Critique du film Young Ones de Jake Paltrow

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Young Ones
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écrit et réalisé par Jake PALTROW
Avec Michael Shannon, Nicholas Hoult, Elle Fanning, Kodi Smit-McPhee, Aimee Mullins…
USA/Afrique du Sud 2013 1h40

À quoi pourrait ressembler la Terre dans une cinquantaine d’années? Young Ones donne une réponse assez excitante à cette question qu’on est bien obligé de se poser, propose une vision finalement assez plausible de notre futur. Le scénario du film part de l’hypothèse que l’eau va devenir de plus en plus rare. Et c’est malheureusement bien plus qu’une hypothèse puisque de nombreux chercheurs ont depuis longtemps annoncé, études à l’appui, que d’ici 2050, une grande partie de la population mondiale serait confrontée à une très sévère pénurie d’eau. À partir de là, l’anticipation de Jake Paltrow paraît assez crédible. On constate ainsi que les animaux domestiques ont pour la plupart disparu, pas de chiens, de chats ou de chevaux à l’horizon. On imagine bien que faute d’eau, ce furent les premières victimes. Les humains les ont donc remplacés par des machines plus ou moins perfectionnées qui les aident dans leurs tâches quotidienne. Pas de surenchère dans la représentation de cette technologie du futur: contrairement à l’ordinaire des blockbusters actuels, le film ne joue pas les gros bras, reste au contraire le plus sobre et le plus réaliste possible, c’est une de ses forces. Et les paysages d’Afrique du Sud, où s’est déroulée une grande partie du tournage, sont parfaits pour représenter cette Terre aride. Un décor sauvage et sans pitié qui nous rappelle immédiatement les grands westerns. C’est une autre force de Young one: le mélange très réussi des genres, entre western et film d’anticipation.

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L’eau est rare, elle suscite donc convoitise et violence. Dans ce climat hostile – euphémisme –, Ernest Holm (l’excellent Michael Shannon, vu entre autres dans Take shelter) veille sur sa ferme et sur sa famille: sa fille Mary et son fils Jerome. L’épouse et mère est hospitalisée suite à un très grave accident…

Ernest espère pouvoir un jour récupérer de l’eau pour pouvoir relancer la culture sur ses terres, qui sont encore fertiles, il est en persuadé. Ce qui n’est pas le cas de son voisin, Sam Lever, sans doute anciennement grand propriétaire terrien accro à l’agriculture intensive: il a utilisé trop d’engrais, de pesticides et autres produits chimiques qui ont fini par tuer sa terre. Pour lui c’est clair, même s’il a de nouveau accès à l’eau, plus rien ne poussera sur sa terre morte.

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En attendant de pouvoir trouver l’or blanc, Ernest fait du commerce à droite et à gauche pour subvenir aux besoins de sa famille. Parmi ses clients réguliers, il y a les ouvriers d’une mine exploitant de l’eau souterraine. Car oui, il existe encore de l’eau, il y a encore des canalisations qui la font circuler mais l’usage en est réservé aux riches habitants des grandes villes. Ernest fait sa tournée avec son fils et surtout une mule – que beaucoup convoitent dans le coin – qui transporte les précieuses denrées, entre autres de l’alcool fait maison qui a beaucoup d’amateurs. Lors d’une expédition, la pauvre bête se brise une patte et Ernest doit l’achever… Il va donc faire comme tout le monde, acheter une machine pour remplacer l’animal: le Simulit Shadow, un robot à quatre pattes, muni d’un gros panier pouvant supporter de très lourdes charges.

Dans le même temps, Mary flirte avec le jeune et ambitieux Flem Lever, le fils du voisin, contre l’avis d’Ernest qui sent bien que ce gars est un vaurien. Il ne sait pas à quel point il a raison…

Raoul Duke

Critique du film Blue Ruin de Jeremy Saulnier

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BLUE RUIN
Écrit et réalisé par Jeremy SAULNIER

USA 2013 1h32
avec Macon Blair, Devin Ratray, Amy Hargreaves, Kevin Kolack, Eve Plumb…

L’accroche est simple, comme souvent dans les bons thrillers, et celui-ci est excellent, et assez réjouissant… Un homme qui a disparu de la circulation refait surface pour régler de vieux comptes. Alors vous me direz, le gars qui revient de nulle part pour une histoire de vengeance, on a déjà vu ça cent fois. Sauf qu’ici le gars en question n’est ni un vétéran de l’armée ni un expert en arts martiaux ou en explosions, c’est juste un gars comme vous et moi avec ses faiblesses, sa maladresse et son humanité. On pourrait craindre aussi une énième série B sans grand relief, mais que nenni, car le jeune réalisateur mêle savamment tension, violence et humour, comme savent si bien le faire par exemple les frères Coen. Le fait que le personnage principal (Macon Blair, impeccable !) n’ait aucune faculté particulière pour la castagne en fait inévitablement une sorte de looser de la vengeance. Se procurer un flingue aux États-Unis est d’habitude un jeu d’enfant… ici cela paraît une épreuve insurmontable pour notre anti-héros. Bref ce petit film noir sait créer une ambiance tout à fait singulière qui vaut le détour !

