des tournages. Il doit maintenant peser à chaque fois le pour et le contre : tournage ou théâtre ?
Il n’est pas du genre Actors Studio, mais il a expliqué que la présence d’un consultant de la police avait été nécessaire pendant le tournage de certaines scènes, afin qu’il soit sûr que ses gestes, ou ses sommations, soient les plus justes et réalistes possible. Il a aussi dû apprendre à manier une arme, une expérience qu’il a proprement détestée. Il nous a avoué qu’il n’a jamais été à l’aise avec les armes, contrairement à la nudité qui ne lui pose aucun problème (comme le prouvent plusieurs scènes du film).
Il nous a raconté ensuite comment il avait donné corps à son personnage à travers certains gestes. Pour lui, le personnage de François Monge est souvent persuadé d’avoir du style, alors qu’il est simplement ridicule. C’est un film qui fonctionne grâce aux différences et aux oppositions entre les personnages, ils sont souvent grotesques l’un et l’autre et dépassent ainsi les stéréotypes : un cliché (un ridicule) en annule un autre. Les situations de comédie surgissent de la confrontation des contradictions, l’action est pour cela traitée au premier degré, mais elle est toujours là pour nourrir la comédie. C’est un mode d’écriture qui, finalement, n’existe pas ou peu en France et, pour Laurent Lafitte, c’est là que réside la force et l’originalité de ce film français.

Après cette belle entrée en matière, nous sommes passés au plat de résistance, avec un Omar Sy servi sur un plateau (ou presque). Bien entendu, nous attendions tous de discuter avec Omar avec une certaine impatience, la plupart d’entre nous l’ayant déjà rencontré avant le succès d’Intouchables ou pour le S.A.V., c’est-à-dire avant l’explosion fulgurante de sa carrière. Et bien, qu’on se le dise, Omar n’a pas changé, il est toujours le même, aussi drôle et solaire qu’avant son succès international et son César, avant son année folle et son congé sabbatique passé à Los Angeles avec sa famille.
Lui aussi a parfaitement réussi à discuter tout en mangeant une délicieuse volaille sauce morille et ses petits légumes (les stars doivent certainement avoir des séances de coaching pour parvenir à manger de manière si élégante tout en parlant de leur travail en même temps).
Omar nous donc a expliqué que le tournage du film De l’autre côté du périph à commencer le lendemain du jour de sortie d’Intouchables, et qu’il avait accepté de faire ce film avant même le tournage d’Intouchables (ce qui explique que le film présente des similitudes -par anticipation- avec Intouchables). Il nous a confié que le tournage avait été pour lui été une période difficile, mais aussi une sorte de bouclier qui l’avait en quelque sorte « protégé » du déchaînement « Intouchables » : il n’avait pas d’autres choix que d’être aussi prêt que l’étaient David Charhon et Laurent Lafitte chaque matin sur le tournage, même s’il ne pouvait pas agir comme si les chiffres toujours plus hallucinants d’Intouchables n’existaient pas. Ce fut donc pour lui un bon exercice mental, afin de pouvoir garder les pieds sur terre et de continuer à faire la part des choses pour vivre le tout le plus sainement possible. Il savait que le succès lui donnait des ailes, mais il ne voulait surtout pas s’écraser en catastrophe. Ces « ailes », comme il aime appeler le succès, furent aussi et surtout pour lui l’occasion de prendre du temps, pour lui et sa famille, mais aussi de prendre du recul encore et toujours sur cette situation qui ne peut arriver qu’une seule fois au cours d’une vie.
Pour revenir au film en lui-même, il avait trouvé à la lecture du scénario que le projet de De l’autre côté du périph était plutôt moderne et ambitieux, en choisissant comme héros un flic de banlieue et en s’inspirant des comédies policières à l’américaine. Les détournements de clichés l’ont beaucoup amusé et il a expliqué qu’il était heureux d’être arriver dans une période intéressante de production dans le cinéma français qui lui permettaient de jouer de tels rôles. Le regard de la société sur la banlieue est en train de changer et il sait que c’est en partie grâce au cinéma qui en parle, de manière réaliste mais aussi en se moquant des clichés, comme le fait De l’autre côté du périph.
Contrairement à Laurent Lafitte, la manipulation des armes n’a pas été un problème pour lui : cela le renvoyait aux jeux de petits garçons, c’est ce qu’il l’a d’ailleurs le plus motivé à faire ce film : ce plaisir de  » faire semblant » de se bagarrer, de se pourchasser, de se tirer dessus, comme les jeux dans les cours d’école.
Par contre, la nudité lui pose problème car Omar est quelqu’un de très pudique. L’une des séquence de ce film a été la plus difficile à tourner pour lui, sur toute sa carrière (une scène dans un club libertin, où il se trouve en caleçon au milieu de dizaines de comédiens -dont Laurent Lafitte- et de figurants, qui sont complètement nus). Finalement, sa pudeur, qui l’a poussé à insister dans son refus auprès du réalisateur à se mettre lui aussi complètement nu, est devenue une force dans le film, puisque cela permet d’apporter une réelle profondeur au personnage et implique de nouveaux niveaux de lecture dans la psychologie des deux héros.
Il est ensuite revenu sur son prochain gros projet en tant qu’acteur, qui est L’Ecume des Jours de Michel Gondry. Ce film incarne pour lui les vraies conséquences de son succès après Intouchables, et son César. Il appelle d’ailleurs ce film son « premier projet de vrai acteur ». Sauf que travailler avec Michel Gondry est quelque chose de très atypique et le cinéaste est parvenu en quelques heures à démonter toutes les certitudes de jeu qu’Omar s’était construit en l’espace de plusieurs années, déstabilisant ainsi ses zones de confort, ce qu’il a particulièrement adoré comme expérience.
Il nous a expliqué être maintenant très surpris de la diversité des projets qu’on lui propose. Il  aimerait exploiter tous les champs des possibles qu’on lui propose : il n’a aucune limite maintenant (hormis les scènes de nu, donc) et il sait qu’il a le luxe de vraiment choisir ses rôles, en France, comme à l’étranger.

