Critique du film Young Ones de Jake Paltrow

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Young Ones
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écrit et réalisé par Jake PALTROW
Avec Michael Shannon, Nicholas Hoult, Elle Fanning, Kodi Smit-McPhee, Aimee Mullins…
USA/Afrique du Sud 2013 1h40

À quoi pourrait ressembler la Terre dans une cinquantaine d’années? Young Ones donne une réponse assez excitante à cette question qu’on est bien obligé de se poser, propose une vision finalement assez plausible de notre futur. Le scénario du film part de l’hypothèse que l’eau va devenir de plus en plus rare. Et c’est malheureusement bien plus qu’une hypothèse puisque de nombreux chercheurs ont depuis longtemps annoncé, études à l’appui, que d’ici 2050, une grande partie de la population mondiale serait confrontée à une très sévère pénurie d’eau. À partir de là, l’anticipation de Jake Paltrow paraît assez crédible. On constate ainsi que les animaux domestiques ont pour la plupart disparu, pas de chiens, de chats ou de chevaux à l’horizon. On imagine bien que faute d’eau, ce furent les premières victimes. Les humains les ont donc remplacés par des machines plus ou moins perfectionnées qui les aident dans leurs tâches quotidienne. Pas de surenchère dans la représentation de cette technologie du futur: contrairement à l’ordinaire des blockbusters actuels, le film ne joue pas les gros bras, reste au contraire le plus sobre et le plus réaliste possible, c’est une de ses forces. Et les paysages d’Afrique du Sud, où s’est déroulée une grande partie du tournage, sont parfaits pour représenter cette Terre aride. Un décor sauvage et sans pitié qui nous rappelle immédiatement les grands westerns. C’est une autre force de Young one: le mélange très réussi des genres, entre western et film d’anticipation.

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L’eau est rare, elle suscite donc convoitise et violence. Dans ce climat hostile – euphémisme –, Ernest Holm (l’excellent Michael Shannon, vu entre autres dans Take shelter) veille sur sa ferme et sur sa famille: sa fille Mary et son fils Jerome. L’épouse et mère est hospitalisée suite à un très grave accident…

Ernest espère pouvoir un jour récupérer de l’eau pour pouvoir relancer la culture sur ses terres, qui sont encore fertiles, il est en persuadé. Ce qui n’est pas le cas de son voisin, Sam Lever, sans doute anciennement grand propriétaire terrien accro à l’agriculture intensive: il a utilisé trop d’engrais, de pesticides et autres produits chimiques qui ont fini par tuer sa terre. Pour lui c’est clair, même s’il a de nouveau accès à l’eau, plus rien ne poussera sur sa terre morte.

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En attendant de pouvoir trouver l’or blanc, Ernest fait du commerce à droite et à gauche pour subvenir aux besoins de sa famille. Parmi ses clients réguliers, il y a les ouvriers d’une mine exploitant de l’eau souterraine. Car oui, il existe encore de l’eau, il y a encore des canalisations qui la font circuler mais l’usage en est réservé aux riches habitants des grandes villes. Ernest fait sa tournée avec son fils et surtout une mule – que beaucoup convoitent dans le coin – qui transporte les précieuses denrées, entre autres de l’alcool fait maison qui a beaucoup d’amateurs. Lors d’une expédition, la pauvre bête se brise une patte et Ernest doit l’achever… Il va donc faire comme tout le monde, acheter une machine pour remplacer l’animal: le Simulit Shadow, un robot à quatre pattes, muni d’un gros panier pouvant supporter de très lourdes charges.