Dwight est un vagabond qui vit sur une plage, il squatte une bagnole qui a jadis été bleue et qui lui sert d’abri. Habillé de guenilles, il se nourrit de ce qui lui tombe sous la main et va prendre un bain dans les baraques laissées vides par leurs occupants dans la journée. Mais un jour les flics du coin débarquent et l’embarquent au poste. On se dit : ça y est, ils vont le mettre en taule pour on ne sait quelle raison… mais en fait pas du tout, les policiers lui apprennent que va sortir de prison l’homme responsable de la mort de ses parents, et ajoutent qu’ils espèrent bien que ça ne modifiera pas son petit train-train de gentil clodo. Sauf que l’information va faire l’effet d’une bombe dans la tête de Dwight et réveiller l’homme qu’il a sans doute été avant ce drame. Une fois relâché par la maréchaussée, il fait un brin de toilette, se rase de près, se donne un coup de peigne et enfile des fringues potables. Et puis deux, trois coups de clé dans le moteur de sa poubelle roulante plus tard, le voilà parti pour la Virginie, sa contrée natale, sans doute pour faire tout le contraire de ce qu’il a juré aux flics : se venger !
Pourquoi cette vengeance ? Quel est le passé de cet homme ? C’est ce que l’on va apprendre petit à petit, au grès des rencontres, tout en apprivoisant ce personnage.

En plus de sa double casquette de scénariste-réalisateur, Jeremy Saulnier est également directeur de la photographie, il a notamment travaillé sur Putty Hillet I used to be darker, les deux excellents films de Matt Porterfield, qui brillaient entre autre par la qualité de leur cadre et de leur lumière. Autant dire que les images de Blue ruin sont particulièrement soignées et expressives, au service d’une mise en scène sèche et sans fioriture qui sied parfaitement au genre. 
Un film noir dans la plus pure tradition américaine, qui prend sa source dans la haine tenace entre deux familles… Voilà qui nous rappelle le premier film de Jeff Nichols, le remarquable Shotgun stories. Il se pourrait bien que Jeremy Saulnier soit de la même trempe que le réalisateur de Take shelter et Mud. On suivra donc avec attention ses prochains films…

Raoul Duke

Critique du film Zero Theorem de Terry Gilliam

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Zero Theorem
Réalisé par Terry GILLIAM
USA/GB 2013 1h46
avec Christoph Waltz, Mélanie Thierry, David Thewlis, Lucas Hedges,
Tilda Swinton, Matt Damon, Sanjeev Bhaskar, Peter Stormare, Ben Whishaw…
Scénario de Pat Rushin

C’est la nouvelle folie de Terry Gilliam, le plus américain en même temps que le plus visionnaire des indépassables Monty Python, et c’est une sorte de Brazil trente ans plus tard… On retrouve cette même vison kafkaïenne et déjantée de la société, avec les couleurs flashy en plus. Cette veine de l’anticipation – même si l’univers ici décrit n’est qu’une très crédible extrapolation du nôtre – permet à Gilliam d’exploiter au mieux son imaginaire débordant. On retrouve sa patte dans les décors style rétro-futuriste, dans les costumes et les coiffures plus extravagants les uns que les que les autres. Le film déborde d’idées, de trouvailles saisissantes, comme ces publicités qui vous suivent partout dans la rue, ou ces fêtes où chacun danse sur sa propre musique sortie de ses écouteurs… Une dystopie foisonnante, bourrée d’imagination, d’humour et de générosité.

Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management, un cousin germain de Big Brother… Qohen Leth, génie de l’informatique, vit reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose, donnant ainsi, enfin, un sens à sa vie. Malheureusement il doit régulièrement quitter son antre pour aller travailler, au risque de louper se fameux appel, il doit se mêler à ses congénères, ce qu’il redoute au plus haut point…
Jusqu’au jour où Management lui confie un projet ultra-confidentiel : il va devoir décrypter le fameux « Théorème Zero », qui prouvera que l’infini existe… ou démontrera que ce n’est qu’un leurre. Et pour cette mission spéciale, Qohen pourra effectuer ses recherches sans bouger de chez lui, le bonheur ultime. Mais la studieuse solitude du chercheur de fond est perturbée par les visites intempestives des émissaires de Management : Joby, sorte d’inspecteur des travaux finis, Bob, un jeune informaticien surdoué, et la voluptueuse autant que mystérieuse Bainsley, qui fait tout pour le séduire. Sans compter les interventions d’une psychiatre virtuelle aussi intrusive qu’à côté de la plaque… Entre ses calculs infernaux et les contacts avec ces intrus, Qohen finira-t-il par percevoir le sens de la (sa) vie ?

Sans jamais se prendre au sérieux, en gardant en permanence son ambiance de bricolage artisanal (on est à mille lieues des blockbusters futuristes ultra-balisés), le film porte un regard à la fois amusé et inquiet sur l’évolution technologique effrénée de nos sociétés, sur le contrôle permanent, sur l’hyper-connexion obligatoire, sur l’isolement impossible et la paradoxale solitude qui en découle, sur la perte de sens et de repères… La fable est sombre dans le fond mais joyeuse dans la forme, en tout cas bourrée d’énergie et de fantaisie.
C’est le formidable Christoph Waltz, découvert par Tarantino, qui incarne Qohen : crâne rasé, timide, névrosé (il parle de lui à la première personne du pluriel), finalement très drôle et infiniment humain. Mais tous les acteurs sont épatants, y compris les guest-stars qui nous réservent quelques apparitions réjouissantes : Matt Damon en Management caméléon, ou Tilda Swinton en psy-rom complètement frappadingue.

Raoul Duke

Critique du film Edge of Tomorrow

Affiche du film Edge of Tomorrow Poster

[ATTENTION] Cette critique peut contenir de traces de spoiler.

LIVE. DIE. REPEAT.

Comme il est maintenant de coutume pour moi avec les blockbusters, j’essaie d’arriver le plus vierge possible dans la salle : pas de teaser, de FA, d’extraits, de premières minutes en exclu, rien. On s’est retrouvé avec de telles aberrations dernièrement où des scènes entières n’étaient même plus présentes au montage final ou pire encore des pans entiers de l’intrigues spoilés sur l’hôtel de la promo que non, plus jamais ça.