Sur ce, le dessert nous a été apporté avec le réalisateur David Charhon.
Sa première envie pour le film était de créer des personnages forts, afin qu’il y ait une opposition et une complémentarité entre eux ainsi qu’entre la comédie et l’action. Il s’est bien sûr inspiré des buddy movies, mais aussi -et surtout- des films français de Bebel et de Lautner. Il souhaitait créer un savant mélange avec les comédies d’action à l’américaine mais aussi tout le cinéma de divertissement produits en France dans les années 70 et 80. Pour cela, il a mis à l’écran et dans la bande son de nombreuses références implicites et explicites au cinéma français de  cette époque.
Toute la difficulté a été de contourner les clichés volontaires du film pour montrer un sujet de fond sérieux, complexe, avec une réalité sociale forte. Pour y parvenir, il a notamment tenu à tourner en banlieue et à travailler directement avec des jeunes de cité.
Tourner un polar est quelque chose de très contraignant et de très fatiguant. Il le savait mais il a tout de même tenu à tourner un maximum de scènes en extérieur, en plein hiver, afin de retrouver des ambiances qu’il avait adoré dans des films comme Un après-midi de chien, de Sidney Lumet. Il faut cependant savoir que dans le cinéma français, tourner en extérieur en hiver est quelque chose qui ne se fait pratiquement jamais, à cause des journées beaucoup plus courtes et de l’épuisement des acteurs et des équipes techniques/artistiques à rester des heures dans le froid. Mais pour David Charhon, le fait d’avoir ses comédiens subissant réellement le froid et des journées de travail courtes mais très chargées et stressantes, donnent une densité de jeu qui se voient à l’écran et apportent l’authenticité nécessaire à la crédibilité des personnages.
Zabou Breitman incarne un second rôle assez (d)étonnant dans le film, et le rôle n’était pas initialement aussi développé ni même prévu pour elle. C’est Laurent Lafitte qui l’a amenée sur le projet, après que lui et Zabou aient travaillé ensemble pour l’émission parodique « A votre écoute, coûte que coûte » sur France Inter (où était d’ailleurs intervenu Omar, pour une émission des plus fameuses). Zabou a elle-même proposé son personnage à David Charhon, qui a beaucoup apprécié travailler avec cette « guest ».
Le déjeuner s’est conclu avec l’évocation des prochains projets du réalisateur. Si le film fonctionne, David Charhon ne serait pas contre réfléchir à une suite, peut-être moins centrée sur l’action mais davantage sur les personnages, des personnages qu’il aime profondément et pour lesquels il y a encore matière à développer et des comédiens avec qui il apprécierait tourner à nouveau…

Le déjeuner fini, j’ai quitté Paris, ses beaux restaurants et ses décorations lumineuses de Noël, afin d’aller retrouver le béton gris de ma chère banlieue… de l’autre côté du périph’ !

Caro

  [NDLR – Disclaimer] J’ai bossé sur le film, mais je n’ai strictement retouché/imposé/censuré à Caro.
Flo

Critique du film Le Hobbit, Un Voyage Inattendu, de Peter Jackson

Synopsis :

Quelques heures avant la fête d’anniversaire célébrant ses 111 ans, Bilbon Sacquet commence à écrire pour son neveu Frodon une histoire qu’il ne lui a encore jamais racontée, une histoire qui s’est déroulée 60 ans auparavant, celle qui signa son amitié avec Gandalf le Gris. Au cours de cette aventure, Bilbon aura traversé une partie de la Terre du Milieu accompagné par 13 nains d’Erebor – dont le légendaire guerrier Thorin Ecu-de-Chêne – pour qu’il les aide à récupérer leur trésor détenu par le redoutable dragon Smaug. Il aura aussi affronté des trolls, des gobelins, des orques, des araignées géantes, des sorciers… et, surtout, il aura été marqué par la rencontre de l’étrange Gollum, dont il vola le précieux anneau qui changera par la suite le cours de sa vie, mais aussi le cours de toute l’histoire de la Terre du Milieu…


Il était une fois…

Il était une fois… des studios et un cinéaste qui ne voulaient plus quitter le monde merveilleux de la Terre du Milieu et qui espéraient qu’il en soit de même pour les spectateurs et les fans.

Il était une fois un écrivain anglais qui avait développé une mythologie féérique si riche, à la fois si simple et si complexe, qu’il était dans la logique même que des producteurs et un cinéaste y consacrent le temps, l’argent et l’énergie pour tenter de l’exploiter, de le restituer, de l’approfondir à sa juste mesure.

Il était une fois l’histoire d’un hobbit doux et curieux, partagé entre deux histoires familiales, entre deux philosophies de vie : celle des Sacquet et celle des Touques. L’une était amatrice d’herbe à pipe et de bons repas, l’autre était plutôt du genre à trancher de la tête de gobelin pour l’envoyer dans un terrier au loin (et à inventer le jeu du golf, par la même occasion).

Il était une fois un comédien, Martin Freeman, au jeu si subtil et candide qu’il donnait irrésistiblement envie de voir et d’aimer tous les rôles qu’il incarnait.

Il était une fois une lectrice et une spectatrice passionnée par l’oeuvre de J.R. Tolkien et celle de Peter Jackson, follement addict de l’acteur Martin Freeman et qui devait écrire une critique d’un film qu’elle attendait depuis longtemps… La réussite (du film, de la critique) sera-t-elle atteinte au bout de ce voyage (in)attendu ?


De l’oeilleton d’un trou de hobbit à l’oeil de Smaug…

Qu’est-ce donc que Le Hobbit, Un Voyage Inattendu ? Reprenons quelques points évidents mais importants :
Tout d’abord, il s’agit du premier volet d’une nouvelle trilogie autour de l’univers du Seigneur des Anneaux. Et donc, par conséquent, la possibilité de rapporter à nouveau le pactole pour New Line, MGM et Warner.
Ensuite, c’est l’adaptation du livre qui a fait connaître Tolkien dans le monde entier et qui l’encouragea ensuite à écrire Le Seigneur des Anneaux, oeuvre phare et fondatrice de l’heroic fantasy moderne.
Enfin c’est une oeuvre cinématographique expérimentant une nouvelle technologie de captation et de projection d’images 3D, à 48 images par seconde, le HFR 3D (High Frame Rate), permettant davantage de fluidité et de détails dans l’image (notamment pendant des mouvements de caméra) et donc plus de confort et de spectaculaire pour le regard.

