Critique : Hunger Games de Gary Ross

Alors autant être honnête dès le départ, je n’ai pas lu le livre. Je connaissais l’histoire et savais qu’il était écrit à la première personne, du point de vue du personnage principal, Katniss, mais c’est tout.

Pour situer l’histoire, nous nous trouvons dans une Amérique du nord post-apocalyptique, du nom de Panem, où un puissant gouvernement appelé Le Capitole contrôle 12 Districts. Après une rébellion du district 13, qui sera anéanti, les 12 districts se voient obligés de participer à un jeu télévisé, les Hunger Games, où ils doivent envoyer à chaque éditions deux tributs, un garçon et une fille entre 12 et 18 ans. Ces 24 participants, enfermés dans une arène, s’affrontent dans un combat à mort et seul le dernier survivant est déclaré vainqueur. Lors de la 74ème édition la jeune Primrose Everdeen est choisi pour ce participer à ce macabre jeu, mais afin de la sauver sa grande soeur Katniss (Jennifer Lawrence) se porte volontaire et la remplace.

The Hunger Games qui fait un véritable raz-de-marée avec 30 millions de livres vendus dans le monde est la nouvelle grande saga à être adapté au cinéma, après Harry Potter et Twilight. Si la hype autour de ce film peut rappeler celle de Twilight – la cible visée se trouvant être le public jeune et accessoirement fan de Twilight – la saga écrite par Suzanne Collins se veut un peu plus violente, un peu moins niaise, un peu moins con-con oserais-je dire.

Afin d’éviter de la redondance et une narration trop lourde, Gary Ross – qui réalise le film – a décidé de ne pas reprendre la forme du livre, on ne vit pas le film à travers le regard de Katniss. De ce fait le scénario (co-écrit par Suzanne Collins) touche alors véritablement le coté dictatorial de l’histoire, de ce monde au gouvernement répressif. Que ce soit dans cette société, ou dans le jeu, tout est contrôlé. Toute moralité semble avoir été annihilé. Disons que quand on en arrive à célébrer un jeu dans lequel 23 jeunes doivent mourir il n’y a plus de question à se poser sur ça. Cette approche de l’histoire est très intéressante et nous permet de voir une critique de notre société actuelle, bercée par une télé-poubelle adulée par des milliers de gens.

Il est dommage que l’instinct de survie, même si présent dans le film, soit survolé, nous ne sommes pas dans les pensées de Katniss, nous ne savons pas réellement ce qu’elle ressent. De ce fait son coté calculateur est totalement mis de coté, ses actes sont dictés par son mentor Haymitch, en dehors de l’arène. Il est aussi dommage que ce manque réduise considérablement l’intensité du film, l’intensité de l’action dans l’arène, ainsi que l’empathie que l’on peut avoir pour des personnages bien trop creux. Katniss, pourtant décrite comme un personnage fort, indépendant, s’occupant quasiment seule de sa soeur et de sa mère rongée par le décès de son mari, semble presque manquer de caractère tant son personnage est… survolé. Malgré tout, Gary Ross a choisi de se rapprocher du livre dans le sens où, dans l’arène, nous ne voyons que ce que Katniss voit, entendons que ce qu’elle entend. L’action des autres participants n’est seulement évoqué que par des coups de canon annonçant la mort de participants.

Dans cette histoire pleinement ancrée dans la science fiction l’esthétique a été travaillée, on sent une véritable recherche sur la photographie qui alterne un ton froid, terne collant à la nature pauvre et rude du District 12 ainsi qu’à l’atmosphère de l’arène, et des couleurs vives, festives collant parfaitement à la festivité et l’enthousiasme des habitants stéréotypés, caricaturaux et superficiels du Capitole pour ces jeux annuels. Même si certains effets lors de la présentation des participants peuvent paraître un peu over-the-top.

Les acteurs ont pleinement rempli leurs rôles, chacun semblait vraiment prendre du plaisir, notamment Elizabeth Banks interprétant Effie, femme excentrique, à la solde du gouvernement ayant tiré au sort Katniss et Peeta lors de la moisson au district 12, ne se retrouvant jamais trop dans l’excès. On retrouve également un excellent Woody Harrelson – malgré cette étrange chevelure blonde –  dans le rôle d’Haymitch, mentor de Katniss et Peeta.