Alors, j’ai enfilé mes lunettes 3D sur la seule promesse du cast et de l’affiche : Tom et Emily vont à la guerre avec un concept malin.

EDGE OF TOMORROW

DIE AND RETRY.

Cette fameuse mécanique de répétition héritée d’Un jour sans fin ou plus récemment de Source Code, sert ici à la fois à montrer la transformation d’un pleutre incarné par Tom Cruise, en une arme redoutable, à la manière d’un joueur de jeu vidéo maîtrisant jusqu’au dernier rouage du dernier niveau après y être mort des centaines de fois, tout en se permettant de faire de l’humour, souvent facilement mais toujours efficacement. Et ça tombe bien, Tom excelle dans les deux domaines action et humour, il me fait croire encore, me surprend encore et je m’incline encore.

Autre bonne surprise du film : Emily Blunt. Oh bien-sûr, je la trouvais déjà excellente actrice mais j’avais forcément un peu doute sur le poids de son rôle au côté de Tom-tout-puissant et heureusement les scénaristes l’ont plutôt gâtée : elle incarne un personnage fort, un leader charismatique, qui ne se trouve jamais dans l’ombre de Tom et dont même l’intrigue amoureuse s’articule intelligemment avec la mécanique de reset.

Enfin, derrière ces deux grands acteurs, il y a aussi des scènes d’action massives, bien produites, où les références aussi bien cinématographiques (des classiques de films de guerre à Verhoeven période Starship Troopers) qu’historiques (le débarquement, Verdun et ses premières lignes chair à canon, la propagande…) servent à densifier le film et en font un vrai film de guerre à son tour en lui offeant une dimension critique bienvenue. Doug Liman tire donc aussi son épingle du jeu en tenant sa partition presque jusqu’au bout.

EDGE OF TOMORROW

LIVE AND LET DIE.

Presque car bizarrement, comme le controversé Oblivion de Tom, passé le premier acte de découverte très excitant, le second efficace, le dernier tiers est le plus faible. L’enchaînement de péripéties menant à la conclusion ne fonctionne plus vraiment, en partie à cause du détournement des règles mises en place et du manque de lisibilité de l’ensemble causé à la fois par la 3D, la photo et l’excès du combo décors/CGI médiocre…

Mais là n’est pas l’essentiel : il faut surtout retenir d’Edge of Tomorrow un bon blockbuster bien plus intelligent et drôle que ce que promet sa simple accroche avec un Tom Cruise toujours au top et une Emily Blunt parfaite dans son rôle de Full Metal Bitch que l’on suivrait jusqu’à la mort pour mieux recommencer.

EDGE OF TOMORROW

Critique du film Nos héros sont morts ce soir

Nos héros sont morts ce soir

Un film français qui rend hommage au Film Noir du cinéma d’après-guerre, déjà ça attire l’attention… Ni vraiment un polar, ni vraiment un film sur le catch comme on pourrait le croire au départ, mais plutôt une réflexion sur le thème du Héros, sur le bien et le mal et leur représentation, le noir et le blanc et leur symbolique, l’amour et l’amitié et leurs limites…. Le magnifique noir et blanc et la reprise des codes de films de gangsters, installent un atmosphère unique, entre rêve et réalité. Quand aux acteurs, que ce soit les premiers ou les seconds rôles, la galerie de « tronches » complète à merveille le tableau onirique de David Perrault. Il évite les écueils du pastiche, de la parodie et le côté « vieux Paris pittoresque de carte postale ». La mythologie rétro qu’il met en scène, il l’aime sincèrement, il se l’approprie pour livrer une œuvre éminemment personnelle.

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Nous sommes en France, au de?but des anne?es 60. Simon est catcheur, c’est le meilleur moyen qu’il ait trouvé pour gagner sa vie. Les combats, mis en scène et bien évidemment truqués, sont organisés par la pègre locale. Un univers pas franchement rassurant, mais c’est plutôt bien payé et par les temps qui courent ça ne se refuse pas. Le milieu a ses codes, chaque combattants porte un masque et un nom de scène bien évocateur pour que le public s’y attache et les dissocie. Il s’identifiera au « bon » et rejettera « le méchant ». Ce sera « L’Ange Blanc » contre « Le Dragon de Bagnolet », « Petit Prince » face au « Bourreau de Béthune ». Simon est du côté du « bien », il porte un masque blanc et sur le ring il est « Le Spectre ». Il a une amitié anciennement amoureuse avec Jeanne, tenancière de bar et grande lectrice, et commence une histoire avec Anna, une jeunette amatrice de musiques nouvelles : c’est l’époque où un certain Gainsbourg commence à faire parler de lui…

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Dans cette vie relativement tranquille, il retrouve son vieil ami Victor, sans boulot, tout juste de retour de l’enfer de la guerre d’Algérie, et lui propose de le présenter à son coach Ferdinand. Victor est costaud, massif même. Il en impose, pour un peu il ferait peur… Parfait, il sera détenteur d’un masque noir et surnommé «L’Équarrisseur de Belleville ». Alors que « Le Spectre » représente la justice et la bonté, « L’Équarrisseur de Belleville » est plutôt censé être de l’autre côté de la barrière. Combat en trois rounds, tous les coups ou presque sont permis et à la fin c’est le masque blanc qui gagne, c’est le bien qui terrasse le mal, il faut bien que le public soit content. Et pour Victor, encore fragile, le ro?le parai?t biento?t trop lourd a? porter. Il aimerait bien pour une fois dans sa vie, e?tre dans la peau de celui qu’on applaudit, qu’on encourage, qu’on adule. Simon sugge?re alors a? son ami d’e?changer les masques. Mais on ne trompe pas ce milieu-la? impune?ment…