Alors oui, me diront certains (je me fais l’avocat du diable, ou de Sauron) : pourquoi faire de Bilbo le Hobbit – qui est une oeuvre très courte et simple en regard du Seigneur des Anneaux – une trilogie, hormis pour rapporter du pognon, toujours plus de pognon ? Et puis, si c’est pour voir plus ou moins la même chose que Le Seigneur des Anneaux, à quoi bon payer des places hors de prix ? C’est encore une fois prendre le spectateur pour un hobbit naïf qui abuserait de l’herbe à pipe !

L’herbe à pipe, une substance que semble bien apprécier Peter Jackson

Mais voilà, braves hobbits que vous êtes, vous avez vous aussi le goût de l’aventure, certes, mais de l’aventure bien faite, qui se vit confortablement, bien au chaud dans un fauteuil moelleux.

Il est vrai que ce nouveau film peut parfois davantage donner l’impression d’assister à un remake plutôt qu’à une préquelle de La Communauté de l’Anneau : nous retrouvons un contexte équivalent où Frodon est remplacé par Bilbon, avec la même traversée épique de la Terre du Milieu. Mais par le biais de ces aventures qui se regardent en miroir, il s’agit surtout de montrer des héros, appartenant à une même famille tiraillée entre deux extrêmes (le confort du foyer et le danger de l’aventure), qui osent aller au-delà d’eux-mêmes, de comprendre qui ils sont vraiment, de révéler des valeurs nobles qui vont faire d’eux des êtres exceptionnels, qui vont leur permettre de s’intégrer puis de s’imposer comme la force d’un groupe, de les faire s’accepter pour ce qu’ils sont véritablement, avec leurs défauts et leurs qualités, mais sans jugements infondés…

Ce sont des voyages initiatiques en somme, qui placent un individu ordinaire face à une situation extraordinaire, que l’on peut grossièrement résumer en quelques étapes. Tout d’abord l’appel à l’aventure, que le héros doit refuser dans un premier temps pour enfin l’accepter, il va ensuite se heurter à une série d’épreuves qui vont lui permettre de découvrir ses vraies valeurs, cette force psychologique et physique acquise au cours des épreuves va lui permettre d’atteindre l’objectif demandé, ce qui va lui apporter un savoir important, unique, qui lui appartient et qui va le caractériser comme un être exceptionnel. S’opère ensuite son retour dans le monde ordinaire, la confrontation avec sa vie d’avant le voyage et celle d’après et enfin, la manière dont il va utiliser toute l’expérience acquise lors de sa quête.

Cette structure narrative hyper-classique, omniprésente dans nos récits littéraires et cinématographiques, existe depuis des siècles (déjà en partie présente chez Homère, mais aussi dans les légendes germaniques comme l’anneau des Nibelungen, anglo-saxonne comme le mythe arthurien par exemple, ou nordiques comme le mythe de Beowulf, dont Tolkien était spécialiste universitaire). En 1949, l’anthropologue Joseph Campbell a d’ailleurs proposé une très belle analyse de cette structure narrative récurrente, qu’il a nommée le « Voyage du héros », dans son ouvrage sur Le Héros aux mille et un visages (et qui influencera particulièrement Georges Lucas avec Star Wars). 1949, c’était avant la parution du Seigneur des Anneaux (1954), mais bien après celle de Bilbo le Hobbit (1937). Comment ne pas y voir un lien évident : Tolkien, sans en être conscient, semble avoir proposé avec Bilbo le Hobbit une forme d’archétype parfait du Voyage du Héros qu’analysera par la suite Campbell.

Oui, je reviens au film. Cet aparté me semblait juste nécessaire afin d’ancrer le nouveau film de P. Jackson dans le contexte même de l’oeuvre de Tolkien et de tout ce que cela dégage, à bien des niveaux. Bilbo le Hobbit ou L’Histoire d’un aller-retour est une oeuvre très importante, tout aussi importante d’un point de vue littéraire, narratologique et même anthropologique que Le Seigneur des Anneaux, essentiellement lié au fait que Le Hobbit demeure à l’origine un livre pour enfants, peut-être, pour moi et certainement quelques autres, le plus grand livre pour enfants jamais écrit avec Alice au Pays des Merveilles. Qui a lu Bilbo le Hobbit en étant enfant ou adolescent reste profondément imprégné et garde en tête nombre de détails, nombre de situations.

Ce qui m’a marquée, et ce dont je me souvenais avant de voir le film (je n’ai pas relu le livre depuis mes 15 ans, j’en ai bientôt 30), c’était l’arrivée des nains dans le terrier de Bilbon et la panique et l’incompréhension que cela généraient en lui. Et puis cette incroyable scène de rencontre entre Bilbon et Gollum, autour de devinettes au fond d’un gouffre qui, rien qu’en y repensant, me (re)donne des frissons. Et enfin la confrontation avec le redoutable Smaug, dragon magnifique, fier, avide et cruel, tapi dans le Mont Solitaire, veillant âprement sur l’or volé aux Nains d’Erebor. Ce sont de beaux souvenirs de lecture de jeunesse et le film ne les a pas gâchés, bien au contraire.

Certains critiques, après la projection, ont reproché au film d’être trop mièvre, trop simpliste par rapport au Seigneur des Anneaux. J’ai même entendu, de loin, un « mais ce film, c’est Le Seigneur des Anneaux pour les nuls !« . Ce qui m’a plutôt exaspérée sur le coup puisque, évidemment, Le Hobbit et Les Seigneur des Anneaux sont deux oeuvres littéraires différentes, et en même temps, volontairement très proches (en miroir, comme je l’ai déjà écrit). L’une s’adresse à des enfants et l’autre, ensuite, à des adultes. Mais au final, ces critiques démontrent que les adaptations de P. Jackson demeurent avant tout très fidèles à l’esprit des livres et à la pensée de Tolkien.

