Critique du film Le Hobbit, Un Voyage Inattendu, de Peter Jackson

Synopsis :

Quelques heures avant la fête d’anniversaire célébrant ses 111 ans, Bilbon Sacquet commence à écrire pour son neveu Frodon une histoire qu’il ne lui a encore jamais racontée, une histoire qui s’est déroulée 60 ans auparavant, celle qui signa son amitié avec Gandalf le Gris. Au cours de cette aventure, Bilbon aura traversé une partie de la Terre du Milieu accompagné par 13 nains d’Erebor – dont le légendaire guerrier Thorin Ecu-de-Chêne – pour qu’il les aide à récupérer leur trésor détenu par le redoutable dragon Smaug. Il aura aussi affronté des trolls, des gobelins, des orques, des araignées géantes, des sorciers… et, surtout, il aura été marqué par la rencontre de l’étrange Gollum, dont il vola le précieux anneau qui changera par la suite le cours de sa vie, mais aussi le cours de toute l’histoire de la Terre du Milieu…


Il était une fois…

Il était une fois… des studios et un cinéaste qui ne voulaient plus quitter le monde merveilleux de la Terre du Milieu et qui espéraient qu’il en soit de même pour les spectateurs et les fans.

Il était une fois un écrivain anglais qui avait développé une mythologie féérique si riche, à la fois si simple et si complexe, qu’il était dans la logique même que des producteurs et un cinéaste y consacrent le temps, l’argent et l’énergie pour tenter de l’exploiter, de le restituer, de l’approfondir à sa juste mesure.

Il était une fois l’histoire d’un hobbit doux et curieux, partagé entre deux histoires familiales, entre deux philosophies de vie : celle des Sacquet et celle des Touques. L’une était amatrice d’herbe à pipe et de bons repas, l’autre était plutôt du genre à trancher de la tête de gobelin pour l’envoyer dans un terrier au loin (et à inventer le jeu du golf, par la même occasion).

Il était une fois un comédien, Martin Freeman, au jeu si subtil et candide qu’il donnait irrésistiblement envie de voir et d’aimer tous les rôles qu’il incarnait.

Il était une fois une lectrice et une spectatrice passionnée par l’oeuvre de J.R. Tolkien et celle de Peter Jackson, follement addict de l’acteur Martin Freeman et qui devait écrire une critique d’un film qu’elle attendait depuis longtemps… La réussite (du film, de la critique) sera-t-elle atteinte au bout de ce voyage (in)attendu ?


De l’oeilleton d’un trou de hobbit à l’oeil de Smaug…

Qu’est-ce donc que Le Hobbit, Un Voyage Inattendu ? Reprenons quelques points évidents mais importants :
Tout d’abord, il s’agit du premier volet d’une nouvelle trilogie autour de l’univers du Seigneur des Anneaux. Et donc, par conséquent, la possibilité de rapporter à nouveau le pactole pour New Line, MGM et Warner.
Ensuite, c’est l’adaptation du livre qui a fait connaître Tolkien dans le monde entier et qui l’encouragea ensuite à écrire Le Seigneur des Anneaux, oeuvre phare et fondatrice de l’heroic fantasy moderne.
Enfin c’est une oeuvre cinématographique expérimentant une nouvelle technologie de captation et de projection d’images 3D, à 48 images par seconde, le HFR 3D (High Frame Rate), permettant davantage de fluidité et de détails dans l’image (notamment pendant des mouvements de caméra) et donc plus de confort et de spectaculaire pour le regard.

Alors oui, me diront certains (je me fais l’avocat du diable, ou de Sauron) : pourquoi faire de Bilbo le Hobbit – qui est une oeuvre très courte et simple en regard du Seigneur des Anneaux – une trilogie, hormis pour rapporter du pognon, toujours plus de pognon ? Et puis, si c’est pour voir plus ou moins la même chose que Le Seigneur des Anneaux, à quoi bon payer des places hors de prix ? C’est encore une fois prendre le spectateur pour un hobbit naïf qui abuserait de l’herbe à pipe !

L’herbe à pipe, une substance que semble bien apprécier Peter Jackson

Mais voilà, braves hobbits que vous êtes, vous avez vous aussi le goût de l’aventure, certes, mais de l’aventure bien faite, qui se vit confortablement, bien au chaud dans un fauteuil moelleux.

Il est vrai que ce nouveau film peut parfois davantage donner l’impression d’assister à un remake plutôt qu’à une préquelle de La Communauté de l’Anneau : nous retrouvons un contexte équivalent où Frodon est remplacé par Bilbon, avec la même traversée épique de la Terre du Milieu. Mais par le biais de ces aventures qui se regardent en miroir, il s’agit surtout de montrer des héros, appartenant à une même famille tiraillée entre deux extrêmes (le confort du foyer et le danger de l’aventure), qui osent aller au-delà d’eux-mêmes, de comprendre qui ils sont vraiment, de révéler des valeurs nobles qui vont faire d’eux des êtres exceptionnels, qui vont leur permettre de s’intégrer puis de s’imposer comme la force d’un groupe, de les faire s’accepter pour ce qu’ils sont véritablement, avec leurs défauts et leurs qualités, mais sans jugements infondés…

Ce sont des voyages initiatiques en somme, qui placent un individu ordinaire face à une situation extraordinaire, que l’on peut grossièrement résumer en quelques étapes. Tout d’abord l’appel à l’aventure, que le héros doit refuser dans un premier temps pour enfin l’accepter, il va ensuite se heurter à une série d’épreuves qui vont lui permettre de découvrir ses vraies valeurs, cette force psychologique et physique acquise au cours des épreuves va lui permettre d’atteindre l’objectif demandé, ce qui va lui apporter un savoir important, unique, qui lui appartient et qui va le caractériser comme un être exceptionnel. S’opère ensuite son retour dans le monde ordinaire, la confrontation avec sa vie d’avant le voyage et celle d’après et enfin, la manière dont il va utiliser toute l’expérience acquise lors de sa quête.

Cette structure narrative hyper-classique, omniprésente dans nos récits littéraires et cinématographiques, existe depuis des siècles (déjà en partie présente chez Homère, mais aussi dans les légendes germaniques comme l’anneau des Nibelungen, anglo-saxonne comme le mythe arthurien par exemple, ou nordiques comme le mythe de Beowulf, dont Tolkien était spécialiste universitaire). En 1949, l’anthropologue Joseph Campbell a d’ailleurs proposé une très belle analyse de cette structure narrative récurrente, qu’il a nommée le « Voyage du héros », dans son ouvrage sur Le Héros aux mille et un visages (et qui influencera particulièrement Georges Lucas avec Star Wars). 1949, c’était avant la parution du Seigneur des Anneaux (1954), mais bien après celle de Bilbo le Hobbit (1937). Comment ne pas y voir un lien évident : Tolkien, sans en être conscient, semble avoir proposé avec Bilbo le Hobbit une forme d’archétype parfait du Voyage du Héros qu’analysera par la suite Campbell.