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C’est un film sous influence, on pense bien sûr à Jean-Pierre Melville, Jacques Becker ou Robert Wise. Et comment ne pas citer Lino Ventura qui fût lui-même catcheur avant d’embrasser la carrière d’acteur. Les clins d’oeil et références sont multiples mais ne parasitent jamais l’intrigue. Pas besoin d’être cinéphile pour apprécier l’histoire et l’ambiance « polar » qui se dégage du film. Les dialogues sont ciselés, on prend un grand plaisir en voyant Pascal Demolon exceller en tueur narcissique ou Philippe Nahon jouer les coachs intraitables. David Perrault signe ici son premier-long-métrage, il convoque ces maîtres mais s’en affranchi parfaitement, la mise en scène est soignée et réussie. Et une fois cette belle machine lancée, ça déménage pour notre plus grand plaisir, jusqu’à un final superbe. Un premier film vraiment prometteur !

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Nos héros sont morts ce soir
Écrit et réalisé par David Perrault

France 2013 1h37
avec Avec Denis Ménochet, Jean-Pierre Martins, Constance Dollé, Philippe Nahon, Pascal Demolon, Alice Barnole, Yann Collette

Critique du film 9 mois ferme d’Albert Dupontel

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L’excellent acteur et réalisateur Albert Dupontel est de retour sur nos écrans, véritable électron libre du cinéma comique français. Il faut l’avouer le gars s’est un peu assagi, la narration est plus fluide, le scénario plus nourri et mieux construit, le rythme beaucoup moins étourdissant que dans ces précédents films… mais il reste le maître de la comédie punk. Son grain de folie est toujours présent, prêt à surgir au tournant de n’importe quelle scène. Dupontel a le don pour inventer des histoires abracadabrantesques dont seul lui à le secret mais toujours emprunt d’une réalité sociale. D’ailleurs, dans la paysage ultra-formaté de la comédie française, Dupontel détonne, c’est le surdoué qui s’ingénie à rester le mauvais élève de la classe, qui dynamite les codes éculés de ce genre. Contrairement à son compatriote Danny Boon, qui lui n’a guère de talent si ce n’est de toucher 7,5 millions d’euros pour ses films (le triste record français pour un réalisateur-scénariste-acteur), Albert Dupontel nous délecte avec ses comédies de moeurs déviantes et corrosives! Et puis cette fois-ci, il a convoqué la géniale Sandrine Kiberlain pour camper le rôle principale, une des rares actrices à pouvoir mêler comédie et drame. Elle est formidable et rien que pour ça le film vaut le coup d’oeil!

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Ariane Felder est une juge d’instruction intraitable, droiture, sérieux et abnégation sont ces préceptes. Et dans sa vie de quarantenaire célibataire, pas grand chose d’autre que son boulot. Pas le temps pour sortir s’éclater ou flirter. Mais le soir du 31 décembre, une énorme fête est donnée dans les murs luxueux du Palais de Justice de Paris. Et oui les avocats, juges et consorts ont bien le droit de faire la fête aussi. Profitant de cette débauche organisée, les collègues d’Ariane dont le collant De Bernard, l’embarquent. Dans cette ambiance débilitante, elle s’alcoolise plus que de raisons, il faut au moins ça pour supporter tous ces abrutis pense-t-elle… Le juge Felder s’y emploie avec le sérieux qui la caractérise, siffle flûte après coupe, tant et si bien que c’est au radar qu’elle quitte le tribunal, après minuit, après avoir été contrainte de souhaiter une bonne année à toute cette bande d’andouilles… Bref une soirée à oublier vite fait, et on se remet au travail…Six mois plus tard, notre juge apprend qu’elle est enceinte. Bien décidé à garder le contrôle de sa vie et de son corps, elle veut se débarrasser de l’intrus, mais légalement elle ne peut rien faire. Après avoir effectué des analyses ADN, il s’avère que c’est Bob Nolan, un cambrioleur multi-récidiviste, le coupable de ce crime odieux. Le délinquant est enfermé en prison pour avoir, lors d’un vol, tué le vieux proprio de la baraque et gobé ses yeux (un globophage d’après les experts!). Le chemin pour comprendre ce qui s’est passé et se confronter au terrible Bob sera loin d’être une sinécure.

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Autour du formidable duo Kiberlain-Dupontel, le reste de la distribution est impeccable, avec mentions spéciales à l’avocat bègue et parfaitement incompétent de Bob, joué par Nicolas Marié, sa prestation est à mourir de rire! On retrouve également Bouli Lanners en vidéo-surveilleur zélé et Jean Dujardin en traducteur télé en langue des signes, beau programme. Albert s’est amusé a insérer plein de cameo de ses potes dans le film… On y retrouvera avec grand plaisir Terry Gilliam, Yolande Moreau, Jan Kounen ou Gaspar Noé. D’ailleurs la mise en scène maîtrisé de Dupontel, est largement influencé par Gilliam, voir même de Kounen et Noé. Et pour la petite histoire, la juge qui préside le procès dans le film n’est autre que Michelle Bernard-Requin, véritable magistrate dans la vie qui était la protagoniste principale dans le doc 10e chambre – Instants d’audiences de Raymond Depardon. Elle a également été d’une grande aide en le conseillant sur les incohérences de son scénario sur la réelle procédure juridique. Dupontel explique d’ailleurs que c’est après avoir vu ce remarquable documentaire qu’il a eu l’idée de départ de 9 mois ferme.