 

Les autres critiques qui sont ressorties après la projection était sa longueur . C’est vrai que le film est pratiquement aussi long que ma critique ! ^^

S’il y a bien une chose que l’on ne peut reprocher à Peter Jackson, c’est de bâcler ses films. Quand on va voir un film de P. Jackson, on sait TOUJOURS à quoi s’attendre : le film sera long. Voilà, c’est comme ça. James Cameron a bien fait un film de 3h20 sur un naufrage… L’un comme l’autre sont des cinéastes qui font du spectaculaire en prenant leur temps, en construisant progressivement un contexte, une ambiance, une action, etc. C’est rappeler au spectateur qu’il regarde un divertissement, mais qu’il y a aussi une histoire, avec des personnages, des situations, des enjeux auxquels il peut s’identifier et sans lesquels les scènes spectaculaires ne fonctionneraient pas. Ce n’est pas, pour moi, des longueurs inutiles.

Parce que faire 2h45 de film pour quelque chose qui correspond à un début de roman (à peine 100 pages), il fallait le faire, et P. Jackson le fait plutôt bien, ne négligeant aucun détail, que ce soit d’un point de vue formel ou scénaristique. Certes, il y a des longueurs, certes, il développe à sa sauce un grand nombre d’ellipses présentes dans le livre, certes il y ajoute beaucoup de sa touche personnelle pour faire un lien fort avec Le Seigneur des Anneaux (le film s’ouvre avec Bilbon, joué par Ian Holm, qui prépare avec Frodon -Elijah Wood- sa fête d’anniversaire, celle même qui ouvre le premier film du Seigneur des Anneaux ; s’y ajoute le Conseil Blanc, permettant de retrouver Galadriel, Saroumane et Elrond).

Mais Peter Jackson pétrie et étire la matière narrative à son maximum sans pour autant créer l’ennui : il y a toujours un petit quelque chose qui permet de conserver l’attention ou de la capter à nouveau. A travers toute cette matière que P. Jackson déploie, c’est aussi notre propre mémoire que nous étirons : nous avons le temps de faire des parallèles, des correspondances avec ce que nous connaissons déjà de l’univers. En étirant ainsi le temps et la matière, il pousse le spectateur à devenir actif, à réfléchir à ce qu’il voit, à ce qu’il connait déjà, à ce qu’il comprend, il nous pousse constamment à nous remémorer, à tirer des liens d’une oeuvre à l’autre, sans pour autant sortir de la contemplation. Et pour ceux qui ne connaissent ni les livres, ni les précédents films, il profite de cette matière élastique pour créer l’atmosphère féérique emblématique et donner ainsi la possibilité aux néophytes de plonger et de se perdre dans la découverte et la complexité de cet univers merveilleux.

Tous les personnages (le toujours aussi formidable Ian McKellen en Gandalf le Gris, l’intriguant et burlesque Magicien Brun Radagast, interprété par Sylvester McCoy, connu aussi comme le 8ème Docteur dans Docteur Who, et l’éternel Christopher Lee en Saroumane le Blanc), mais aussi les décors et les paysages, les accessoires (les épées elfes que trouvent les nains sont absolument sublimes), la plupart des effets spéciaux (numériques ou non) et la musique (reprenant les grands thèmes du Seigneur des Anneaux et proposant de nouvelles variations) s’incrivent dans la magie féérique omniprésente de l’univers. Celle-ci renvoie finalement à la magie des contes de fées, à la magie de la littérature fantastique et du cinéma spectaculaire capable de nous transporter dans les fabuleuses contrées de l’Imaginaire…

Je pourrais néanmoins discuter le fait qu’il y ait beaucoup -peut-être trop- de mouvements de caméra, parfois fatigants pour les yeux et l’esprit (sur quoi doit-on se concentrer ?), mais qui donnent toujours plus à découvrir de ce monde merveilleux. Le fait que je n’ai pu voir le film en 24 images/seconde participe peut-être à cette désagréable impression. J’attends donc avec impatience de me faire éventuellement une autre opinion sur la question avec une projection en HFR 3D. Je tiens par contre à souligner qu’il y a une 3D relief très belle, sans extravagance, avec des jeux de profondeur de champ efficaces, qui donnent là aussi beaucoup de choses à voir.

Il y a donc ici un aspect plus enfantin que dans Le Seigneur des Anneaux, lié au ton originel du roman et à l’omniprésence des nains (et qui dit nains chez Tolkien, dit rarement finesse et subtilité), mais finalement, le trouble et le malaise du spectateur adulte devant certaines situations (les enfants eux riront certainement) s’accordent très bien à ceux de Bilbon, qui découvre ce peuple gras et gouailleur et qui en devient vite effrayé et dégouté puis fasciné et admiratif). Au moins, ça nous évite les ralentis grotesques et exaspérant sur Aragorn dont Jackson avait été beaucoup trop friand -à mon goût- dans la précédente trilogie. Par contre, on peut tout à fait regretter le maquillage parfois limite des nains…

 

Enfin, j’en arrive à ce qui m’a particulièrement plu dans le film (oui, encore plus que tout le reste) :

Tout d’abord les retrouvailles avec Gollum. Andy Serkis nous offre une performance qui prend à nouveau au corps et au coeur, une habileté à donner vie à Gollum qui tire vers une certaine élégance, une gracilité qui n’enlève rien, bien au contraire, à la sournoiserie, à la dépendance, à la schizophrénie, à la folie et donc au danger permanent qui entourent ce personnage devenu mythique. La tension de la scène du jeu des devinettes entre Gollum et Bilbon est aussi remarquable que celle du livre. Si Gollum gagne, il mange Bilbon, si Bilbon gagne, ce dernier retrouvre sa liberté. Cette scène est donc aussi savoureuse que paraît Bilbon à Gollum et aussi effroyable que la présence de Gollum face à Bilbon.