Si un sentiment positif se dégage d’Hunger Games, le coté édulcoré et le manque de tension fait qu’on ne se sent jamais vraiment immergé. Paradoxalement le réalisateur fait de nous, spectateurs, partie intégrante de ces Hunger Games lorsqu’il abat le 4ème mur avec les interventions de Ceasar (Stanley Tucci) et son acolyte Claudius (Toby Jones). En tant que commentateurs ils se trouvent face caméra à nous expliquer quelques éléments du jeu, notamment la dangerosité des abeilles. On a alors l’impression d’être spectateur d’une télé-réalité que l’on verrait à la télévision tranquillement assis chez nous dans notre canapé, comme un simple Big Brother. Simplement ici on découvre également l’envers du décors et les manipulations des game-makers, rappelant aux participants qu’ils n’ont le contrôle sur rien. Si leur survie dépend de leur habilité à échapper aux autres, ce n’est pas eux qui ont leur destin entre leurs mains… Enfin presque.

Romain

Critique du film Bullhead


Ce mercredi sort mon coup de coeur du Festival De Cinéma Européen des Arcs : BULLHEAD.

Jacky Vanmarsenille est éleveur. C’est un être renfermé, imprévisible et parfois violent… Au côté d’un vétérinaire sans scrupule, il s’est forgé une belle place dans le milieu du trafic d’hormones. Mais l’assassinat d’un policier fédéral et sa rencontre avec un ancien ami d’enfance, qui partage avec lui un tragique secret, bouleverse le marché que Jacky doit conclure avec le plus puissant des trafiquants de Flandre…

Tout commence ici comme un polar classique, avec ces archétypes transposés dans la Flandre mais tout bascule au milieu du film lors d’une des scènes les plus dures que j’ai pu voir au cinéma, qui bouleverse à la fois le spectateur et le film. Notre point de vue change tandis que le film devient un drame violent sans perdre de vue le suspense inhérent au polar. Un tel mélange de genre au milieu de l’élevage de bovin, ça pouvait paraître casse-gueule sur le papier mais Michaël R. Roskam, le réalisateur, est très très doué et y mêle en plus une superbe histoire d’amitié, d’amour, de dépendance, mais aussi une fable où les hommes sont des animaux violents.

Depuis quelques années, une tendance se dessine au dessus de la masse d’acteurs androgynes mannequins belles-gueules : la virilité. Entre le James Bond de Daniel Craig ou l’émergence de Tom Hardy, les muscles sont de retour mais sans oublier la sensibilité et la finesse de jeu. Bullhead fait exploser ici un nouvel ambassadeur de cette caste supérieure : Matthias Schoenaerts.

Si jamais l’Oscar n’était pas promis à Une Séparation, Bullhead le mériterait amplement, comme celui Matthias pour celui du Meilleur Acteur d’ailleurs, tant sa performance redonne un vrai sens à cette expression galvaudée.

Il envahit l’écran, gonflé aux hormones, véritable bombe de frustration prête à exploser à tout moment. Je pense qu’en tant que garçon, on s’identifie encore plus au personnage et je me suis surpris à réagir viscéralement au film comme rarement. Les muscles figés, les poings qui me démangeaient, j’avais envie de frapper pour me/le soulager.

Pas étonnant d’ailleurs que Matthias tourne en ce moment pour Audiard car Bullhead y tend souvent (c’est un compliment) tout en gardant son propre caractère, unique, belge, dépaysant.

Enfin, on peut regretter le burlesque des deux garagistes francophones ou le jeu de Jeanne Dandoy qui contraste respectivement avec la noirceur du film et la dureté du personnage principal mais ils permettent aussi de respirer un peu et relâcher la tension.

Je pourrais encore écrire pendant des heures sur ce film, son ambiance, sa musique, sa force, mais il faut le vivre en salle, sur grand écran, se retrouver nez à nez avec Jacky Vanmarsenille pour ressentir ce coup de coeur mais surtout ce coup de boule !