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9 mois ferme
Écrit et réalisé par Albert DUPONTEL
France 2013 1h22
avec Avec Sandrine Kiberlain, Albert Dupontel, Nicolas Marié, Philippe Uchan, Philippe Duquesne, Bouli Lanners…

Critique du film Iron Man 3 de Shane Black, avec Robert Downey Jr et Gwyneth Paltrow

Synopsis officiel

Tony Stark, l’industriel flamboyant qui est aussi Iron Man, est confronté cette fois à un ennemi qui va attaquer sur tous les fronts. Lorsque son univers personnel est détruit, Stark se lance dans une quête acharnée pour retrouver les coupables. Plus que jamais, son courage va être mis à l’épreuve, à chaque instant. Dos au mur, il ne peut plus compter que sur ses inventions, son ingéniosité, et son instinct pour protéger ses proches. Alors qu’il se jette dans la bataille, Stark va enfin découvrir la réponse à la question qui le hante secrètement depuis si longtemps : est-ce l’homme qui fait le costume ou bien le costume qui fait l’homme ?

Commentaire et critique

Après avoir frôlé la mort à New-York (dans The Avengers), Tony Stark n’a plus goût à la fête. Enfermé dans son labo avec Jarvis et son équipement toujours plus hightech, renfermé sur lui-même, il ne dort plus, il doute de lui-même et compense en se vouant corps et âme à la création d’armures toujours plus perfectionnées. Rappelez-vous, dans The Avengers, il portait la Mark 7. Au début de Iron Man 3, l’ennui et la dépression lui ont donné le temps et les moyens de travailler sur bien d’autres modèles, puisqu’il met alors à l’essai le prototype de la Mark… 42. Cette dernière est une armure surpuissante et surprenante, mais encore imparfaite et incontrôlable, à l’image de son créateur. Mark 42 est son obsession, sa fuite… C’est le masque qui lui permet d’éviter de se confronter à la réalité de ce qu’il vit et ressent… En effet, il se pourrait bien que le désinvolte, le narcissique, le flamboyant Tony Stark ait un coeur, caché, là encore, sous l’électro-aimant qui lui permet de vivre. Mais entre (sur)vivre pour soi et vivre avec les autres, Tony devra faire un choix : celui de tomber le costume (de fer)…

Kiss Kiss Blank Blank ? :

Le meilleur ennemi de Tony Stark ne serait-il pas Iron Man (et réciproquement) ? Bien évidemment la question a été déjà posée et largement développée, dans Iron Man 2 comme dans The Avengers. Rien de bien nouveau encore ici, si ce n’est que cette fois-ci, Tony n’est plus seul. Ou du moins, il comprend enfin qu’il n’est désormais plus seul…

Pepper l’aime et vit avec lui, elle lui fait aveuglement confiance et le comprend comme aucun(e) autre (hormis peut-être le docteur Bruce Banner, mais ça, c’est une autre histoire que je fantasme). Quand Pepper est en danger, il n’est plus du tout question de rigoler. Tony s’inquiète, s’émeut, se déchaine… ce qui donne lieu à quelques séquences plus sensibles et subtiles que d’autres, mais aussi quelques répliques bien senties et parfois des réactions étonnantes…

Happy a pris du grade, puisqu’il n’est plus son garde du corps (Iron Man n’a pas besoin de garde du corps) mais désormais son chef de la sécurité ; cependant, l’amitié et la complicité entre les 2 n’en demeurent pas moins tendres et fraternelles. Et puis ils sont fans de Downton Abbey. Et ça, c’est sacré.

War Machine, qui avait largement pointé le bout de son masque dans le 2, revient ici en Iron Patriot, customisé par U.S. Air Force aux couleurs subtiles du drapeau américain. Donnant lieu à un certain nombre de plaisanteries et d’un second degré « patriotique » plutôt bienvenu (déjà bien présent dans Captain America et The Avengers), on regrettera pourtant que le personnage du Colonel Rhodes (Don Cheadle) soit si peu approfondi, ne servant que de faire valoir moral au puéril et excentrique Tony Stark. C’est peut-être ici le point faible du film concernant la « consolidation » de l’entourage proche de Stark/Iron Man : en effet, le traitement Rhodey/War Machine/Iron Patriot est malheureusement assez expéditif et approximatif, frustrant donc.

Cette frustration nous la retrouvons aussi largement en la présence du second rôle féminin interprété par Rebacca Hall, Maya Hansen, qui aurait pu être absolument géniale, si son rôle n’avait pas été si bêtement illustratif. Une jolie fille sympa qui serait AUSSI un génie scientifique ? ça annonçait du très bon dès la 1ère séquence du film (un peu à l’image de l’excellente Scarlett Johansson/Natasha Romanoff dans Iron Man 2), mais sur la longueur, les scénaristes (et les monteurs ?) ont dû trouvé cela trop peu crédible aux yeux des spectateurs et l’ont progressivement rangée dans le placard à plantes vertes. Certainement le plus grand gâchis du film…

Heureusement, les personnages d’Aldrich Killian (Guy Pearce, plutôt bon, bien que trop formaté) et surtout celui du Mandarin (Ben Kingsley, comme vous ne l’avez certainement jamais vu) permettent la construction d’une intrigue plus efficace que celle d’Iron Man 2 et moins risible que celle de The Avengers. Entre expérimentation militaire, nanotechnologies, complot d’envergure (inter)national et terrorisme anarchique, l’intrigue fait surtout appel à Extremis, sorte de virus permettant de transformer des hommes et des femmes en super-mercenaires quasi invincibles et indestructibles (et très enragés). On est très loin du serum de Captain America… Et cette nouvelle forme d’ennemis, on s’en doute, ne peut que donner du fil à retordre à Tony, qui va à nouveau devoir faire preuve d’intelligence et de tactiques de combat et de défense plus ou moins improvisées, donnant souvent lieu à des scènes particulièrement surprenantes et spectaculaires. Et ça tombe plutôt bien, c’est aussi pour ça qu’on va voir un film comme Iron Man.