Dans le même temps, Mary flirte avec le jeune et ambitieux Flem Lever, le fils du voisin, contre l’avis d’Ernest qui sent bien que ce gars est un vaurien. Il ne sait pas à quel point il a raison…

Raoul Duke

Critique du film Blue Ruin de Jeremy Saulnier

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BLUE RUIN
Écrit et réalisé par Jeremy SAULNIER

USA 2013 1h32
avec Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves, Kevin Kolack, Eve Plumb…

L’accroche est simple, comme souvent dans les bons thrillers, et celui-ci est excellent, et assez réjouissant… Un homme qui a disparu de la circulation refait surface pour régler de vieux comptes. Alors vous me direz, le gars qui revient de nulle part pour une histoire de vengeance, on a déjà vu ça cent fois. Sauf qu’ici le gars en question n’est ni un vétéran de l’armée ni un expert en arts martiaux ou en explosions, c’est juste un gars comme vous et moi avec ses faiblesses, sa maladresse et son humanité. On pourrait craindre aussi une énième série B sans grand relief, mais que nenni, car le jeune réalisateur mêle savamment tension, violence et humour, comme savent si bien le faire par exemple les frères Coen. Le fait que le personnage principal (Macon Blair, impeccable !) n’ait aucune faculté particulière pour la castagne en fait inévitablement une sorte de looser de la vengeance. Se procurer un flingue aux États-Unis est d’habitude un jeu d’enfant… ici cela paraît une épreuve insurmontable pour notre anti-héros. Bref ce petit film noir sait créer une ambiance tout à fait singulière qui vaut le détour !

Dwight est un vagabond qui vit sur une plage, il squatte une bagnole qui a jadis été bleue et qui lui sert d’abri. Habillé de guenilles, il se nourrit de ce qui lui tombe sous la main et va prendre un bain dans les baraques laissées vides par leurs occupants dans la journée. Mais un jour les flics du coin débarquent et l’embarquent au poste. On se dit : ça y est, ils vont le mettre en taule pour on ne sait quelle raison… mais en fait pas du tout, les policiers lui apprennent que va sortir de prison l’homme responsable de la mort de ses parents, et ajoutent qu’ils espèrent bien que ça ne modifiera pas son petit train-train de gentil clodo. Sauf que l’information va faire l’effet d’une bombe dans la tête de Dwight et réveiller l’homme qu’il a sans doute été avant ce drame. Une fois relâché par la maréchaussée, il fait un brin de toilette, se rase de près, se donne un coup de peigne et enfile des fringues potables. Et puis deux, trois coups de clé dans le moteur de sa poubelle roulante plus tard, le voilà parti pour la Virginie, sa contrée natale, sans doute pour faire tout le contraire de ce qu’il a juré aux flics : se venger !
Pourquoi cette vengeance ? Quel est le passé de cet homme ? C’est ce que l’on va apprendre petit à petit, au grès des rencontres, tout en apprivoisant ce personnage.

En plus de sa double casquette de scénariste-réalisateur, Jeremy Saulnier est également directeur de la photographie, il a notamment travaillé sur Putty Hillet I used to be darker, les deux excellents films de Matt Porterfield, qui brillaient entre autre par la qualité de leur cadre et de leur lumière. Autant dire que les images de Blue ruin sont particulièrement soignées et expressives, au service d’une mise en scène sèche et sans fioriture qui sied parfaitement au genre. 
Un film noir dans la plus pure tradition américaine, qui prend sa source dans la haine tenace entre deux familles… Voilà qui nous rappelle le premier film de Jeff Nichols, le remarquable Shotgun stories. Il se pourrait bien que Jeremy Saulnier soit de la même trempe que le réalisateur de Take shelter et Mud. On suivra donc avec attention ses prochains films…

Raoul Duke

Critique du film Zero Theorem de Terry Gilliam

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Zero Theorem
Réalisé par Terry GILLIAM
USA/GB 2013 1h46
avec Christoph Waltz, Mélanie Thierry, David Thewlis, Lucas Hedges,
Tilda Swinton, Matt Damon, Sanjeev Bhaskar, Peter Stormare, Ben Whishaw…
Scénario de Pat Rushin

C’est la nouvelle folie de Terry Gilliam, le plus américain en même temps que le plus visionnaire des indépassables Monty Python, et c’est une sorte de Brazil trente ans plus tard… On retrouve cette même vison kafkaïenne et déjantée de la société, avec les couleurs flashy en plus. Cette veine de l’anticipation – même si l’univers ici décrit n’est qu’une très crédible extrapolation du nôtre – permet à Gilliam d’exploiter au mieux son imaginaire débordant. On retrouve sa patte dans les décors style rétro-futuriste, dans les costumes et les coiffures plus extravagants les uns que les que les autres. Le film déborde d’idées, de trouvailles saisissantes, comme ces publicités qui vous suivent partout dans la rue, ou ces fêtes où chacun danse sur sa propre musique sortie de ses écouteurs… Une dystopie foisonnante, bourrée d’imagination, d’humour et de générosité.

Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management, un cousin germain de Big Brother… Qohen Leth, génie de l’informatique, vit reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose, donnant ainsi, enfin, un sens à sa vie. Malheureusement il doit régulièrement quitter son antre pour aller travailler, au risque de louper se fameux appel, il doit se mêler à ses congénères, ce qu’il redoute au plus haut point…
Jusqu’au jour où Management lui confie un projet ultra-confidentiel : il va devoir décrypter le fameux « Théorème Zero », qui prouvera que l’infini existe… ou démontrera que ce n’est qu’un leurre. Et pour cette mission spéciale, Qohen pourra effectuer ses recherches sans bouger de chez lui, le bonheur ultime. Mais la studieuse solitude du chercheur de fond est perturbée par les visites intempestives des émissaires de Management : Joby, sorte d’inspecteur des travaux finis, Bob, un jeune informaticien surdoué, et la voluptueuse autant que mystérieuse Bainsley, qui fait tout pour le séduire. Sans compter les interventions d’une psychiatre virtuelle aussi intrusive qu’à côté de la plaque… Entre ses calculs infernaux et les contacts avec ces intrus, Qohen finira-t-il par percevoir le sens de la (sa) vie ?

Sans jamais se prendre au sérieux, en gardant en permanence son ambiance de bricolage artisanal (on est à mille lieues des blockbusters futuristes ultra-balisés), le film porte un regard à la fois amusé et inquiet sur l’évolution technologique effrénée de nos sociétés, sur le contrôle permanent, sur l’hyper-connexion obligatoire, sur l’isolement impossible et la paradoxale solitude qui en découle, sur la perte de sens et de repères… La fable est sombre dans le fond mais joyeuse dans la forme, en tout cas bourrée d’énergie et de fantaisie.
C’est le formidable Christoph Waltz, découvert par Tarantino, qui incarne Qohen : crâne rasé, timide, névrosé (il parle de lui à la première personne du pluriel), finalement très drôle et infiniment humain. Mais tous les acteurs sont épatants, y compris les guest-stars qui nous réservent quelques apparitions réjouissantes : Matt Damon en Management caméléon, ou Tilda Swinton en psy-rom complètement frappadingue.

Raoul Duke

Critique du film Nos héros sont morts ce soir

Nos héros sont morts ce soir

Un film français qui rend hommage au Film Noir du cinéma d’après-guerre, déjà ça attire l’attention… Ni vraiment un polar, ni vraiment un film sur le catch comme on pourrait le croire au départ, mais plutôt une réflexion sur le thème du Héros, sur le bien et le mal et leur représentation, le noir et le blanc et leur symbolique, l’amour et l’amitié et leurs limites…. Le magnifique noir et blanc et la reprise des codes de films de gangsters, installent un atmosphère unique, entre rêve et réalité. Quand aux acteurs, que ce soit les premiers ou les seconds rôles, la galerie de « tronches » complète à merveille le tableau onirique de David Perrault. Il évite les écueils du pastiche, de la parodie et le côté « vieux Paris pittoresque de carte postale ». La mythologie rétro qu’il met en scène, il l’aime sincèrement, il se l’approprie pour livrer une œuvre éminemment personnelle.