Oui, je reviens au film. Cet aparté me semblait juste nécessaire afin d’ancrer le nouveau film de P. Jackson dans le contexte même de l’oeuvre de Tolkien et de tout ce que cela dégage, à bien des niveaux. Bilbo le Hobbit ou L’Histoire d’un aller-retour est une oeuvre très importante, tout aussi importante d’un point de vue littéraire, narratologique et même anthropologique que Le Seigneur des Anneaux, essentiellement lié au fait que Le Hobbit demeure à l’origine un livre pour enfants, peut-être, pour moi et certainement quelques autres, le plus grand livre pour enfants jamais écrit avec Alice au Pays des Merveilles. Qui a lu Bilbo le Hobbit en étant enfant ou adolescent reste profondément imprégné et garde en tête nombre de détails, nombre de situations.

Ce qui m’a marquée, et ce dont je me souvenais avant de voir le film (je n’ai pas relu le livre depuis mes 15 ans, j’en ai bientôt 30), c’était l’arrivée des nains dans le terrier de Bilbon et la panique et l’incompréhension que cela généraient en lui. Et puis cette incroyable scène de rencontre entre Bilbon et Gollum, autour de devinettes au fond d’un gouffre qui, rien qu’en y repensant, me (re)donne des frissons. Et enfin la confrontation avec le redoutable Smaug, dragon magnifique, fier, avide et cruel, tapi dans le Mont Solitaire, veillant âprement sur l’or volé aux Nains d’Erebor. Ce sont de beaux souvenirs de lecture de jeunesse et le film ne les a pas gâchés, bien au contraire.

Certains critiques, après la projection, ont reproché au film d’être trop mièvre, trop simpliste par rapport au Seigneur des Anneaux. J’ai même entendu, de loin, un « mais ce film, c’est Le Seigneur des Anneaux pour les nuls !« . Ce qui m’a plutôt exaspérée sur le coup puisque, évidemment, Le Hobbit et Les Seigneur des Anneaux sont deux oeuvres littéraires différentes, et en même temps, volontairement très proches (en miroir, comme je l’ai déjà écrit). L’une s’adresse à des enfants et l’autre, ensuite, à des adultes. Mais au final, ces critiques démontrent que les adaptations de P. Jackson demeurent avant tout très fidèles à l’esprit des livres et à la pensée de Tolkien.

 

Les autres critiques qui sont ressorties après la projection était sa longueur . C’est vrai que le film est pratiquement aussi long que ma critique ! ^^

S’il y a bien une chose que l’on ne peut reprocher à Peter Jackson, c’est de bâcler ses films. Quand on va voir un film de P. Jackson, on sait TOUJOURS à quoi s’attendre : le film sera long. Voilà, c’est comme ça. James Cameron a bien fait un film de 3h20 sur un naufrage… L’un comme l’autre sont des cinéastes qui font du spectaculaire en prenant leur temps, en construisant progressivement un contexte, une ambiance, une action, etc. C’est rappeler au spectateur qu’il regarde un divertissement, mais qu’il y a aussi une histoire, avec des personnages, des situations, des enjeux auxquels il peut s’identifier et sans lesquels les scènes spectaculaires ne fonctionneraient pas. Ce n’est pas, pour moi, des longueurs inutiles.

Parce que faire 2h45 de film pour quelque chose qui correspond à un début de roman (à peine 100 pages), il fallait le faire, et P. Jackson le fait plutôt bien, ne négligeant aucun détail, que ce soit d’un point de vue formel ou scénaristique. Certes, il y a des longueurs, certes, il développe à sa sauce un grand nombre d’ellipses présentes dans le livre, certes il y ajoute beaucoup de sa touche personnelle pour faire un lien fort avec Le Seigneur des Anneaux (le film s’ouvre avec Bilbon, joué par Ian Holm, qui prépare avec Frodon -Elijah Wood- sa fête d’anniversaire, celle même qui ouvre le premier film du Seigneur des Anneaux ; s’y ajoute le Conseil Blanc, permettant de retrouver Galadriel, Saroumane et Elrond).

Mais Peter Jackson pétrie et étire la matière narrative à son maximum sans pour autant créer l’ennui : il y a toujours un petit quelque chose qui permet de conserver l’attention ou de la capter à nouveau. A travers toute cette matière que P. Jackson déploie, c’est aussi notre propre mémoire que nous étirons : nous avons le temps de faire des parallèles, des correspondances avec ce que nous connaissons déjà de l’univers. En étirant ainsi le temps et la matière, il pousse le spectateur à devenir actif, à réfléchir à ce qu’il voit, à ce qu’il connait déjà, à ce qu’il comprend, il nous pousse constamment à nous remémorer, à tirer des liens d’une oeuvre à l’autre, sans pour autant sortir de la contemplation. Et pour ceux qui ne connaissent ni les livres, ni les précédents films, il profite de cette matière élastique pour créer l’atmosphère féérique emblématique et donner ainsi la possibilité aux néophytes de plonger et de se perdre dans la découverte et la complexité de cet univers merveilleux.

Tous les personnages (le toujours aussi formidable Ian McKellen en Gandalf le Gris, l’intriguant et burlesque Magicien Brun Radagast, interprété par Sylvester McCoy, connu aussi comme le 8ème Docteur dans Docteur Who, et l’éternel Christopher Lee en Saroumane le Blanc), mais aussi les décors et les paysages, les accessoires (les épées elfes que trouvent les nains sont absolument sublimes), la plupart des effets spéciaux (numériques ou non) et la musique (reprenant les grands thèmes du Seigneur des Anneaux et proposant de nouvelles variations) s’incrivent dans la magie féérique omniprésente de l’univers. Celle-ci renvoie finalement à la magie des contes de fées, à la magie de la littérature fantastique et du cinéma spectaculaire capable de nous transporter dans les fabuleuses contrées de l’Imaginaire…

Je pourrais néanmoins discuter le fait qu’il y ait beaucoup -peut-être trop- de mouvements de caméra, parfois fatigants pour les yeux et l’esprit (sur quoi doit-on se concentrer ?), mais qui donnent toujours plus à découvrir de ce monde merveilleux. Le fait que je n’ai pu voir le film en 24 images/seconde participe peut-être à cette désagréable impression. J’attends donc avec impatience de me faire éventuellement une autre opinion sur la question avec une projection en HFR 3D. Je tiens par contre à souligner qu’il y a une 3D relief très belle, sans extravagance, avec des jeux de profondeur de champ efficaces, qui donnent là aussi beaucoup de choses à voir.

Il y a donc ici un aspect plus enfantin que dans Le Seigneur des Anneaux, lié au ton originel du roman et à l’omniprésence des nains (et qui dit nains chez Tolkien, dit rarement finesse et subtilité), mais finalement, le trouble et le malaise du spectateur adulte devant certaines situations (les enfants eux riront certainement) s’accordent très bien à ceux de Bilbon, qui découvre ce peuple gras et gouailleur et qui en devient vite effrayé et dégouté puis fasciné et admiratif). Au moins, ça nous évite les ralentis grotesques et exaspérant sur Aragorn dont Jackson avait été beaucoup trop friand -à mon goût- dans la précédente trilogie. Par contre, on peut tout à fait regretter le maquillage parfois limite des nains…

 

Enfin, j’en arrive à ce qui m’a particulièrement plu dans le film (oui, encore plus que tout le reste) :

Tout d’abord les retrouvailles avec Gollum. Andy Serkis nous offre une performance qui prend à nouveau au corps et au coeur, une habileté à donner vie à Gollum qui tire vers une certaine élégance, une gracilité qui n’enlève rien, bien au contraire, à la sournoiserie, à la dépendance, à la schizophrénie, à la folie et donc au danger permanent qui entourent ce personnage devenu mythique. La tension de la scène du jeu des devinettes entre Gollum et Bilbon est aussi remarquable que celle du livre. Si Gollum gagne, il mange Bilbon, si Bilbon gagne, ce dernier retrouvre sa liberté. Cette scène est donc aussi savoureuse que paraît Bilbon à Gollum et aussi effroyable que la présence de Gollum face à Bilbon.