Critique du film Chronicle de Josh Trank

Après avoir été en contact avec une mystérieuse substance, trois lycéens se découvrent des super-pouvoirs. La chronique de leur vie qu’ils tenaient sur les réseaux sociaux n’a désormais plus rien d’ordinaire… D’abord tentés d’utiliser leurs nouveaux pouvoirs pour jouer des tours à leurs proches, ils vont vite prendre la mesure de ce qui leur est possible. Leurs fabuleuses aptitudes les entraînent chaque jour un peu plus au-delà de tout ce qu’ils auraient pu imaginer. Leur sentiment de puissance et d’immortalité va rapidement les pousser à s’interroger sur les limites qu’ils doivent s’imposer

Bercé par les super-héros depuis son enfance Josh Trank, jeune réalisateur de 27 ans, propose à Max Landis, lors d’une rencontre, son projet Chronicle, la chronique pas si ordinaire d’adolescents se découvrant des pouvoirs. A partir de là les deux hommes co-écriront le scénario. Le film utilise un principe que beaucoup de films de genre exploitent depuis quelques années, le found footage. Si le concept est, soit assez novateur du temps de Blair Witch, Cloverfield, soit utilisé intelligemment avec REC, il s’est quelque peu effrité avec la saga des Paranormal Activity (on peut aussi parler de Diary of the dead). Chronicle redore quelque peu l’image de cet exercice par de véritables idées de réalisation. Evidemment, ne connaissant du film seulement le pitch et sa réalisation façon caméra subjective on peut avoir peur d’un Heroes rencontrant Misfits (dans ses heures les plus sombres) filmés caméra à l’épaule. Mais il n’en est rien de tout ça puis Josh Trank propose une mise en scène intéressante et utilise, pour la plupart du temps, la caméra portative d’Andrew (Dane DeHaan) intelligemment. L’idée d’utiliser son pouvoir pour faire voler la caméra en est la preuve et permet de superbes envolées.

Le réalisateur, à travers ses 3 adolescents, prend à contre pied une morale, bien connue de tous, venant du célèbre homme araignée SpiderMan «Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités» et n’impose aucune limite à ces 3 anti-héros. Du moins, jusqu’à ce que deux d’entre eux prennent conscience que ces pouvoirs peuvent devenir vite dangereux si ils ne sont pas contrôlés. Puisque, si au départ nos amis s’amusent avec des jouets, dans des magasins, sur un parking, Andrew va aller plus loin et son sentiment de mal être va prendre le dessus sur sa raison. Le film, ancré dans une réalité similaire à la notre, devient de plus en plus sombre au fil du développement des pouvoirs du jeune adolescent, et le parallèle entre ce dernier et Tetsuo d’Akira est de plus en plus visible.

Les acteurs, quasiment tous inconnus – mis à part Michael B Jordan, bien connu des fans des séries Friday Night Lights et The Wire – interprètent leur personnage de façon juste et réaliste, même si la psychologie de ceux-ci n’est pas des plus subtiles. Les effets spéciaux sont quant à eux inégaux, si certains plans sur fonds verts sont assez moches, d’autres effets sont magnifiques, et je pense notamment à la scène de football américain dans les nuages, qui couplée à la vue subjective d’une caméra volant d’elle même donne une séquence absolument sublime et jouissive.

Chronicle se trouve être une excellente surprise, qui, si n’est pas exempt de défauts et n’est pas forcément d’une originalité folle, se rattrape dans de belles idées (utilisation de plusieurs appareils pouvant filmer), une mise en scène intelligente et un réalisateur ancré dans la culture pop, geek, sachant filmer des super-héros.

Romain

Critique du film Gypsy (Cigán)

Après Une Vie Meilleure (dont je ne ferais pas la critique ici car j’ai travaillé dessus), mon second film du Festival de Cinéma Européen des Arcs 2011 est donc Gypsy, film slovaque de Martin Sulik.

Adam, un jeune tzigane de 14 ans partage ses journées dans son petit village tzigane entre la boxe et son ami Julka. Mais après la mort violente de son père dans un mystérieux accident, son monde s’écroule et le nouveau mari de sa mère le contraint à des activités criminelles. Il est arrêté par la police lors d’un des nombreux coups fourrés de son beau-père et réalise alors qu’il est temps pour lui de prendre une décision avant de sombrer définitivement dans le grand banditisme.