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Nous sommes en France, au de?but des anne?es 60. Simon est catcheur, c’est le meilleur moyen qu’il ait trouvé pour gagner sa vie. Les combats, mis en scène et bien évidemment truqués, sont organisés par la pègre locale. Un univers pas franchement rassurant, mais c’est plutôt bien payé et par les temps qui courent ça ne se refuse pas. Le milieu a ses codes, chaque combattants porte un masque et un nom de scène bien évocateur pour que le public s’y attache et les dissocie. Il s’identifiera au « bon » et rejettera « le méchant ». Ce sera « L’Ange Blanc » contre « Le Dragon de Bagnolet », « Petit Prince » face au « Bourreau de Béthune ». Simon est du côté du « bien », il porte un masque blanc et sur le ring il est « Le Spectre ». Il a une amitié anciennement amoureuse avec Jeanne, tenancière de bar et grande lectrice, et commence une histoire avec Anna, une jeunette amatrice de musiques nouvelles : c’est l’époque où un certain Gainsbourg commence à faire parler de lui…

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Dans cette vie relativement tranquille, il retrouve son vieil ami Victor, sans boulot, tout juste de retour de l’enfer de la guerre d’Algérie, et lui propose de le présenter à son coach Ferdinand. Victor est costaud, massif même. Il en impose, pour un peu il ferait peur… Parfait, il sera détenteur d’un masque noir et surnommé «L’Équarrisseur de Belleville ». Alors que « Le Spectre » représente la justice et la bonté, « L’Équarrisseur de Belleville » est plutôt censé être de l’autre côté de la barrière. Combat en trois rounds, tous les coups ou presque sont permis et à la fin c’est le masque blanc qui gagne, c’est le bien qui terrasse le mal, il faut bien que le public soit content. Et pour Victor, encore fragile, le ro?le parai?t biento?t trop lourd a? porter. Il aimerait bien pour une fois dans sa vie, e?tre dans la peau de celui qu’on applaudit, qu’on encourage, qu’on adule. Simon sugge?re alors a? son ami d’e?changer les masques. Mais on ne trompe pas ce milieu-la? impune?ment…

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C’est un film sous influence, on pense bien sûr à Jean-Pierre Melville, Jacques Becker ou Robert Wise. Et comment ne pas citer Lino Ventura qui fût lui-même catcheur avant d’embrasser la carrière d’acteur. Les clins d’oeil et références sont multiples mais ne parasitent jamais l’intrigue. Pas besoin d’être cinéphile pour apprécier l’histoire et l’ambiance « polar » qui se dégage du film. Les dialogues sont ciselés, on prend un grand plaisir en voyant Pascal Demolon exceller en tueur narcissique ou Philippe Nahon jouer les coachs intraitables. David Perrault signe ici son premier-long-métrage, il convoque ces maîtres mais s’en affranchi parfaitement, la mise en scène est soignée et réussie. Et une fois cette belle machine lancée, ça déménage pour notre plus grand plaisir, jusqu’à un final superbe. Un premier film vraiment prometteur !

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Nos héros sont morts ce soir
Écrit et réalisé par David Perrault

France 2013 1h37
avec Avec Denis Ménochet, Jean-Pierre Martins, Constance Dollé, Philippe Nahon, Pascal Demolon, Alice Barnole, Yann Collette

Critique du film 9 mois ferme d’Albert Dupontel

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L’excellent acteur et réalisateur Albert Dupontel est de retour sur nos écrans, véritable électron libre du cinéma comique français. Il faut l’avouer le gars s’est un peu assagi, la narration est plus fluide, le scénario plus nourri et mieux construit, le rythme beaucoup moins étourdissant que dans ces précédents films… mais il reste le maître de la comédie punk. Son grain de folie est toujours présent, prêt à surgir au tournant de n’importe quelle scène. Dupontel a le don pour inventer des histoires abracadabrantesques dont seul lui à le secret mais toujours emprunt d’une réalité sociale. D’ailleurs, dans la paysage ultra-formaté de la comédie française, Dupontel détonne, c’est le surdoué qui s’ingénie à rester le mauvais élève de la classe, qui dynamite les codes éculés de ce genre. Contrairement à son compatriote Danny Boon, qui lui n’a guère de talent si ce n’est de toucher 7,5 millions d’euros pour ses films (le triste record français pour un réalisateur-scénariste-acteur), Albert Dupontel nous délecte avec ses comédies de moeurs déviantes et corrosives! Et puis cette fois-ci, il a convoqué la géniale Sandrine Kiberlain pour camper le rôle principale, une des rares actrices à pouvoir mêler comédie et drame. Elle est formidable et rien que pour ça le film vaut le coup d’oeil!