 

Voici enfin le grand point fort du film, et même, de cette nouvelle trilogie : Martin Freeman. Alors, comme je l’ai présenté en introduction de cette critique, je ne partais pas neutre envers l’appréciation de ce comédien, que j’adore depuis des années et dont je ne me lasse pas de voir les prestations, notamment dans La Ronde de Nuit de Peter Greenaway, H2G2 : le guide de voyageur galactique et dans la série de la BBC Sherlock, où il joue le Docteur John Watson. Il émane de lui une présence charmante, sympathique et chaleureuse, emprunte d’une douceur et d’une délicatesse sans pareil, pleine d’humour et de mélancolie. Il incarne un Bilbon parfait, incroyablement juste et sensible. A croire que le personnage et le rôle aient été écrits pour lui… et la ressemblance avec Ian Holm en est presque troublante !
Peter Jackson a d’ailleurs eu la bonne idée d’associer à Martin Freeman son acolyte (de) Sherlock, puisque Benedict Cumberbatch interprète pas moins de deux rôles dans la trilogie du Hobbit (essentiellement des voix et de la performance capture) : celui du Nécromancien (autrement dit, Sauron) et celui de Smaug, que l’on devrait surtout voir dans le prochain volet du Hobbit. Ni plus, ni moins… Cela annonce certainement beaucoup de belles choses à venir pour la suite !

Donc pour le moment, j’approuve complètement le choix de P. Jackson et des studios de faire du Hobbit une trilogie. Je n’ai pas envie d’y voir uniquement une motivation pécuniaire, mais plutôt l’idée qu’ils aient en main et avec eux une histoire solide, une équipe technique et artistique déjà bien aguerrie et des comédiens d’une telle densité qu’il serait réellement dommage de ne pas en (faire) profiter pleinement.

Et puis… pour beaucoup de fans, Le Seigneur des anneaux, que ce soit au cinéma, ou à la télé, ou sur dvd/bluray, cela symbolise en quelque sorte les fêtes de fin d’année. Se retrouver en famille ou avec des amis devant une nouvelle aventure adaptée des histoires de Tolkien, c’est comme se retrouver avec un chocolat ou un vin chaud devant une cheminée, après un bon repas, alors qu’il vente à l’extérieur. Il y a un petit quelque chose de joyeux, de stimulant et de réconfortant qui ressort de l’expérience…

Pour conclure et pour devancer d’éventuelles questions, je n’ai pas parlé de la technologie HFR (le fameux 48 images par seconde) car la projection de presse s’est déroulée dans le cadre classique d’une projection 3D en 24 images par seconde. Cependant, l’équipe de Filmgeek compte bien se faire son propre avis sur la question dès le weekend prochain, un edit de l’article sera donc proposé pour apporter quelques précisions et avis sur le sujet.

Caro

Chantage d’Alfred Hitchcock : Ciné-concert et Restauration

A l’occasion de sa première édition du festival «Toute la mémoire du monde», du 27 Novembre au 2 Décembre 2012, la Cinémathèque Française proposait pour sa cérémonie de clôture un ciné-concert d’une restauration de la version muette du film Chantage (Blackmail) d’Alfred Hitchcock, réalisé en 1929.

La projection du film était accompagnée d’une musique électro par Chloé Thévenin, jeune DJ et compositrice qui est l’une des figures majeures de la scène électronique française. Par ses sonorités synthétiques la musique a permis d’accroitre avec habilité une atmosphère à la tension déjà palpable. Tout l’intérêt de ce ciné-concert résidait dans ce mariage à première vue étonnant mais finalement très cohérent. En effet, la musique, qui prend le temps de trouver ses marques et son équilibre avec les images, va devenir de plus en plus anxiogène au fur et à mesure que la culpabilité d’Alice s’intensifie.

À Londres, Alice est fiancée à Frank, un détective de Scotland Yard. Un soir, elle accepte de suivre un jeune artiste. Il tente de la violer, elle saisit un couteau et le tue. L’enquête est confiée à Frank.

Outre la présence de la musique électronique, l’ambiance demeure perpétuellement pesante grâce à une mise en scène et un montage parfaitement maîtrisés. Tout d’abord grâce à l’emploi de gros plans, sur les mains notamment, tic Hitchcockien qu’on retrouvera dans la plupart de ses films. La scène du meurtre se déroule en dehors du cadre, cachée par un rideau, agité au rythme de la bataille mortelle qui s’opère entre Alice White et Mr Crewe. Seul le jeu des mains des deux acteurs servent de narration. Alice au prise avec son agresseur cherche à s’en sortir et trouve finalement un couteau qui sonne le glas de son calvaire. Quelques secondes plus tard la main de l’homme sort du rideau, tendue, raide, morte. D’une grande inventivité, Chantage met déjà en lumière les codes du réalisateur. Nous y retrouvons ensuite son amour pour l’expressionnisme Allemand et son jeu d’ombres ainsi que de nombreuses références visuelles et de mouvements de caméras qui nous rappellent qu’il est passé par les studios de Babelsberg et s’est notamment formé auprès de Murnau et Lang.

Chantage est entré dans l’histoire du cinéma, ou tout du moins dans l’histoire du cinéma britannique comme étant à la fois le dernier film muet d’Alfred Hitchcock mais également son premier film parlant. Si l’histoire reste la même entre les deux versions, de légères modifications ont du être faites pour la version parlante. Quelques plans ont ainsi été retournés et des mouvements de caméra ont été rajoutés. Mais la plus grosse difficulté se trouvait du côté de l’actrice Anny Ondra. Tchèque de naissance, l’actrice principale parlait anglais avec un accent très prononcé. Hitchcock du contourner ce problème avec une astuce : l’actrice devait mimer les dialogues pendant qu’une autre interprète, cachée hors du cadre, les lisait. Mais le réalisateur a aussi usé de son ingéniosité par le biais d’un autre artifice, optique cette fois, l’effet Shüfftan, effet déjà utilisé par l’opérateur de même nom qui a notamment collaboré avec Fritz Lang pour son film Metropolis deux ans auparavant, afin de rendre à l’écran des décors grandioses, réalisés grâce à un miroir placé à 45° de la caméra et dont la surface était grattée en des endroits stratégiques, ce qui permettait d’y refléter des maquettes et d’y voir en transparence les comédiens et d’autres éléments « réels » du décor.

Dans Chantage, Hitchcock a utilisé ce procédé lors de la course poursuite entre le suspect et la police dans les décors grandioses du British Museum. Un trompe-l’oeil efficace sur lequel Hitchcock est revenu dans son entretien célèbre avec François Truffaut. Comme il n’y avait pas suffisamment de lumière pour tourner à l’intérieur du musée, lui et son équipe avaient décidé d’utiliser le procédé « Shüfftan » à l’insu des producteurs, qui ne connaissaient pas le trucage et qui, probablement, n’auraient pas eu confiance dans les résultats. Contrairement à l’utilisation du trucage pour le film de Fritz Lang, Hitchcock et son équipe n’utilisèrent pas des maquettes pour refléter le « faux » décor du British Museum dans le miroir, mais des photographies. Elles avaient été prises avec des expositions de trente minutes, et il y en avait neuf en tout, qui représentaient des endroits différents du musée. L’excellente qualité des photographies permettait de les rétro-projeter sur le miroir et de jouer ainsi sur les transparences plus facilement. L’argent du miroir était gratté sur des surfaces précises, comme par exemple, le cadre d’une porte, afin de voir l’arrivée d’un personnage dans le décor « virtuel ».