 

Voici enfin le grand point fort du film, et même, de cette nouvelle trilogie : Martin Freeman. Alors, comme je l’ai présenté en introduction de cette critique, je ne partais pas neutre envers l’appréciation de ce comédien, que j’adore depuis des années et dont je ne me lasse pas de voir les prestations, notamment dans La Ronde de Nuit de Peter Greenaway, H2G2 : le guide de voyageur galactique et dans la série de la BBC Sherlock, où il joue le Docteur John Watson. Il émane de lui une présence charmante, sympathique et chaleureuse, emprunte d’une douceur et d’une délicatesse sans pareil, pleine d’humour et de mélancolie. Il incarne un Bilbon parfait, incroyablement juste et sensible. A croire que le personnage et le rôle aient été écrits pour lui… et la ressemblance avec Ian Holm en est presque troublante !
Peter Jackson a d’ailleurs eu la bonne idée d’associer à Martin Freeman son acolyte (de) Sherlock, puisque Benedict Cumberbatch interprète pas moins de deux rôles dans la trilogie du Hobbit (essentiellement des voix et de la performance capture) : celui du Nécromancien (autrement dit, Sauron) et celui de Smaug, que l’on devrait surtout voir dans le prochain volet du Hobbit. Ni plus, ni moins… Cela annonce certainement beaucoup de belles choses à venir pour la suite !

Donc pour le moment, j’approuve complètement le choix de P. Jackson et des studios de faire du Hobbit une trilogie. Je n’ai pas envie d’y voir uniquement une motivation pécuniaire, mais plutôt l’idée qu’ils aient en main et avec eux une histoire solide, une équipe technique et artistique déjà bien aguerrie et des comédiens d’une telle densité qu’il serait réellement dommage de ne pas en (faire) profiter pleinement.

Et puis… pour beaucoup de fans, Le Seigneur des anneaux, que ce soit au cinéma, ou à la télé, ou sur dvd/bluray, cela symbolise en quelque sorte les fêtes de fin d’année. Se retrouver en famille ou avec des amis devant une nouvelle aventure adaptée des histoires de Tolkien, c’est comme se retrouver avec un chocolat ou un vin chaud devant une cheminée, après un bon repas, alors qu’il vente à l’extérieur. Il y a un petit quelque chose de joyeux, de stimulant et de réconfortant qui ressort de l’expérience…

Pour conclure et pour devancer d’éventuelles questions, je n’ai pas parlé de la technologie HFR (le fameux 48 images par seconde) car la projection de presse s’est déroulée dans le cadre classique d’une projection 3D en 24 images par seconde. Cependant, l’équipe de Filmgeek compte bien se faire son propre avis sur la question dès le weekend prochain, un edit de l’article sera donc proposé pour apporter quelques précisions et avis sur le sujet.

Caro

Critique du film Prometheus de Ridley Scott

Prometheus sort en France ce mercredi 30 mai. Annoncé comme l’un des films les plus attendus de l’année, mais entouré d’un épais voile de mystère, ce grand retour de Ridley Scott a la science-fiction tient-il vraiment toutes ses promesses ?

Mais quelles promesses d’ailleurs ? Celles d’être un préquel de la saga Alien ? Une sorte de « Alien : les origines » ? Et bien, certains seront déçus, mais ce n’est pas le cas. L’histoire de Prometheus, bien que s’inscrivant dans la riche mythologie Alien, peut -et même- devrait être compris de manière totalement indépendante aux autres films.

Il y a bien une équipe de scientifiques et de mercenaires perdue (sur une planète abandonnée) dans l’espace, il y a bien un vaisseau, il y a bien des bestioles pas franchement aimables, il y a bien des déambulations labyrinthes en petite culotte mais… justement, il n’y a pas d’Ellen Ripley. Tout est nouveau, donc.

Cette première constatation posée, intéressons nous au film lui même. En étant exigeant, on peut le considérer comme déséquilibré du point de vue de tout ce que soulève sa diégèse.

D’un côté nous avons une réflexion tout à faite captivante qui s’inscrit dès la superbe et intrigante séquence d’ouverture. La narration soulève rapidement un grand nombre de questions : l’origine de l’Homme, l’âme, la foi et la spiritualité, le pouvoir, l’argent, la quête de la vérité par la science, la vie, la mort, l’immortalité… Ou comment des humains ordinaires et un robot extra-ordinaire sont confrontés au suprême, au sublime et à l’horreur et tentent de dépasser, chacun à leurs façons, leurs conditions. Rien de nouveau sous le soleil, on pense au 2001 de Kubrick bien entendu, un peu à Solaris de Tarkovski, au 8ème Passager (tout de même) et au bien trop sous-estimé Sunshine de Danny Boyle. Mais ces questions sont abordées sous un regard nouveau, nourri par des débats éthiques autant ancestraux qu’actuels et par des technologies ultra-modernes.

Et puis d’un autre côté, il y a le film de genre, celui de la science-fiction horrifique, avec les scènes gores « explosives » et un jeu de suspense bien maîtrisé, sans temps mort. Cette approche là du film demeure tout à fait efficace en terme d’action et permet de faire s’accrocher le spectateur au fauteuil avec ce qu’il faut en rebondissements bien foutus. Mais c’est aussi une approche où la matière à penser se réduit vite en peau de chagrin.

Donc, le film propose beaucoup de questions, suggère une philosophie qu’on aurait aimé voir davantage développée pour apporter une profondeur nouvelle à la (déjà riche) mythologie Alien et on ne peut que regretter qu’il n’aille pas au bout de ce qu’il propose, sans réellement donner aux spectateurs les clés pour combler de lui-même ces lacunes.

Espérons alors que ces « lacunes » aient finalement été prévues et réfléchies par les scénaristes afin d’être développées dans un « Prometheus 2« .

Mais il reste considérablement de belles choses, comme une musique, une photographie, des décors et des CGI remarquables et complètement aboutis dans l’univers créé et la narration elle-même. Des séquences sont en tout point exceptionnelles par leur beauté et la tension à l’intérieur même du cadre est toujours à son comble, offrant aux spectateurs de « belles » surprises. Un dernier point sur la 3D-relief qui a été travaillée toute en subtilité, ajoutant de belles sensations au spectacle sans jamais trop en faire, prolongeant les espaces extérieurs hostiles ou renforçant l’exiguïté oppressante des intérieurs, englobant complètement le spectateur dans le récit. A voir en salle donc et si possible en version 3D, pour en apprécier toutes les nuances.

Les acteurs proposent de très bonnes performances dans un environnement rendu donc parfaitement crédible : Noomi Rapace, incarnant la scientifique Elizabeth Shaw, dégage une énergie et un acharnement vraiment convaincants (ce qui fait d’elle une successeure très honorable à Sigourney Weaver)  et Michael Fassbender est… et bien, c’est Michael Fassbender. Parfait donc, surtout en « David », modèle d’androïde a priori sans défaut humain.