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Ariane Felder est une juge d’instruction intraitable, droiture, sérieux et abnégation sont ces préceptes. Et dans sa vie de quarantenaire célibataire, pas grand chose d’autre que son boulot. Pas le temps pour sortir s’éclater ou flirter. Mais le soir du 31 décembre, une énorme fête est donnée dans les murs luxueux du Palais de Justice de Paris. Et oui les avocats, juges et consorts ont bien le droit de faire la fête aussi. Profitant de cette débauche organisée, les collègues d’Ariane dont le collant De Bernard, l’embarquent. Dans cette ambiance débilitante, elle s’alcoolise plus que de raisons, il faut au moins ça pour supporter tous ces abrutis pense-t-elle… Le juge Felder s’y emploie avec le sérieux qui la caractérise, siffle flûte après coupe, tant et si bien que c’est au radar qu’elle quitte le tribunal, après minuit, après avoir été contrainte de souhaiter une bonne année à toute cette bande d’andouilles… Bref une soirée à oublier vite fait, et on se remet au travail…Six mois plus tard, notre juge apprend qu’elle est enceinte. Bien décidé à garder le contrôle de sa vie et de son corps, elle veut se débarrasser de l’intrus, mais légalement elle ne peut rien faire. Après avoir effectué des analyses ADN, il s’avère que c’est Bob Nolan, un cambrioleur multi-récidiviste, le coupable de ce crime odieux. Le délinquant est enfermé en prison pour avoir, lors d’un vol, tué le vieux proprio de la baraque et gobé ses yeux (un globophage d’après les experts!). Le chemin pour comprendre ce qui s’est passé et se confronter au terrible Bob sera loin d’être une sinécure.

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Autour du formidable duo Kiberlain-Dupontel, le reste de la distribution est impeccable, avec mentions spéciales à l’avocat bègue et parfaitement incompétent de Bob, joué par Nicolas Marié, sa prestation est à mourir de rire! On retrouve également Bouli Lanners en vidéo-surveilleur zélé et Jean Dujardin en traducteur télé en langue des signes, beau programme. Albert s’est amusé a insérer plein de cameo de ses potes dans le film… On y retrouvera avec grand plaisir Terry Gilliam, Yolande Moreau, Jan Kounen ou Gaspar Noé. D’ailleurs la mise en scène maîtrisé de Dupontel, est largement influencé par Gilliam, voir même de Kounen et Noé. Et pour la petite histoire, la juge qui préside le procès dans le film n’est autre que Michelle Bernard-Requin, véritable magistrate dans la vie qui était la protagoniste principale dans le doc 10e chambre – Instants d’audiences de Raymond Depardon. Elle a également été d’une grande aide en le conseillant sur les incohérences de son scénario sur la réelle procédure juridique. Dupontel explique d’ailleurs que c’est après avoir vu ce remarquable documentaire qu’il a eu l’idée de départ de 9 mois ferme.

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9 mois ferme
Écrit et réalisé par Albert DUPONTEL
France 2013 1h22
avec Avec Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Nicolas Marié, Philippe Uchan, Philippe Duquesne, Bouli Lanners…

Raoul au Festival de Cannes 2012 – Day 10 et Bilan

Raoul est une nouvelle fois notre super envoyé spécial pour le Festival de Cannes, vous pouvez suivre ses aventures en direct ici : http://www.twitter.com/Filmgeek_fr et ses comptes-rendus sur Filmgeek.

C’est le moment de faire le bilan.
En 10 jours de festival, j’ai vu 39 films, bu beaucoup de Champagne dans les apéros et fêtes, et dormi 4 heures en moyenne par nuit. Une édition en demi teinte avec beaucoup de films qui m’ont plu en début de festival, et moins après. Pour les films de la compétition officielle, je n’ai pas pu tout voir, du moins ceux qui me tentaient. Le film de Mungiu qui a de très bon retour, Les films de Jeff Nichols et de Im Sang-Soo qui sont passés après mon départ.
Je vais donc faire mon palmarès cannois perso.