Concernant la restauration de la version muette du film :

La version qui a été projetée dimanche 2 décembre, pour la clôture de la 1ère édition du Festival International du Film Restauré « Toute la Mémoire du Monde », a été restaurée en 2012 par les Archives Nationales du British Film Insitute (BFI), en association avec Studio Canal. Cette restauration fait partie du plan «Rescue Hitchcock 9», un projet mis en place en 2010 qui a pour but de restaurer les 9 films muets réalisé par Hitchcock entre 1925 et 1929.

Le négatif original de la version muette a été retrouvé dans les archives du BFI, mais à la vue de la dégradation avancée de la pellicule nitrate (certaines scènes étant perdues ou inutilisables), le laboratoire Deluxe 142 a été chargé de prendre les choses en mains. Le négatif a étéscanné en 4K et la restauration s’est faite par tirage à immersion dans un produit à base de trichloréthylène, procédé qui permet de réduire ou d’éliminer les atteintes du temps, en « comblant » notamment les rayures de la pellicule.

Pour corriger les défauts restant, les restaurateurs ont eu recours à la palette graphique utilisée manuellement (avec des outils comme Photoshop) et à des logiciels de nettoyage d’images semi-automatiques (comme les logiciels Diamant ou Combustion). Contrairement à la plupart des négatifs de films muets disposant de «flash titles» (indications à destination des laboratoires quant aux cartons à introduire sur le négatif), celui de Chantage présentait déjà les intertitres. Les originaux ont pu être préservés.

Le British Film Institute, BFI pour les intimes donc, à l’instar de la Cinémathèque Française tend à promouvoir l’accès pour tous à un large choix de films. Britannique, mais aussi de toutes autres origines. L’institut cherche par ailleurs à conserver et restaurer tous documents s’apparentant à l’histoire du cinéma Britannique. S’il encourage pleinement le développement des arts cinématographiques et télévisuels, le BFI organise chaque année deux festivals, le London Film Festival et le London Lesbian and Gay Film Festival. Dans sa grande entreprise de restauration, l’établissement s’est notamment occupé d’un des grands films horrifique de l’histoire, Dracula. Le film de la Hammer a ainsi été projeté en 2007, peu après halloween dans la salle IMAX du BFI.

Deluxe 142 est l’un des plus grands services de restauration, médias numériques et post-production au Royaume-Uni. L’équipe s’occupant de la restauration utilise techniques et technologies de pointe pour apporter les meilleurs moyens de restauration et de conservation possible. Mis à part les 9 films muets d’Alfred Hitchcock, le service a travaillé sur d’autres films. Ainsi, par exemple, dans l’optique du 100ème anniversaire de la tragédie du Titanic, le laboratoire s’est occupé de la restauration du film A Night to Remember, réalisé par Roy Ward Barker en 1958 et relatant le naufrage du célèbre paquebot à travers plusieurs témoignages, en vue d’une projection lors du festival de Cannes 2013. La Passion de Jeanne d’Arc, le chef d’oeuvre de Dreyer, considéré comme l’un des dix meilleurs films de tous les temps selon le magazine Sight & Sound, est également passé entre les mains des techniciens pour la sortie d’une édition Blu-Ray.

Romain & Caro

Critique du film Argo

[NDLR : Cette critique a été rédigée par une Rédactrice Invitée Anonyme]

En 1979, l’ambassade américaine est prise d’assaut par des révolutionnaires iraniens. Des américains sont fait otages mais six réussissent à s’échapper du chaos et se refugient à l’ambassade du Canada. Pour les rapatrier avant qu’ils ne soient retrouvés et exécutés, la CIA en la personne de Tony Mendez, expert en exfiltration, imagine un plan : les faire passer pour une équipe de tournage canadienne venue en Iran en repérage pour leur film de science fiction ‘Argo’.

Après Gone Baby Gone et The Town, Ben Affleck démontre avec Argo qu’il est un réalisateur au potentiel croissant et impressionnant. À la seconde où Argo débute, on est cueuillis, et on ne lâche pas (on se souviendra longtemps de cette longue scène d’introduction où la caméra énergique se déplace à travers le peuple iranien en furie).

Le film se découpe en trois parties bien distinctes, chacune d’entre elles ayant sa manière propre d’être filmée. Ben Affleck dit s’être inspiré de L’Affaire Thomas Crown (1968) de Norman Jewison ou encore du film Les Hommes du President (1976) de Alan J. Pakula pour toute la partie sur la CIA. Cette stylisation très marquée d’Argo contribue grandement à la réussite du film. Historique de par son point de départ, Affleck joue tout au long du film sur deux tableaux. Celui de l’Iran avec sa révolution et ses prises d’otages mais surtout l’autre qui est la création de la mission. Hollywood et sa capacité à créer de faux films, vendeur de rêves et sauveteur d’otages. L’illustration parfaite est cette scène magistrale de parallèle entre la lecture de scenario du film Argo par les pseudos acteurs et créatures du future du film et le discours anti américain d’une militante iranienne. Mélange donc de réflexion sur le cinéma hollywoodien mais aussi de tensions qui s’entremêlent. L’arrivée en Iran de l’expert, l’explication du plan et enfin l’application de la mission, tourne le film dans une phase terrifiante, tendue et au suspense insoutenable. On a beau connaitre l’histoire et peut être savoir comment ca se finit mais l’important est de voir comment Ben Affleck nous la raconte. À noter aussi les performances des acteurs qui sont tous aussi juste les uns que les autres. Le couple John Goodman et Alan Arkin en pontes d’Hollywood est d’une drôlerie rare, chacune des leurs apparitions fait mouche. Une petite mention spéciale à Bryan Cranston ému aux larmes à la fin du film, immense acteur que nous ne présentons plus (cf Breaking bad) et que nous aimerions voir encore dans des rôles plus importants au cinéma.

On rit, on s’émeut, on s‘accroche à son siège, Argo est un grand film qui nous démontre une troisième fois que Ben Affleck est un des meilleurs metteur en scène de sa génération. Nous ne serons donc pas étonnés de voir le film nommé et voire oscarisé de multiples fois à la prochaine cérémonie.

… Et dans le cas contraire on leur dira: Argofuckyourself !

Rédactrice Anonyme Invitée par Allociné que l’on remercie !

[Norvège] Flukt

Les films Norvégiens, ça a toujours un nom bizarre. Enfin souvent. Le cinéma Nordique n’arrive pas très souvent en France et pourtant quelques métrages norvégiens ont sû trouver leur chemin vers les écrans hexagonaux. Sortis sur les écrans en 2009 et 2010 respectivement, Dead Snow (Død Snø) ou Troll Hunter (Trolljegeren) ont fait parler d’eux sur le territoire Français. Dernier en date, Kon-Tiki s’est même fendu d’une performance aux Oscars. Le film de genre Norvégien se balade donc hors des frontières de ce petit pays de même pas 5 millions d’habitants.