Charlize Theron, Guy Pearce et Idris Elba se débrouillent malheureusement comme ils peuvent avec des personnages un peu « en-dessous » des deux premiers cités, et on aurait apprécié que leurs personnalités gagnent davantage de profondeur (ce qui aurait d’ailleurs évité quelques incohérences scénaristiques regrettables et ces « trous » dans la réflexion métaphysique).

Au final, rien ne sert de chercher davantage la petite bête (ou plutôt ici le facehugger) : bien qu’il soit bourré de défauts plus ou moins agaçants, Prometheus vaut très largement son coup d’oeil et même plus, si affinité !

 

Caro.

Critique du film Twixt, de Francis Ford Coppola

Synopsis :

Un écrivain sur le déclin arrive dans une petite bourgade des Etats-Unis pour y promouvoir son dernier roman de sorcellerie. Il se fait entraîner par le shérif dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin. Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui. Pour démêler cette énigme, il va devoir aller fouiller les méandres de son subconscient et découvrir que la clé du mystère est intimement liée à son histoire personnelle.

 

Critique :

Soyons d’accord, Francis Ford Coppola n’a plus rien à prouver et le revendique haut et fort depuis des années. Ce qui l’intéresse à présent, c’est de conserver cette envie de (re)trouver une forme d’innocence dans le cinéma, de (re)découvrir les joies d’expérimenter de nouvelles variations stylistiques – narratives et esthétiques – mais aussi techniques. Ce qui l’intéresse donc, c’est simplement l’envie de s’amuser. C’est-à-dire, de réaliser des films avec peu de moyens, mais de les réaliser avec beaucoup de plaisir. Francis Ford Coppola n’est au final qu’un grand facétieux, qui a débuté sa carrière en signant des chefs d’œuvres de maître, et la termine avec des créations étudiantes. Et pourtant, il reste une grande cohérence sur l’ensemble de son œuvre.

TWIXT est un film atypique, curieux, boiteux, baroque et minimaliste. TWIXT, c’est un petit peu tout et rien à la fois. C’est un film complet et inabouti, c’est un regard d’auteur acéré sur le monde de la création et du cinéma, qu’il tourne en ridicule autant dans le fond que dans la forme, mais c’est aussi un film où l’auteur tombe dans son propre piège. C’est une oeuvre qui est – en creux – ambiguë, paradoxale, complexe, présentant d’innombrables strates de lectures et d’interprétations. Mais, c’est aussi une œuvre qui paraît en substance immanquablement creuse, si l’on ne fait pas l’effort de regarder au travers, pour en apprécier toutes les nuances et les reflets.

TWIXT est un film joyeux, burlesque, intriguant, tendre, émouvant, effrayant, hypnotisant. TWIXT, c’est un film décalé, construit sur du vide. C’est même, en quelque sorte, l’apologie du vide. Ce qui pourrait être considéré comme un nanar bénéficie du génie de son auteur et s’inscrit davantage comme un essai expérimental, restituant avec un enthousiasme enfantin le rêve idiot d’un cinéaste qui n’a jamais perdu son humour et son ironie sur le monde de l’industrie du spectacle et sur le monde de la création.

TWIXT est un film qui a été écrit d’après un rêve, par une chaude nuit d’été alcoolisée, à Istanbul. C’est une expérience qui donc, se vit comme un rêve et qui s’oublie comme un rêve. Ce qui reste après la projection, ce sont comme des filaments de songe, qui s’évanouissement pour réapparaitre un instant et où se révèlent toute l’évanescence qui caractérise finalement le film. Coppola nous invite ainsi, de manière très intime et confidentielle, a entré dans son monde onirique et imaginaire. Que l’on aime ou pas cette incursion, nous ne pouvons rester que respectueux de cet univers et de son hôte.

Le spectateur a ainsi plusieurs choix : soit plonger dans le vide du film et parvenir à planer, soit plonger pour s’écraser, soit se retenir furieusement au bord. Pour apprécier ce moment, il faut donc accepter de lâcher prise et se laisser flotter au gré des images et des sons, quitte à ne pas combattre le sommeil qui peut nous attendre au tournant de quelques scènes. A l’image du héros, incarné par un Val Kilmer autant imposant que sensible, qui ne cherche sa vérité que dans ses rêves. Car en définitive, des rêves ou de la réalité, de la vie ou de la mort, tout se confond, et c’est en cela que ce film de Coppola est bouleversant.  C’est une jolie interprétation de la célèbre citation de La Tempête de Shakespeare : « Nous sommes faits de la même étoffe que les songes, et notre petite vie, un somme la parachève ».

Sur ce, faites de beaux rêves, plein d’adolescentes vampires et d’appareils dentaire…

Critique du film Harry Potter et les Reliques de la Mort, partie 2

Ceci n’est pas une critique… Mais une invitation à vous partager mon enthousiasme concernant la dernière partie cinématographique de la saga « Harry Potter ».

Bien que ces derniers mois je ne puisse plus aller aussi souvent au cinéma, et que, à fortiori, je n’écrive plus vraiment pour Filmgeek pour le moment, « Harry » restait pour moi l’exception. Après avoir été convaincue par l’intérêt cinématographique de la première partie du dernier volet, j’avais comme l’obligation de finir ce que j’avais entamé et de proposer mon sentiment sur la fin « ultime » de la saga Harry Potter. Pourtant, c’est un peu en trainant des pieds que je suis allée à la projection vendredi matin, avec un Florian bien trop enthousiaste qui me tirait le bras afin d‘être à l’heure à la projection. Mais voilà, quand on aime quelque chose avec autant d’intensité depuis plus de 10 ans, comment peut-on être aussi impatient de lui dire adieu ? Je redoutais donc ce moment… non pas par peur de voir un mauvais film, mais peur d’être, d’une certaine façon, un peu trop triste à mon goût, pour un « simple » film, adapté d’un « simple » livre.

Cependant voilà, les fans le savent, « Harry Potter », ce n’est vraiment pas quelque chose de simple… Et David Yates a continué, après la première partie,  à en révéler toutes les subtilités, toutes les nuances, du point de vue cinématographique.