Palme d’or : La chasse de Thomas Vinterberg
Grand Prix : Reality de Matteo Garrone
Prix de la mise scène : De rouille et d’os de Jacques Audiard
Prix du jury : Paradis : Amour de Ulrich Seidl
Prix du scénario : Cosmopolis de David Cronenberg
Prix d’interprétation féminine : Emmanuelle Riva (Amour de Michael Haneke)
Prix d’interprétation masculine :
Denis Lavant (Holy motors de Leos Carax)
Caméra d’or : Les bêtes du sud sauvage de Benh Zeitlin

Palme de la fête : Le grand soir avec le concert des Wampas, et Kervern, Delépine, Dupontel en guest.
Palme de la non-fête : Post tenebra lux avec la descente des flics et la saisie des bouteilles de mescal passée par la valise diplomatique pour la fête mexicaine.
Palme du meilleur spot : La villa Inrocks avec ses super apéros-concerts
Palme du film inutile : Rengaine
Palme du film le plus punk : Le grand soir de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Palme du fils prometteur qui suit les traces du père : Brandon Cronenberg avec Antiviral
Palme de film du Bronx ex-æquo : The we and the I de Michel Gondry et Gimme the loot d’Adam Leon
Palme de la méchanceté comme on aime : Touristes ! De Ben Wheatley
Palme du film d’animation : Ernest et Célestine

Moonrise Kingdom – Sélection officielle (compétition)
Nouveau film de Wes Anderson qui s’attache à l’amour naissant entre deux gamins. On retrouve la même patte et inventivité visuelle que sur ses précédents films, il a co-écrit le scénario avec Roman Coppola. La distribution est super, avec l’habituel Bill Murray, Edward Norton, Bruce Willis, Frances McDormand… Du pur plaisir !

Woody Allen, a documentary – Cannes classic
Tout est dans le titre… Un retour sur toute la carrière du réalisateur new-yorkais. Une succession de témoignages élogieux et un regard peu critique sur la vie personnelle du réalisateur, entre avec l’affaire avec sa belle-fille. Ça reste très télévisuel et finalement sans grand intérêt.

Room 514 – ACID
Film israélien de Sharon Bar-ziv.
Une enquêtrice de l’armée israélienne interroge un commandant accusé d’avoir tué un palestinien innocent. Un huit-clos psychologique pas inintéressant mais pas très emballant non plus.

Raoul au Festival de Cannes 2012 – Day 9

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J’écris ces dernières lignes avant de prendre le train qui me ramènera à la maison. Encore deux, trois films à voir avant de boucler la session 2012 et je pourrais commencer à rattraper mes heures de sommeil en retard.

Gimme the loot – Un certain regard
Premier film américain d’Adam Leon qui se déroule dans le milieu des graffeurs new-yorkais. Une complémentarité avec le film de Gondry est évidente. Sophia et Malcom, deux Blacks du Bronx, ont une journée pour récupérer 500$ afin d’entrer dans un stade pour graffer un monument. Ils vont user de toutes les combines du quartier pour arriver à leur fin. Film super « frais » sur la culture urbaine, c’est une vrai bouffée d’oxygène. Quand le cinéma indé américain nous propose des films simples et sincères , ça donne de belles choses, j’aime beaucoup !

Cosmopolis – Sélection officielle (compétition)
Nouveau film de David Cronenberg adapté du roman de Don DeLillo.
Une journée particulière dans la vie d’Eric Packer, ponte de la haute finance. À bord de sa limousine, il traverse New-York alors que le chaos envahi peu à peu la ville. Mise en scène impeccable et dialogues jouissifs , même si le fait de copier mot pour mot le texte original du bouquin rend le film un peu trop bavard. Visuellement réussi, le film traite d’un sujet brûlant de l’actualité avec brio.