Vendredi dernier déboulait sur les écrans locaux le nouveau film du réalisateur de Cold Prey et Le Secret de la Montagne Bleue (films assez différents il faut bien le dire), sobrement intitulé Flukt (Escape sur le circuit international).

 

Le pitch:

« Après l’épidémie de Peste Noire qui a ravagé le pays, une famille pauvre cherche un endroit où s’établir. Sur le chemin, elle se fait attaquer par une bande de tueurs sans merci. La seule survivante est Signe, une jeune fille de 19 ans gardée en otage. Elle apprend à ses dépend qu’il y a pire que la mort et que son salut ne peut venir que de la fuite. La chasse est ouverte. »

Les survivals sont peu nombreux et la perspective d’en voir un se dérouler dans les paysages durs de Norvège était bien alléchante. Malheureusement, le film de Roar Uthaug ne parvient pas à convaincre. Alors certes, la photo est jolie, les paysages atypiques, mais c’est loin de suffire pour faire un bon film.

L’argument de vente principal de la campagne marketing était la présence au générique d’Ingrid Bolsø Berdal aperçue dans la série Cold Prey, mais également dans Chernobyl Diaries et au générique du prochain Hansel & Gretel (réalisé par le Norvégien Tommy Wirkola). Vendu aussi sur la présence de Kristian Eivid Espedal plutôt connu comme front-man des groupes de Metal Gorgoroth et God Seed. Dommage pour la jeune Isabel Christine Andreasen, absente de la promo et minuscule sur l’affice alors qu’elle est pourtant au centre de l’histoire.

Le déroulement du métrage est tout à fait convenu et ne parvient pas à susciter le moindre intérêt, la faute à une mise en scène plate et une musique inadéquate largement pompée chez le Hans Zimmer de Gladiator, mais sans le brio et souvent en décalage complet avec les scènes.

Le film ne vaut donc ni par son statut de survival, ni par son origine géographique. Je ne sais pas si le film trouvera un distributeur pour les salles Françaises, mais si quelqu’un dans le biz lis ces lignes, je lui conseille fortement de choisir autre chose. Ou alors d’en faire un DTV.

J’ai fait quelques photos de la première, vous pouvez les trouver >>ici<<

Demain débute à Oslo le Festival des Films du Sud, j’essaierai de vous faire des comptes rendus réguliers vu que j’ai choppé une accréditation presse.

Armand

Critique du film Expendables 2 : unité spéciale

Après un premier épisode hyper-déceptif, car tout simplement pas à la hauteur de la promesse vendue, les Expendables reviennent, plus nombreux encore : welcome Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris, Scott Adkins, Nan Yu et le petit nouveau Chris Hemsworth (exit Rourke et les décédés du précédent opus).
Stallone, lui, abandonne la réalisation pour laisser la place au tâcheron Simon West : c’est plutôt un bon choix, Sly se concentre ici à mettre en valeur ses coéquipiers entre 2 explosions.

Plus qu’une bromance explosive, Expendables 2 est un meta film, mise en abîme plus ou moins fine sur la carrière de ces action-heroes, prisonniers de leur image passée. Ainsi, chaque personnage à le droit à une ou deux scènes de gloire et de comédie, essentiellement basée sur une punchline culte tirée de leur filmo testostéronée et ne cache jamais le poids des années.

Ils en deviennent d’ailleurs presque touchants : Sly/Schwarzie/Bruce en tête se posent comme les parrains de l’action 80’s, passant le flambeau à Statham ou Hemsworth, dignes héritiers qui, eux aussi, ont moins de mal à massacrer des centaines de mercenaires et manipuler des tonnes de plutonium qu’à parler à une femme.

D’ailleurs, en parlant d’anciens et de méchants, mention d’honneur à JCVD qui assure dans le rôle de Vilain (oui, c’est son nom) : radical, froid, il incarne une menace à la hauteur de l’unité spéciale. Par contre pour ses acolytes, leur seul moyen de survivre un peu étant d’avoir une ligne de dialogue, ils ont une espérance de vie trop réduite pour pouvoir se faire un avis sur leurs performances.

Enfin, on regrettera l’abus d’effets numériques et de fusillades au détriment des bonnes vieilles cascades et des affrontements au corps à corps d’antan ici trop rares. C’est d’autant plus dommage car le propos du film est justement de prôner un certain esprit de l’action à l’ancienne.

Mais arrêtons de chipoter : on a enfin ici le Expendables attendu, drôle, WTF, bourrin, régressif, JOUISSIF et il serait dommage de bouder son plaisir coupable.

Le producteur évoque déjà l’idée d’un troisième opus avec Harrison Ford, Clint Eastwood, Nicolas Cage et Wesley Snipes (quand il sortira de prison)… Est-ce bien nécessaire maintenant, après un tel bouquet final ?
Non : ils ont montré qu’ils étaient tous encore vaillants et qu’ils méritaient de tourner la page et qu’on leur propose de nouvelles aventures.

PS : Je parie que vous n’avez même remarqué que nous n’avions pas mis de synopsis, pitch ou autres bribes de « scénario ».

Critique du film The Dark Knight Rises

Incipit : Cette critique est plus une tentative d’exposition de mon sentiment général sur le film et j’y révèle forcément quelques éléments de l’intrigue afin d’en discuter avec vous après votre vision, car je pense que pour ce film, vous n’attendez pas les critiques pour savoir si vous allez le voir ou non.

[Petits Spoilers Inside]

Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent. Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Tout d’abord, j’ai eu la chance de découvrir le film un semaine avant sa sortie et vierge de tout élément le constituant : je n’ai vu aucun teasers, trailers, extraits, photos… J’ai juste vu quelques affiches et le cast donc, afin de me préserver et de tout me prendre dans la gueule d’un coup, après 4 ans d’attente.

Le film débute donc huit ans après la fin de The Dark Knight et la mort d’Harvey Dent, la paix est revenue sur Gotham City mais tout ceci repose sur un mensonge gigantesque, entretenu par Gordon lui-même et bien-sûr, métaphoriquement, le Mal viendra aussi des fondations de Gotham.

Véritable personnage principale, Gotham City change une nouvelle fois de topographie et d’identité : plus grande, plus lumineuse, on s’éloigne des références de Chicago et du gothique des premiers temps pour tendre vers l’universalité de New York, à peine camouflée.

Cela permet d’y insérer des références visuelles immédiatement identifiables et raisonnant dans l’esprit des spectateurs : Manhattan, Wall Street, etc. dans lesquelles débarquent le nouveau nemesis du Chevalier Noir : Bane.

Interprété par l’excellente Tom Hardy, Bane est un monstre aussi fort qu’intelligent mais surtout supérieur physiquement à Batman. Il réussit ainsi à nous faire craindre le pire par sa carrure, son regard et sa voix.
Nolan en fait un mercenaire, terroriste, organisé, entouré, motivé, inarrêtable, qui se sert ici des grands mouvements de notre siècle pour les retourner contre la population : anti-capitalisme, écologisme, anarchisme.

Si on peut reprocher le port du masque entravant une partie du jeu d’Hardy, ce dernier lui confère une voix vraiment extraordinaire, à l’opposée de l’hystérie du Joker : elle (im)pose le personnage au moins autant que son physique extraordinaire.