Et pour parvenir à cela, il fallait prendre de la distance avec le texte de J.K Rowling et se permettre des libertés nouvelles. Pas pour les besoins de « simplifier » le récit pour en faire un produit cinématographique s’accordant avec les impératifs commerciaux et marketing, mais pour s’approprier pleinement l’univers de la saga littéraire et ainsi réaliser une œuvre à part entière, riche, complexe, fidèle au roman tout en étant unique.

En parvenant à prendre cette « hauteur », David Yates a finalement réussi à imposer le film s’accordant au plus près aux livres, tout en sortant de la simple adaptation (ou plutôt transcription) d’une histoire d’un support à un autre.

Cette proposition purement cinématographique, cette « vision d’auteur » complétant la vision de l’écrivain, avait déjà pointé son nez dans la version de Cuaron (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban), et dans la première partie de ce 7ème volet. David Yates a pris son temps pour faire émerger son propre regard sur la saga, mais aux vues des deux films finals, on ne peut que s’en féliciter.

Chez Filmgeek, nous avions (pour la plupart) totalement approuvé la première partie des Reliques de la Mort. Pour la première fois, un film de Harry Potter avec été réellement apprécié par quasiment tous, sans réel regret dans les attentes que le livre avait pu susciter, sans débat interminable commençant toujours par « Mais pourquoi… » ou « Et si… ».

Et bien, cette deuxième partie comble encore davantage les attentes des fans mais aussi celles des cinéphiles. Car, comme la première partie, ce film revient au fondement de ce qu’est réellement le spectacle cinématographique depuis sa création par Méliès, de la part de « magie » qui existe dans l’art cinématographique, magie puisée directement dans la fantasmagorie et la féérie littéraires et théâtrales du 19ème siècle, auxquelles répond directement l’œuvre de Yates et Rowling. Il y a ainsi un « pont » entre l’imaginaire collectif populaire d’un siècle, à celui d’un autre siècle, le nôtre, celui des technologies numériques et d’internet, des meutes de fans et de merchandising, mais au souvenir perpétuel d’un 20ème siècle marqué par la tragédie de la 2nde Guerre mondiale, du Nazisme et de la Résistance (comme nous l’avions déjà évoqué dans la critique du précédent film).

Mais voilà que m’emportent les vieux démons de mon doctorat, revenons au film lui-même, et à « pourquoi vous irez le voir dès mercredi prochain au cinéma », dans sa version 2D ou 3D (la 3D est plutôt intelligente, jamais agressive, et compose plutôt dans la profondeur de champ que dans le relief vainement accrocheur : il y a une véritable immersion du spectateur dans l’univers de HP et plus particulièrement dans ce Poudlard au décor chaotique) :

– Tout d’abord le rythme est bien mené, plutôt juste et fidèle au roman (ne vous attendez donc pas à une accumulation de scènes d’actions), avec quelques séquences d’introspection psychologique toutes en retenue, révélant enfin le réel potentiel du jeu d’acteur de Daniel Radcliffe (celui d’Emma Watson ayant explosé dans la première partie).

– Certaines séquences surprennent véritablement, et parviennent à synthétiser en quelques plans toute l’intensité de l’univers de HP : la visite chez Gringotts, la banque des Gobelins (superbes décors et maquillages des acteurs) et la compassion des trois héros –et du public- pour un vieux dragon aussi décharné que dangereux ; la destruction d’un Horcruxe par Ron et Hermione ; le dialogue de Harry avec le spectre de la Dame grise de Serdaigle (jouée par Kelly McDonald) ; le sortilège lancé par le professeur McGonagall (Maggie Smith) pour réveiller des soldats de pierre ; les souvenirs de Rogue/Snape (Alan Rickman, trop peu présent à mon goût, et déception concernant le masque numérique censé le rajeunir…) ; la disparition de certains personnages auxquels on s’était irrémédiablement attachés, bien qu’ils n’ont eu pour beaucoup que des rôles mineurs dans la version cinéma ; la force de certains sorciers et sorcières, comme Molly Weasley (Julie Walters), qui certes révèle la véhémence d’une mère qui protège sa fille Genny (Bonnie Wright), mais qui aussi rappelle que les Weasley ne sont pas que la famille d’adoption d’Harry, un peu déjantée, mais aussi l’une des plus puissantes familles de sorciers qui soit, alors que les trois Malefoy (Tom Feldon en tête –Drago-, avec Jason Isaacs –Lucius- et Helen McCrory –Narcissa-) révèlent une palette d’émotions subtiles qui avait déjà pointée dans le précédent film.

– Mon chouchou, Neville, prend ici toute son ampleur (Ô Joie ! il était temps !). C’est aussi grâce à lui qu’arrive la plupart des (rares) moments d’humour. Un duo comique surprenant Neville / Voldemort (Ralph Fiennes, toujours magistral) voit même le jour, où Neville montre toute son intelligence et sa finesse dans un moment d’assez fortes émotions contradictoires.

–  Les décors et la photographie du film sont toujours autant remarquables (c’est un peu la marque de fabrique de la saga cinématographique, d’un autre côté), avec cette fois-ci un Poudlard en ruine, oscillant entre le film de guerre et le film d’horreur.

– Alexandre Desplat, le compositeur,  parvient enfin à « s’entendre », contrairement au score du dernier opus, plutôt décevant.

Je pourrai encore et encore vanter ce film, mais voilà, il n’y pas de critique ici, simplement ma constatation d’un aboutissement artistique, de la révélation d’un grand cinéaste, que j’ai maintenant hâte de retrouver après les Harry Potter ; et d’une multitude de personnages et de lieux fantastiques qu’il sera bien difficile d’oublier. Donc, pour finir : Evanesco !

Caro

Stanley Kubrick l’Exposition à La Cinémathèque Française

Demain commence l’exposition phare consacrée à Stanley Kubrick à la Cinémathèque française. Exposition itinérante, mise en place par le Deutsches Filmmuseum en 2004, déjà appréciée à Berlin et Francfort, nous avons pu découvrir à notre tour cet évènement attendu depuis des mois (des années ?) en France.