Renoir – Un certain regard
Film français de Gilles Bourdos qui narre un passage de la vie de la famille Renoir peu connu. Nous sommes en 1915, au moment où débarque une jeune femme qui va devenir le dernier modèle d’Auguste et la femme de Jean, égérie de ses premiers films. Mise en scène classique servie par les bonnes prestations de Michel Bouquet, Vincent Rottiers et Christa Theret. Rien de bien original mais le film fonctionne bien.

Camille redouble – Quinzaine des réalisateurs
Nouveau film de Noémie Lvovsky.
Au réveillon du jour de l’an, Camille accuse le coup de sa séparation avec son compagnon, perd connaissance et se réveille vingt trois ans plus tôt, en 1985. Ses parents sont encore vivants et la rencontre au lycée avec le futur père de sa fille est imminente. Elle va pouvoir en profiter pour essayer de changer son passé. Une bonne comédie jouée par Lvovsky elle-même est entouré de Samir Guesmi, Yolande Moreau, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès… Un très bon moment.

Raoul au Festival de Cannes 2012 – Day 8

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Dur journée, à part la séance de 22h30, pas grand chose à se mettre sous la dent. Ensuite j’arrive à la fête mexicaine pour le Reygadas, au moment où débarque trois fourgons de CRS et d’autres voitures de la maison. Au programme vérification de la sécurité, contrôle des douanes…Une descente comme on dit. C’est la première fois que je vois ça, et autant dire qu’il n’y aura pas de fête. À priori, la même chose est arrivée à une teuf Canal+ dans la semaine. Du coup, repli stratégique au Petit Maj. Demain c’est le dernier jour, et j’avoue que je ne suis pas mécontent de rentrer.

Miss Lovely – Un certain regard
Film indien d’Ashim Ahluwalia. Deux frères font du cinéma d’exploitation à la fin des années 80 à Bombay. Très peu de dialogues, un montage assez complexe avec beaucoup d’elipse, du coup on décroche trop facilement. Un premier essai intéressant mais pas complètement convaincant. Comme pour le film de la semaine de la critique, on commence à entrevoir un nouveau cinéma indien entre auteur et Bollywood. À suivre…

The paperboy – Sélection officielle (compétition)
Nouveau film de Lee Daniels (Precious) adapté d’un bouquin de Pete Dexter. La mise en scène est trop appuyée et pas très inspiré, et finalement le scénario ne sert que de toile de fond aux personnages. C’est d’ailleurs le point fort du film avec les très bonnes prestations de Nicole Kidman, John Cusack et Macy Gray entre autres. Mais le spectateur est exclu à cause d’une réalisation trop démonstrative qui coupe toute empathie avec les personnages et l’histoire. C’est raté !

King of pigs – Quinzaine des réalisateurs
Film d’animation sud-coréen visuellement pas très beau. Dans un collège de garçon, les rapports de forces et les bizutages entre élèves. Les personnages sont caricaturaux et c’est très noir. Le film est répétitif, ça gueule et ça se bastonne toutes les deux minutes, c’est très fatigant.

Les touristes – Quinzaine des réalisateurs
Film de l’anglais Ben Wheatley. Un jeune couple part faire du tourisme en caravane pendant une semaine. L’attitude des gens qu’ils rencontrent vont les rendre fous et leurs réactions seront violentes. Une comédie noir qui fonctionne super bien, c’est tellement bon de rire de la méchanceté des gens !

Raoul au Festival de Cannes 2012 – Day 7

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Moins de films qui m’emballent ces derniers jours, mais je me rattrape dur les soirées, avec de bons concerts à la villa Inrocks. J’ai d’ailleurs découvert un duo de jeunes californiens, The Bots, vraiment excellent. Ensuite j’ai été siroter des mojitos à la fête cubaine. Plus que deux jours, je tiens bien le rythme.


Sur la route – Sélection officielle (compétition)
Nouveau film de Walter Salles qui revient encore avec un road movie après « Carnets de voyage ». Ici, il adapte le roman culte de Jack Kerouac, « Sur la route ». C’est beau mais ça manque d’âme et c’est beaucoup trop lisse par rapport au bouquin.
NDLR : A priori, Kristen Stewart nous cachait des « choses ici et  » ! 😉
NDLR : A noter la sortie de l’excellent hors-série T3OIS Couleurs consacré à l’oeuvre et son adaptation.