Une autre bonne idée de Nolan est de tordre les origines de Bane pour les lier aux intrigues des précédents films, en particulier Begins, en réinterprétant des grands classiques du caped crusader : la ligue des assassins surtout mais aussi le puits de Lazare, qui prouvent une nouvelle fois que le Nolanverse est une adaptation, un point de vue sur la mythologie de Batman et non une transposition simpliste.

Ce nouvel adversaire est introduit par une superbe scène d’action aérienne James Bondienne et va prendre de l’ampleur jusqu’à devenir une menace nationale, déclenchant une véritable guerre dont Gotham est le front.

Autre personnage de poids introduit dans TDKR : Selina Kyle (Catwoman n’est jamais citée), jouée par Anne Hathaway et qui s’intègre plutôt bien dans un contexte difficile. Comme Bane et le Joker, la miss passait après la catwoman culte de Burton et la cat-astrophe de Pitof et, grâce au traitement des scénaristes et à son interprétation, le personnage est franchement réussi, éclipsant par moment la chauve-souris.

Ensuite, à part Marion Cotillard (on y reviendra) et la tripotée de seconds rôles aux-visages-connus-mais-dont-on-ne-se-souvient-jamais-du-nom, le dernier « petit » nouveau est Joseph Gordon-Levitt, dans le rôle de John Blake, qui sert ici de moteur aux personnages. Il représente la relève et vient prêter main forte aux good guys.

Bien-sûr on retrouve les anciens : Gordon en tête, figure de l’incorruptibilité, il est las de porter le mensonge qui le ronge et se battra pendant tout le film pour se racheter. Lucius et Alfred sont aussi de la partie, le premier plus effacé et le second dont on retiendra surtout le peu de scène (on n’a jamais assez de Michael Caine) et qui malgré ses dialogues très lourds (il a la lourde tache d’expliciter chaque conflit intérieur de son patron), arrive à toucher, jusqu’aux larmes, dans au moins deux scènes.

Et pourquoi d’ailleurs je ne parle toujours pas de Batman ou Bruce Wayne : tout simplement parce qu’il est en grande partie absent du film, volontairement mis à l’écart, son absence participe à l’atmosphère oppressante, renforçant l’idée du symbole qu’il représente et de l’espoir qu’il incarne. Les deux sombreront dans les ténèbres, pour mieux s’en élever.

Christian Bale nous sort sa meilleure performance de la trilogie à base de transformations physiques étonnantes, mais cette fois c’est son Bruce Wayne qui s’en sort le mieux. Faible, épuisé, dépressif, il exploite un autre registre et ça fonctionne bien. Son Batman ne domine plus au corps à corps et au sol, ne virevolte plus entre les ennemis et les immeubles, et l’arrivée de son dernier gadget, le Bat, est plutôt bienvenue tout en réjouissant les grands enfants que nous sommes.

Le fan service est aussi bien assuré : flashback, caméo, clin-d’oeil, les références sont nombreuses et les money-shots abondent autant que les rebondissements dont malheureusement certains sont trop mécaniques et laissent transparaître une certaine artificialité, sentiment renforcé par la musique de Hans Zimmer véritablement envahissante.

Car, oui, il y a donc des ombres au tableau (ou à la fresque). En se basant en partie sur Begins et sa faiblesse, son vilain, Nolan partait avec un handicap, sans compter la tache impossible de faire mieux que TDK.

Il a donc choisi de faire différent mais le cahier des charges était trop important. Le film pèche ainsi par son ambition à vouloir développer des enjeux à plus grand échelle que TDK, en faire un film somme du 1 et du 2, l’architecture s’effrite quelque peu sur la fin, expédiant ses figures du mal et ses twists. On ressort de la salle avec l’impression d’un film moins fluide, moins malin, mais aussi plus oppressant : il aurait fait un parfait second opus de trilogie, puisqu’il s’inscrit peut-être plus dans la continuité de Begins que de TDK par son intrigue.

Je ne parle pas non plus des problèmes de rythme, le récit moins bien construit ouvrant la voie à de nombreuses incohérences. Ainsi, à plusieurs reprises les personnages débarquent dans des scènes on ne sait pas comment (eux non plus d’ailleurs), certaines scènes sont aussi montées très maladroitement avec de gros problèmes de temporalité, en particulier dans le dernier tiers du film, à cause de la multiplication des enjeux et la concentration des sous-intrigues à résoudre. Dernier point délicat : Marion Cotillard (on y revient toujours), son perso est crucial, devenant de plus en plus important dans le film, et malheureusement il n’est pas aussi bien traité que John Blake par exemple et elle ne peut rien faire de plus que de tenter de trouver le bon ton de son perso… en vain.

Restent la force, la puissance, l’émotion.

L’ambiance désespérée, ses scènes d’action à l’échelle d’une ville, la progression oppressante de Bane, nous fait ressentir une angoisse comme rarement on a pu le ressentir dans une salle.

Ce dernier opus est donc grandiose, mais aussi fragile que démesuré, et on ne peut pas vraiment lui reprocher ses faiblesses qui sont le fruit de son ambition, à l’exception du final des super-vilains qui n’est pas la hauteur du film et de celui de ses héros.

Ce TDKR est un film hyper-spectaculaire, imparfait mais à l’ambiance pesante et au casting royal, et qui constitue une fin en apothéose (pas si fermée que cela) concluant une trilogie homogène et majeure, certainement la plus grande fresque super-héroïque au cinéma.

Critique du film Prometheus de Ridley Scott

Prometheus sort en France ce mercredi 30 mai. Annoncé comme l’un des films les plus attendus de l’année, mais entouré d’un épais voile de mystère, ce grand retour de Ridley Scott a la science-fiction tient-il vraiment toutes ses promesses ?

Mais quelles promesses d’ailleurs ? Celles d’être un préquel de la saga Alien ? Une sorte de « Alien : les origines » ? Et bien, certains seront déçus, mais ce n’est pas le cas. L’histoire de Prometheus, bien que s’inscrivant dans la riche mythologie Alien, peut -et même- devrait être compris de manière totalement indépendante aux autres films.

Il y a bien une équipe de scientifiques et de mercenaires perdue (sur une planète abandonnée) dans l’espace, il y a bien un vaisseau, il y a bien des bestioles pas franchement aimables, il y a bien des déambulations labyrinthes en petite culotte mais… justement, il n’y a pas d’Ellen Ripley. Tout est nouveau, donc.

Cette première constatation posée, intéressons nous au film lui même. En étant exigeant, on peut le considérer comme déséquilibré du point de vue de tout ce que soulève sa diégèse.

D’un côté nous avons une réflexion tout à faite captivante qui s’inscrit dès la superbe et intrigante séquence d’ouverture. La narration soulève rapidement un grand nombre de questions : l’origine de l’Homme, l’âme, la foi et la spiritualité, le pouvoir, l’argent, la quête de la vérité par la science, la vie, la mort, l’immortalité… Ou comment des humains ordinaires et un robot extra-ordinaire sont confrontés au suprême, au sublime et à l’horreur et tentent de dépasser, chacun à leurs façons, leurs conditions. Rien de nouveau sous le soleil, on pense au 2001 de Kubrick bien entendu, un peu à Solaris de Tarkovski, au 8ème Passager (tout de même) et au bien trop sous-estimé Sunshine de Danny Boyle. Mais ces questions sont abordées sous un regard nouveau, nourri par des débats éthiques autant ancestraux qu’actuels et par des technologies ultra-modernes.