Iron(ic) Man :

Un des points forts du film est certainement le personnage de ce petit garçon, Harley, qui va aider Tony à un moment où Mark 42 et Jarvis décident inopinément de prendre un peu de repos dans un trou perdu des Etats-Unis, après une scène de destruction remarquablement bien foutue (et presque émouvante) que je vous laisserai découvrir par vous-même. Alors, là aussi, rien de bien exceptionnel dans l’écriture de ce duo Tony/Harley, mais on y retrouve une « Shane Black Touch » plutôt réjouissante. C’est surtout dans ce moment du film que le buddy movie se fait sentir, évitant que le film traine en longueur à ce moment de l’intrigue contre Extremis et le Mandarin. Le détournement que Shane Black fait de sa propre marque de fabrique devient ainsi tout aussi drôle que grinçante, avec quelques répliques savoureuses.

Et alors donc, la grande question : Shane -L’Arme Fatale 1 et 2, Le Dernier Samaritain, Last Action Hero, Kiss Kiss Bang Bang- Black, ça vaut vraiment quoi, ici ? Reconnaissons que tout ce qui fait le nouvel intérêt d’Iron Man 3 – le petit plus à la recette qui ne change pourtant pas – c’est bien l’arrivée de Shane Black aux commandes. Enfin, aux commandes… La franchise parait parfois comme une armure vide géante tirée par les grosses ficelles des studios.

Mais… Shane Black, grâce à qui Robert Downey Jr avait ressuscité dans le génial Kiss Kiss Bang Bang (2005), a réussi à placer quelques fils supplémentaires là où généralement on ne trouvait plus grand chose. Jon Favreau et Joss Whedon, malgré tous leur mérites (un travail d’écriture plutôt sympa au niveau des interactions entre les personnages pour The Avengers, notamment), avaient malheureusement bien trop disparus derrière de grosses blagues potaches (efficaces, certes) et des idées visuelles marquantes, mais rongées par un excès d’effets en tout genre qui perdait le spectateur et le sens même du film.

Alors, soyons (voyons) clair, ce n’est pas non plus la panacée avec Shane Black, mais il s’en tire plutôt honorablement, même dans les scènes d’action. Comme dans les autres films, le climax est toujours aussi spectaculaire et virevoltant, dans l’excès permanent, mais ici, nous restons face à un excès « sous contrôle ». En effet, contrairement à la fin d’Iron Man 2 et de The Avengers où l’on bascule très vite dans un excès grotesque involontaire, ici, la mise en scène et l’écriture des scènes d’action parviennent à rester dans une certaine maîtrise (toute relative) du spectaculaire. L’écriture et la mise en scène de Shane Black permet ainsi au spectateur de toujours se situer dans l’espace et le déroulement des actions plus qu’impressionnantes, sans jamais perdre (ou presque) le contrôle de ce qu’il est en train de regarder et comprendre de la situation. Vous en aurez plein les yeux (surtout avec la 3D relief, très efficace), mais sans être pour autant aveuglé par le feu d’artifice permanent. Et c’est suffisant rare pour que cela soit souligné.

A coeur ouvert :

La sortie d’un nouveau film de chez Marvel, c’est la promesse d’un bon divertissement grand public, cool et spectaculaire : c’est par excellence la sortie entre potes et la sortie familiale (enfants, parents, grands-parents,…). La sortie d’un nouvel Iron Man (inclus The Avengers), c’est aussi la promesse d’un show inégalable de Robert Downey Jr, décomplexé à souhait, réjouissant d’extravagance, d’impertinence et d’auto-dérision. Un acteur (et un personnage) qui se veut, bien évidemment, davantage charismatique que Thor, Captain America et autres Hulk. Iron man 3 se lance ainsi assez fièrement au sommet de l’ensemble des derniers Marvels, plaçant la barre haut, barre que certainement seul The Avengers 2 cherchera à atteindre.

Rien de nouveau cependant sous le soleil de la franchise : la recette est toujours la même (mais elle fonctionne, pourquoi la modifier ?), cependant ici, quelques surprises et coups de théâtre (des spoilers sur lesquels je n’insisterai pas, vous verrez bien par vous-mêmes) permettent d’ajouter une saveur nouvelle, saveur un peu piquante que certains adoreront, que d’autres oublieront très vite après l’avoir goûtée.

Malgré la participation appréciée de Shane Black, l’intrigue d’Iron Man 3 aurait pu être davantage consolidée, mais dans le genre, on a rarement vu mieux. Alors le temps de la projection, ne boudons surtout pas notre plaisir ! Et promis, Robert Downey Jr réussira toujours à vous tirer un paquet de sourires et même quelques éclats de rire sincères et spontanés 🙂

Caroline

Critique du film Mariage à l’Anglaise de Dan Mazer

 

 

Depuis qu’ils se sont rencontrés dans une soirée, Nat, jeune femme ambitieuse, et Josh, apprenti romancier, nagent dans le bonheur, malgré leurs différences. Car si Josh est plutôt du genre intellectuel, Nat est une fonceuse. Ce qui ne les a pas empêchés d’être réunis par un coup de foudre réciproque. Leur mariage est idyllique, même si personne – de leurs proches à leurs amis, jusqu’au pasteur qui officie – ne croit qu’il pourra durer… Surtout quand l’ex-petite amie de Josh, Chloe, et le charmant client américain de Nat, Guy, s’en mêlent… Alors que Josh et Nat s’apprêtent à fêter leur un an de mariage, aucun des deux ne veut être le premier à jeter l’éponge. Leur couple pourra-t-il résister aux pressions de toutes parts ?