Holy motors – Sélection officielle (compétition)
Retour de Leos Carax après une absence de treize ans. Une journée de M. Oscar, conduit dans une énorme limousine blanche à travers Paris, qui prend la personnalité et l’apparence de plusieurs personnes
. Le film est très ambitieux, parfois trop. Denis Lavant est formidable et porte le film et l’histoire. D’une originalité folle, c’est assurément l’OFNI du festival .


Ernest et Célestine – Quinzaine des réalisateurs
Film d’animation des réalisateurs de Panique au village avec Lambert Wilson pour la voix d’Ernest. C’est une adaptation de livres pour enfants qui ont un grand succès, dont le scénario et les dialogues sont signés Daniel Pennac. C’est beau et intelligent, ça sort en fin d’année, parfait pour les fêtes !


Io e te – Sélection officielle (hors-compétition)
Nouveau film de Bernardo Bertolucci. Lorenzo, un jeune homme solitaire de 14 ans, fait croire à ses parents qu’il est parti au ski avec se classe alors qu ‘il se planque dans la cave de l’immeuble. L’arrivée de sa demi-sœur va chambouler son plan. Un joli film  mais pas très passionnant non plus.

Raoul au Festival de Cannes 2012 – Day 6

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Côté cinéma, journée sous le signe de la comédie.
Côté fête, deux apéros et une énorme fiesta pour le film « Le grand soir ». Un super concert des Wampas, qui jouent également dans le film. En dix ans de festival, je n’avais jamais vu une ambiance comme ça sur la croisette. On mettra des liens par la suite car un pote à filmer tout ça. Bon c’est pas tout ça mais je vais me coucher, j’ai tout donné dans « la fosse » !


La part des anges – Sélection officielle (compétition)
Nouveau film de Ken Loach qui se déroule en Écosse.  De jeunes branleurs découvrent le plaisir de la dégustation du whisky écossais.  Une comédie sur fond social comme seul Loach sait le faire. C’est très drôle et réussi, j’en reprendrais bien un verre !


Cogan – La mort en douce – Sélection officielle (compétition)
Après « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », Andrew Dominik s’attaque au polar. Beaucoup de dialogues interminables et un sous-contexte politique totalement à côté de la plaque. C’est du déjà vu et déjà fait, il n’y a pas grand chose d’original. La mise en scène est quand même pas mal foutu mais ça s’arrête là. Du sous-Tarantino qui ne propose rien de neuf. C’était attendu et c’est loupé


Le Grand Soir – Un certain regard
Nouveau film des trublions Benoît Delépine et Gustave Kervern après les excellents « Louise-Michel » et « Mammuth ». Deux frangins que tout oppose, l’un étant commercial pour un magazin de literie et l’autre le plus vieux punk à chien d’Europe se retrouve chez leurs parents (Brigite Fontaine et Areski Bellacem excellents) qui tiennent une pataterie, resto dont les plats sont à base de patate… tout un programme. Le duo Poolvoerde-Dupontel est génial. Fidèle à leurs valeurs, les réalisateurs signent une critique de le société de consommation. Un vrai film de punk bien fendard ! J’adore !!!
Bonus : Ouverture de la soirée feat. Didier Wampas.


Operation Libertad – Quinzaine des réalisateurs
Première fiction de Nicolas Wadimoff après avoir fait du doc, dont son dernier très bon sur la Palestine, « Aisheen ».
Le film raconte l’opération Libertad, mené par un groupe de révolutionnaires pendant les années 70. Histoire totalement fictive mais tournée comme un documentaire, on a droit aux habituelles problèmes qui existent dans ces groupes. Les dissensions en son sein apportent une note comique au film mais la voix-off omniprésente du réalisateur-caméraman est de trop. Ça reste du déjà vu et l’essai n’est pas complètement convaincant.