Parcourant deux étages du bâtiment du 51 rue de Bercy, l’espace consacré au cinéaste est d’une exceptionnelle richesse, revenant avec minutie sur chacun de ses films et projets. Outre les objets habituels : décors, accessoires, maquettes, costumes, storyboards, photographies de plateau, scénarios annotés, etc. l’exposition rassemble les archives et documentations personnelles du réalisateur, et c’est autour de cette mise en abime de l’archive filmique (et non-filmique), que tout l’intérêt de la (re)découverte de l’auteur -et de la scénographique du musée- se conçoit.

Qu’est-ce qu’un objet cinématographique ? Est-ce seulement le film lui-même ? La réponse est bien entendu non, et cette exposition est là pour nous le rappeler. En révélant toutes les années de recherche effectuées pour chaque projet, notamment ce Napoléon qui ne vit jamais le jour, la visite ne peut que faire vibrer les cordes sensibles de chaque cinéphile : la somme réunie des études faites par le réalisateur de toutes les démesures illustre l’incroyable travail de précision et l’acharnement de cet homme à ne rien laisser au hasard, chaque image, chaque son, chaque musique des films de SK s’imprégnant grâce à cela éternellement dans les mémoires de chacun, et dans la mémoire même du cinéma.

L’exposition est aussi un remarquable hommage à la technique cinématographique (chère à la Cinémathèque), révélant les ambitions florissantes de cet homme qui participa aux créations d’appareils de prises de vues et d’objectifs révolutionnaires, s’impliquant plusieurs années avant la réalisation même d’un film à toutes les facettes de création possible de ses idées.

Tout ce cheminement, largement illustré par des extraits de ces films, des analyses, des témoignages de ses collaborateurs et de ses « héritiers » (Spielberg a largement sa place dans cet hommage à SK), ne peut que nous assoir sur cette évidence : Kubrick est sans aucun doute le cinéaste le plus talentueux de la 2nde moitié du 20ème siècle.


Stanley Kubrick – L’exposition par lacinematheque

Ainsi que vous soyez fan acharné du génie, ou simple curieux, vous ne serez pas déçu. Notons que, comme à son habitude, le site internet de la Cinémathèque propose tout un tas d’informations supplémentaires et pratiques : http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/kubrick/ (je vous conseille d’ailleurs l’audio-guide, dont vous pouvez télécharger le contenu via itunes), ainsi qu’une exposition virtuelle que vous pouvez découvrir dès maintenant ici : http://www.cinematheque.fr/expositions-virtuelles/kubrick/index.php

N’oubliez pas que cette expo est accompagnée d’une rétrospective de tous les films de Kubrick, et d’un cycle de conférence (http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/kubrick/projections-conferences.html).

[Edit] A voir avant l’expo, l’excellent documentaire : Kubrick, les archives d’une vie, qui vous fera une bonne introduction à propos du travail sur les archives et autres documents du réalisateur.

Critique du film Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 1

Synopsis :

Le pouvoir de Voldemort s’étend. Celui-ci contrôle maintenant le Ministère de la Magie et Poudlard. Harry, Ron et Hermione décident de terminer le travail commencé par Dumbledore, et de retrouver les derniers Horcruxes pour vaincre le Seigneur des Ténèbres. Mais il reste bien peu d’espoir aux trois sorciers, qui doivent réussir à tout prix.

Critique :

Une fois n’est pas coutume, je vais essayer de m’atteler à une critique courte pour deux raisons (edit : non en fait c’est raté, et en plus je spoile un tantinet, attention donc si vous n’avez pas lu les livres et que vous souhaitez chastement préserver vos yeux). La première raison étant celle-ci, la seconde raison étant que le film est tout simplement bon. Sans aucun doute le meilleur de la série, extrêmement adulte, noir, terrifiant.

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Avant-propos de la critique d’Harry Potter et les Reliques de la mort, partie 1

Aujourd’hui, je vais voir Harry Potter et les Reliques de la mort, partie 1.

Avant la critique, que je publierai dans la journée (si on m’en donne le droit), je souhaite proposer, pour les courageux du lundi matin, une petite analyse réceptive du phénomène Harry Potter, en prenant comme exemple, ma propre passion pour ce dernier.

Donc oui, j’avoue, « j’aime bien » Harry Potter, que ce soient les livres, les films, ou même les fanfictions qui mériteraient une réflexion digne d’une thèse en elle-même.

Je considère Harry comme un « ami qui me veut du bien » depuis plus de 10 ans maintenant, à l’époque où les 3 premiers livres venaient d’être publiés en poche en France et qu’on se les prêtait sous le manteau dans la cours du lycée en assurant que, même si c’était pour les enfants, c’était vraiment de la bonne. Pas de la grande littérature, mais ça proposait un incroyable trip fantaisy, intemporel, égalant presque, (le style en moins) le pilier du genre : Le Seigneur des anneaux.

Et d’ailleurs, en 2001, apparaissent sur les écrans les premières adaptations cinématographiques de ces deux phénomènes de littérature. Autant le premier opus filmique du Seigneur des Anneaux m’avait plongé dans un spectacle virtuose proche de la frénésie que j’avais ressenti dans ma lecture, autant celui d’Harry Potter, de Chris Colombus, m’avait franchement déçue. Une mise en scène soignée mais loin d’être transcendante, une adaptation ne prenant en compte que la ligne de lecture enfantine. La réalisation du 2ème tome à l’écran m’avait laissée la même amertume, me permettant d’en déduire que, malgré les progrès des effets visuels, une adaptation réussie d’Harry Potter n’était tout bonnement pas imaginable : le pouvoir de l’imaginaire littéraire était tout simplement le plus fort.

C’était sans compter l’arrivée d’Alfonso Cuaron pour le troisième tome, et l’interprétation à l’écran de Sirius Black par Gary Oldman. Enfin, une fantasmagorie cinématographique assumée, avec une mise en scène radicalement adulte, effrayante, lorgnant vers une ambiance Burtonienne parfois absurde qui apparaissait, enfin, comme du « vrai » cinéma, et non simplement comme une mise en image des romans « jeunesse ». Et c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à distinguer la qualité des films de la qualité des livres. Continuer la lecture de « Avant-propos de la critique d’Harry Potter et les Reliques de la mort, partie 1 »