Scènariste principal de l’acteur Sasha Baron Cohen pour (Ali G, Borat et Bruno), Dan Mazer passe pour la première fois à la réalisation avec Mariage à l’Anglaise. Titre mal choisi puisque I Give it a Year, l’original est bien plus évocateur. Le réalisateur n’hésite pas, dès le début du film, à s’amuser des clichés en détournant tous les codes de la comédie romantique habituelle. L’histoire prend donc les amateurs de ce genre à contre pied en racontant comment un couple, n’ayant aucun point commun, va tout faire pour éviter le mariage. C’est évidemment sans compter sur deux personnages, Chloe, interprétée par Anna Farris et Guy, joué par le séduisant Simon Baker, usant de leur charme pour leur mettre des bâtons dans les roues… Ou il serait plus juste de dire qu’ils viennent leur enlever une belle épine du pied.

Doté d’un humour irrévérencieux et vulgaire, le film parvient à le faire fonctionner parfaitement en y mêlant un ton décalé bien british et donne lieu à des séquences très drôles. Le réalisateur parvient à ne jamais tomber dans la niaiserie et réussi à nous faire rire jusqu’à la dernière situation. Le casting est une des grandes réussites du film, Rose Byrne et Rafe Spall sont parfaits dans leur rôle de couple incompatible, tandis qu’Anna Farris et Simon Baker apportent avec eux leur fraicheur. Sans oublier le pétillant et déjanté assortiment des seconds rôles, notamment Stephen Merchant (camarade de Ricky Gervais) qui, à chacune de ses apparitions, jète un malaise autour de lui, pour le plus grand bonheur des zygomatiques du public.

Au final Dan Mazer nous offre une comédie typiquement anglaise sans tomber dans les stéréotypes du genre et ne retombe jamais dans les travers de la comédie romantique (Comédie dans sa première partie, plus romantique dans sa seconde) et arrive à nous faire rire aux éclats de bout en bout.

Romain

Critique du Monde Fantastique d’Oz de Sam Raimi

Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences…

Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?

Quatre ans après son retour au genre horrifique avec Jusqu’en Enfer, Sam Raimi reprend sa caméra et va conquérir le monde fantastique d’Oz. Produit par Disney, on pouvait craindre la même débâcle arrivée au Alice de Burton, mais il n’en est rien tant Raimi nous offre un formidable divertissement enrichi de son style si particulier, malgré des limites évidentes imposées par Disney.

74 ans après, Sam Raimi rend un vibrant hommage au Magicien d’Oz de Victor Fleming, véritable chef d’oeuvre, aujourd’hui toujours ancré au plus profond de la culture américaine. A commencer par son introduction en noir et blanc. Mais bien plus que ça, Raimi s’intéresse au cinéma des premiers temps et plus particulièrement celui des attractions. Propos qui reviendra tout au long du film à travers ce personnage truqueur, trompeur qu’est Oscar «Oz» Diggs l’illusionniste et qui trouvera son point culminant dans un climax explosif, au sens propre du terme. Après ce premier acte qui se termine sur une spectaculaire scène de tornade, Oz, brillamment interprété par James Franco, se retrouve dans ce monde inconnu, coloré et enchanteur qu’est Oz. De la même façon que Dorothy, le personnage rencontrera ses compagnons de route tout au long de sa quête, qui, malheureusement, manque quelque peu d’ampleur. On part donc à la rencontre de l’hilarant Zach Braff, prêtant sa voix à Finley le singe volant, la touchante Joey King qui double une petite fille de porcelaine, la belle Michelle Williams la douce et vertueuse sorcière Glinda, mais également Mila Kunis et Rachel Weisz dans la peau des deux soeurs Theorodra et Evanora. Sans oublier évidemment le caméo habituel de Bruce Campbell, acteur fétiche de Sam Raimi et légendaire Ash d’Evil Dead.

S’il fallait trouver un défaut au film il faudrait chercher du côté d’un scénario peut être un peu trop simpliste, sans véritable surprise. Pour autant, le film possède une histoire restant limpide et attrayante. D’autant plus que la réalisation est à la hauteur et amène ce divertissement à un autre niveau. Raimi réussi à imposer son style, parcourant tout le film, et nous gratifie de quelques fulgurances horrifiques. Malgré ça, le côté «tout numérique» du film peut être un argument rédhibitoire et certains effets semblent trop visibles. Cependant j’ai envie de me dire que ces truquages apparents sont assumés et trouvent écho directement dans le cinéma des attractions dont Raimi fait l’éloge tout au long des 2h du long métrage. L’utilisation d’un semblant de matte painting sur certains plans et d’une séquence en surimpression pourrait valider cette théorie. La 3D sublime le tout tant elle est réussie et rend certains décors impressionnants de beauté, notamment Chinatown, le village de la petite fille de porcelaine.

Au final Le Monde Fantastique d’Oz est un film intelligent, drôle et mis en scène par un magicien du cinéma. Il dégage un parfum enchanteur et s’avère être un excellent divertissement pour tous. Les amateurs du Magicien d’Oz y trouveront leur compte puisque ce prequel est truffé de références, plus ou moins subtiles.

Romain

Critique et conférence de presse du film Die Hard 5 : Belle journée pour mourir, de John Moore, avec Bruce Willis.

 

Le lundi 11 février, Filmgeek a été invité à découvrir le nouvelle opus de la saga Die Hard : « Die Hard 5 : Belle journée pour mourir », et à rencontrer ensuite les deux acteurs principaux  : Bruce Willis et Jay Courtney.

Comment dire non à Bruce Willis ? Comment dire non à John McClane ? [Il ne faut jamais dire non à John McClane…]

Un mot sur le film, tout d’abord. Promis, je ne me lancerai pas dans l’une des mes critiques à rallonge… Par contre, pour ceux qui tiennent absolument à voir le film et à garder toute forme de surprise, ce que je vais dire présente quelques spoils.