Et puis d’un autre côté, il y a le film de genre, celui de la science-fiction horrifique, avec les scènes gores « explosives » et un jeu de suspense bien maîtrisé, sans temps mort. Cette approche là du film demeure tout à fait efficace en terme d’action et permet de faire s’accrocher le spectateur au fauteuil avec ce qu’il faut en rebondissements bien foutus. Mais c’est aussi une approche où la matière à penser se réduit vite en peau de chagrin.

Donc, le film propose beaucoup de questions, suggère une philosophie qu’on aurait aimé voir davantage développée pour apporter une profondeur nouvelle à la (déjà riche) mythologie Alien et on ne peut que regretter qu’il n’aille pas au bout de ce qu’il propose, sans réellement donner aux spectateurs les clés pour combler de lui-même ces lacunes.

Espérons alors que ces « lacunes » aient finalement été prévues et réfléchies par les scénaristes afin d’être développées dans un « Prometheus 2« .

Mais il reste considérablement de belles choses, comme une musique, une photographie, des décors et des CGI remarquables et complètement aboutis dans l’univers créé et la narration elle-même. Des séquences sont en tout point exceptionnelles par leur beauté et la tension à l’intérieur même du cadre est toujours à son comble, offrant aux spectateurs de « belles » surprises. Un dernier point sur la 3D-relief qui a été travaillée toute en subtilité, ajoutant de belles sensations au spectacle sans jamais trop en faire, prolongeant les espaces extérieurs hostiles ou renforçant l’exiguïté oppressante des intérieurs, englobant complètement le spectateur dans le récit. A voir en salle donc et si possible en version 3D, pour en apprécier toutes les nuances.

Les acteurs proposent de très bonnes performances dans un environnement rendu donc parfaitement crédible : Noomi Rapace, incarnant la scientifique Elizabeth Shaw, dégage une énergie et un acharnement vraiment convaincants (ce qui fait d’elle une successeure très honorable à Sigourney Weaver)  et Michael Fassbender est… et bien, c’est Michael Fassbender. Parfait donc, surtout en « David », modèle d’androïde a priori sans défaut humain.

Charlize Theron, Guy Pearce et Idris Elba se débrouillent malheureusement comme ils peuvent avec des personnages un peu « en-dessous » des deux premiers cités, et on aurait apprécié que leurs personnalités gagnent davantage de profondeur (ce qui aurait d’ailleurs évité quelques incohérences scénaristiques regrettables et ces « trous » dans la réflexion métaphysique).

Au final, rien ne sert de chercher davantage la petite bête (ou plutôt ici le facehugger) : bien qu’il soit bourré de défauts plus ou moins agaçants, Prometheus vaut très largement son coup d’oeil et même plus, si affinité !

 

Caro.

Critique du film Avengers de Joss Whedon

Synopsis : Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l’organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents. Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d’autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité…

Après 4 ans de mise en place et 5 films, Marvel sort enfin ce qui s’apparente à son plus gros projet jamais fait, The Avengers le film. Et pour cela ils ont confié les rênes à Joss Whedon. Et si il y a bien quelqu’un qui peut faire cohabiter autant de super-héros dans un film sans que celui ci se casse la gueule, c’est bien lui.

S’il y a bien une chose dont on pouvait avoir peur c’était de savoir comment allait être géré tous ces égos à l’écran, on connaît par exemple le coté très narcissique et grande gueule de Tony Stark (Robert Downey Jr) a.k.a Iron Man, qui aurait pu tout à fait éclipser tous les autres à l’écran. Mais ce ne fut, heureusement, pas le cas grâce à l’énorme travail d’écriture de ce cher Joss Whedon. En effet, le créateur de Buffy contre les Vampires (et Angel, et Firefly, et Dollhouse, que de grandes séries), très grand scénariste (il n’y a aucun débat là dessus, je pense), a su parfaitement faire exister chacun des super-héros Marvel, leur donnant notamment 1 ou 2 plans/scènes d’iconisations chacun. Il en est de même pour les personnages qu’on connaît un peu moins, Hawkeye (Jeremy Renner), Black Widow (Scarlett Johansson) ou encore Maria Hill (Cobie Smulders), qui ont au moins une scène les mettant en valeur, notamment un plan sur Hawkeye absolument sublime. On connaît le sens du dialogue de Whedon et là il imprègne totalement le film de sa patte, punchlines, références geeks, doubles sens, tout y passe. Sur ce point il n’y avait aucun doute à avoir, quand on voit son travail sur la série Buffy on se dit que ce monsieur sait écrire ses histoires et leur donner toutes leurs grandeurs. Durant 2h20 on sent qu’il maîtrise ses personnages, il les connaît et il arrive à leur donner plus de consistance que dans chacun de leur film. Il n’hésite pas un instant à faire passer ses figures héroïques par des moments de doutes les rendant presque humains, ou disons, moins surhumains.

Si l’univers cinématographique que Marvel a mis en place depuis l’Incroyable Hulk commençait légèrement à piquer du nez avec, malgré la réussite de Captain America (joué par Chris Evans), un très décevant Iron Man 2 et un anecdotique Thor (la moitié du film était un assez gros raté), The Avengers lui redonne toute sa grandeur. On ne s’ennuie même pas devant sa longue exposition avant un dernier act totalement jouissif, sur le fond et sur la forme (notamment un immense plan séquence suivant chacun héros au combat, sublime). Parlons en de la forme, s’il y a un point sur lequel on pouvait douter c’est la façon dont Whedon allait diriger sa caméra et pourtant le réalisateur s’en sort plutôt bien, s’il n’y a rien de transcendant il se permet quelques fulgurances et des moneyshots à tomber par terre. Si ILM s’occupe de la plupart des plans à effets spéciaux c’est bien sous les directives de Whedon.

On retrouve un casting composé d’acteurs qui auront fait, plus ou moins, la part belle aux films précédents des studios Marvel, avec cependant une modification. Bruce Banner/Hulk est cette fois ci joué par Mark Ruffalo, éclipsant sans moindre mesure Edward Norton et Eric Bana tant il s’approprie le personnage dès la première seconde du film. Et après avoir vu The Avengers on espère tous un troisième volet d’Hulk avec Mark Ruffalo. On retiendra aussi le reste du casting interprétant leurs personnages avec une grande justesse, grâce, encore une fois, à Whedon qui dirige d’une main de maître ses acteurs.

On assiste là à un film généreux, jouissif, enthousiasment, maîtrisé. Joss Whedon a réussi le pari de faire de ce The Avengers un très grand blockbuster là où les sceptiques pensaient que le film allait se casser la gueule. Les fans de comics et autres symboles de la pop-culture seront aux anges tant les références geeks fusent à toute allure. Le film mets une gentille claque à ces blockbusters se prennant un peu trop au sérieux et n’assumant qu’à moitié leur coté fun. Car il s’agit bien de ça, un film totalement fun, s’approchant par moment des meilleurs gags de Tex Avery. Un petit point noir est à relever, le grand méchant du film, Loki (demi frère du dieu Thor), est en retrait et ne semble pas être une grande menace, traité de façon pas vraiment sérieuse, s’il reste dans le ton du film il est simplement dommage que ses actes ne suivent pas son discours. Malgré ce petit accrochage le bolide Avengers nous ferait presque monter au ciel et nous faisant retrouver nos yeux d’enfant découvrant un fascinant cadeau de Noël sous le sapin. Merci Joss Whedon.