Comme certainement un grand nombre d’entre vous, je suis une fan absolue de Die Hard 1 : Piège de Cristal et Die Hard 3 : Une journée en Enfer. Films piliers de l’action spectaculaire badass, drôle et assez intelligemment écrite, j’avais été terriblement déçue par le quatrième volet de ce qui aurait dû VRAIMENT se limiter à une trilogie. Ce cinquième volet ne fait que confirmer le marasme dans lequel s’est enlisé John McClane en refusant de prendre définitivement sa retraite : des scènes si absurdement impressionnantes qu’elles en perdent toutes… impressions, toute sympathie, et n’en deviennent simplement d’un ennui profond. La spécialiste en effets spéciaux que je suis a certes été quelque fois agréablement surprise (les techniciens ont fait du très bon boulot), mais des effets spéciaux plutôt réussis ne font pas un bon film. Ou en tout cas, relativisons, ne font pas un film qui mérite d’appartenir  à la saga Die Hard.

Mais faut-il essayer de relativiser ce film aux scènes d’action trop longues, complètement crétines, si foutrement WHAT. THE. FUCK. ?! (tiens, si je démolissais un maximum de voitures moscovites et qu’en plus j’insultais les russes ? tiens, si je sautais du haut d’un immeuble de luxe sans subir la moindre égratinure ? tiens, si je faisais exploser Tchernobyl ?). Faut-il relativiser ce film qui tient lieu d’un non-sens abyssal, du début à la fin ?

Alors oui, on peut vaguement essayer de relativiser, parce qu’en cherchant bien, on peut trouver des choses intéressantes presque partout (je suis la Mère Thérésa du cinéma grand public). Bon, hormis les effets spéciaux bien foutus, parfois, il y a quelques bonnes idées de mises en scène, quelques blagues et situations dignes du grand John McClane (mais pitié, pas celle où il répète sans cesse qui faut pas le faire chier quand il est en vacances, non ça, c’est juste lourd).

Ce film est clairement un épisode de transition qui installe la « relève McClane » avec fortiche fiston et brave fifille, qui seront certainement tous deux au centre du sixième film, déjà en préparation. Le dernier plan du film, où l’on voit John McClane quasiment éjecté du cadre pour laisser la place à ses deux enfants, est peut-être finalement l’une des choses les plus intéressantes à voir, mais elle annonce clairement la fin de « notre » McClane au profit des rejetons. Et puis, peut-être que la faiblesse de ce papa vieillisant, un peu perdu avec ses gosses dont il a complètement raté l’enfance et l’éducation, réside en ce qui constitue le véritable sujet de fond du film : les relations familiales (et plus précisément ici père-fils). Cependant, on est bien loin de l’intensité que le personnage d’Holly (son ex-femme) présentait et de l’influence qu’elle avait dans la manière d’agir de McClane, dans Piège de Cristal ou 48 minutes pour Vivre, ou même dans Une Journée en Enfer. [Note de service : Holly, reviens quoi, fais quelque chose ! Tu es la seule à pouvoir tous les sauver !]

John McClane est un personnage complètement obstiné et en total décalage avec son époque, et c’était aussi pour cela qu’il était un héros sympathique, parce qu’il incarnait de manière assez exemplaire l’anti-héros qui n’avait rien demandé et qui ne faisait que se défendre ou répondre quand on l’attaquait, lui ou un membre de sa famille. Mais ici, ses traits de caractère sont tellement poussés dans la caricature qu’il en devient carrément antipathique : un vieux con bien réac’ (tendance Tea Party), qui va lui même se fourrer dans des conflits qui ne le regarde pas.

Et le problème, avec ce film, c’est qu’il est difficile de savoir ce qui appartient au premier degré ou au deuxième, de comprendre ce qui conscient ou inconscient…

 

Bref, heureusement qu’après la projection du film, il y a eu la conférence de presse. Je suis une fan des premiers Die Hard, je suis – j’étais surtout – une fan de Bruce Willis. Amour de mon adolescence, je n’avais pas de poster de Brad Pitt ou Leonardo Di Caprio dans ma chambre, mais des affiches de Bruce Willis partout. Oui, voilà, c’est #jeudivendrediconfession. Donc, pour une fois, avoir l’occasion de le voir en VRAI, en chair, en os, en viande (mais toujours pas en cheveux), c’était juste le bonheur pour l’adolescente qui réside encore en moi. Et oui, parfois Bruce joue dans des navets, mais il sait aussi être brillant dans des films plutôt bons (pour ne pas dire excellents) : avec, dernièrement, Looper et (merveille des merveilles) Moonrise Kingdom.

La conférence de presse s’est extrêmement bien passée, avec la présence d’un Bruce Willis très calme et disponible, mais aussi celle de l’australien Jay Courtney, incarnant à l’écran John « Jack » McClane Jr.

La conférence de presse a davantage porté sur le duo qu’ils incarnent à l’écran, la dynamique père/fils, mais aussi sur la manière dont ils ont travaillé lors du tournage (des vacances d’été pour Bruce Willis, qui a beaucoup insisté sur le travail remarquable effectué par les équipes des effets-spéciaux). Bruce, qui est producteur exécutif de ce film, nous a aussi fait « l’exclusité’ de l’annonce d’un sixième opus, que tout le monde savait déjà. A voir le film et les millions qu’il rapportera certainement malgré ses défauts, imaginer le contraire était juste improbable.

Vous pouvez retrouver l’intégralité de la conférence de presse ici :

Ainsi que quelques photographies de mon cru prises pendant la conférence :

 

Caro.