Romain

PS : Nos amis de CinéComics organisent un concours de ouf avec à la clef l’Arc reactor de Stark, le bouclier de Cap et le Mjolnir !

Critique du film Twixt, de Francis Ford Coppola

Synopsis :

Un écrivain sur le déclin arrive dans une petite bourgade des Etats-Unis pour y promouvoir son dernier roman de sorcellerie. Il se fait entraîner par le shérif dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin. Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui. Pour démêler cette énigme, il va devoir aller fouiller les méandres de son subconscient et découvrir que la clé du mystère est intimement liée à son histoire personnelle.

 

Critique :

Soyons d’accord, Francis Ford Coppola n’a plus rien à prouver et le revendique haut et fort depuis des années. Ce qui l’intéresse à présent, c’est de conserver cette envie de (re)trouver une forme d’innocence dans le cinéma, de (re)découvrir les joies d’expérimenter de nouvelles variations stylistiques – narratives et esthétiques – mais aussi techniques. Ce qui l’intéresse donc, c’est simplement l’envie de s’amuser. C’est-à-dire, de réaliser des films avec peu de moyens, mais de les réaliser avec beaucoup de plaisir. Francis Ford Coppola n’est au final qu’un grand facétieux, qui a débuté sa carrière en signant des chefs d’œuvres de maître, et la termine avec des créations étudiantes. Et pourtant, il reste une grande cohérence sur l’ensemble de son œuvre.

TWIXT est un film atypique, curieux, boiteux, baroque et minimaliste. TWIXT, c’est un petit peu tout et rien à la fois. C’est un film complet et inabouti, c’est un regard d’auteur acéré sur le monde de la création et du cinéma, qu’il tourne en ridicule autant dans le fond que dans la forme, mais c’est aussi un film où l’auteur tombe dans son propre piège. C’est une oeuvre qui est – en creux – ambiguë, paradoxale, complexe, présentant d’innombrables strates de lectures et d’interprétations. Mais, c’est aussi une œuvre qui paraît en substance immanquablement creuse, si l’on ne fait pas l’effort de regarder au travers, pour en apprécier toutes les nuances et les reflets.

TWIXT est un film joyeux, burlesque, intriguant, tendre, émouvant, effrayant, hypnotisant. TWIXT, c’est un film décalé, construit sur du vide. C’est même, en quelque sorte, l’apologie du vide. Ce qui pourrait être considéré comme un nanar bénéficie du génie de son auteur et s’inscrit davantage comme un essai expérimental, restituant avec un enthousiasme enfantin le rêve idiot d’un cinéaste qui n’a jamais perdu son humour et son ironie sur le monde de l’industrie du spectacle et sur le monde de la création.

TWIXT est un film qui a été écrit d’après un rêve, par une chaude nuit d’été alcoolisée, à Istanbul. C’est une expérience qui donc, se vit comme un rêve et qui s’oublie comme un rêve. Ce qui reste après la projection, ce sont comme des filaments de songe, qui s’évanouissement pour réapparaitre un instant et où se révèlent toute l’évanescence qui caractérise finalement le film. Coppola nous invite ainsi, de manière très intime et confidentielle, a entré dans son monde onirique et imaginaire. Que l’on aime ou pas cette incursion, nous ne pouvons rester que respectueux de cet univers et de son hôte.

Le spectateur a ainsi plusieurs choix : soit plonger dans le vide du film et parvenir à planer, soit plonger pour s’écraser, soit se retenir furieusement au bord. Pour apprécier ce moment, il faut donc accepter de lâcher prise et se laisser flotter au gré des images et des sons, quitte à ne pas combattre le sommeil qui peut nous attendre au tournant de quelques scènes. A l’image du héros, incarné par un Val Kilmer autant imposant que sensible, qui ne cherche sa vérité que dans ses rêves. Car en définitive, des rêves ou de la réalité, de la vie ou de la mort, tout se confond, et c’est en cela que ce film de Coppola est bouleversant.  C’est une jolie interprétation de la célèbre citation de La Tempête de Shakespeare : « Nous sommes faits de la même étoffe que les songes, et notre petite vie, un somme la parachève ».

Sur ce, faites de beaux rêves, plein d’adolescentes vampires et d’appareils dentaire…

Critique : My Week With Marilyn de Simon Curtis

 

Synopsis

Au début de l’été 1956, Marilyn Monroe se rend en Angleterre pour la première fois. En pleine lune de miel avec le célèbre dramaturge Arthur Miller, elle est venue tourner « Le Prince et la danseuse », le film qui restera célèbre pour l’avoir réunie à l’écran avec Sir Laurence Olivier, véritable légende du théâtre et du cinéma britanniques, qui en est aussi le metteur en scène.

Ce même été, Colin Clark, 23 ans, met pour la première fois le pied sur un plateau de cinéma. Tout juste diplômé d’Oxford, le jeune homme rêve de devenir cinéaste et a réussi à décrocher un job d’obscur assistant sur le plateau. Quarante ans plus tard, Clark racontera ce qu’il a vécu au fil des six mois de ce tournage mouvementé dans son livre, « The Prince, the Showgirl and Me ». Mais il manque une semaine dans son récit… Son second livre, « Une semaine avec Marilyn », relate la semaine magique qu’il a passée, seul, avec la plus grande star de cinéma du monde.

 

Mercredi sort sur nos écrans My Week With Marilyn, biopic sur une des plus grandes star du cinéma Hollywoodien, Marilyn Monroe. C’est le premier véritable film de cinéma centré sur elle, sûrement parce que c’est un personnage très complexe aux multiples facettes et qu’il est peut être pas simple de saisir tout ce qui fait d’elle une icône.

Adaptation des autobiographies Le prince, la danseuse et moi, et My Week With Marilyn de Colin Clark, ce biopic passe malheureusement un peu à coté de son sujet. Ne sachant pas où se positionner entre drame et comédie il ne parvient jamais vraiment à assumer l’un ou l’autre. La faute peut être à une mise en scène sans éclat et bien trop classique de Simon Curtis. Restant à la surface, l’histoire ne décolle jamais et les quelques intrigues intéressantes sont vites mises de coté, nous laissant avec des personnages assez creux, pour se focaliser avant tout sur la relation qui lie ce jeune assistant réalisateur à la star hollywoodienne.

Paradoxalement les acteurs livrent de très bonnes prestations, Emma Watson toute en retenue dans le rôle de la jeune amoureuse éconduite et Dominic Cooper parfait, comme souvent. Kenneth Branagh cabotine comme jamais dans le rôle du réalisateur Laurence Olivier faisant face aux caprices de Marilyn Monroe et arrive à passer par toutes les émotions possible sur une seule scène. Michelle Williams, comme l’étoile hollywoodienne, capte toute l’attention de ceux qui la regarde. D’une grande justesse, elle parvient à magnétiser tout ce qui faisait Marilyn, ses états d’âmes, ses sauts d’humeur, sa naïveté et son coté ingénue.

Il est alors dommage que cette prestation ne sont un peu gâcher par une caméra paresseuse qui ne parvient pas totalement à la sublimer. Relevant presque de l’anecdote ce biopic ne s’élève jamais et ne réussi pas à nous enthousiasmer.

Romain