Tourné en Roumanie dans un village tzigane avec des acteurs non-professionnels à l’exception de deux rôles secondaires d’adulte, Gypsy est une véritable immersion dans la communauté tzigane par l’intermédiaire du jeune héros qui passera non sans difficulté dans l’âge adulte.

Le réalisateur s’attaque ici à beaucoup de sujets très durs : le racisme, la pauvreté, l’adolescence, la violence, le tout dans un décors glacial et délabré, mais parvient à alleger le tout avec quelques petites touches fantastiques ou burlesques dont je vous laisse la surprise.

Cette plongée brute et réaliste peut paraître austère, mais la chaleure des acteurs et l’intensité de ce « Hamlet chez les tziganes » mérite vraiment le coup d’oeil et de passer au delà certain petits défauts comme la musique par exemple.

C’est donc une excellente surprise venue de l’école de l’est et j’espère qu’MK2 lui accordera la sortie qu’il mérite et que vous aurez l’occasion de découvrir cette culture méconnue et pourtant très proche géographiquement.

Time Out – Critique et Conférence de Presse

Cela faisait bien longtemps que ce cher Andrew Niccol ne nous avait pas montré quelque chose au cinéma (6 ans exactement depuis Lord of War). Et le voici revenu sur un thème qui l’a fait découvrir au grand monde : la science-fiction « réaliste ».

Bienvenue dans un monde où le temps a remplacé l’argent. Génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut « gagner » du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d’années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d’échapper à la mort. Un homme, accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui deviendra son alliée.

Pour être direct, mon avis sur le film est assez mitigé.

Andrew Niccol ayant signé certainement un des meilleurs films de Science Fiction réaliste des 20 dernières années avec Bienvenue à Gattaca, et avec cette idée de monétisation du temps, je n’étais qu’impatient de voir ce qui allait en retourner. Bien qu’ancré dans le futur, le film nous présente une critique bien acerbe de notre société actuelle : le refus de prendre une ride, la volonté de gagner toujours plus d’argent, le mépris que les hautes classes sociales peuvent avoir sur le peuple d’en bas. Et par dessus tout, le fait que nous courons aujourd’hui toujours contre le temps tous les jours.

Mais le problème selon moi dans le film c’est que les protagonistes passent leur temps justement à courir. Tel des robins des bois, nous sommes en présence d’un couple qui semble être un mix en Roméo et Juliette et Bonnie & Clyde, mais qui au lieu de nous faire découvrir en profondeur cette société qui ne fait clairement pas rêver, on ne reste qu’à la surface à la manière d’un The Island de Michael Bay.

De plus contrairement à Bienvenue à Gattaca, qui avait modifié les éléments d’architecture et d’environnement où évoluent les personnages, ici on se retrouve dans un futur qui n’est pas différent du notre : les voitures, les bâtiments ne sont que des éléments qu’on trouve aujourd’hui simplement maquillés. De mon point de vue ce n’est pas un détail qui peut être laissé de côté, car au final on essaye de nous montrer ce à quoi peut ressembler le futur : là on a plus l’impression d’être dans un monde parallèle qui a juste évolué différemment. Le film axe donc l’histoire sur de l’action « pure », alors qu’il laisse de côté toute la partie la plus intéressante pouvant expliquer pourquoi à un moment donnée la société a préféré remplacer le billet vert par le temps.

Je donne peut-être l’impression d’être un peu dur avec le film, mais c’est aussi parce que j’en attendais beaucoup : c’est loin d’être un navet, on se retrouve juste à un film d’action somme toute très correcte dans registre, mais il ne m’apparait juste pas à la hauteur ce qu’est capable de faire la réalisateur.

En bonus, vous trouverez l’enregistrement de la conférence de presse du film qui eu lieu début novembre à Paris en présence de Justin Timberlake et Amanda Seyfried, ainsi que quelques photos.


Time Out – Conférence de presse PARIS 04/11/2011 par FilmGeek-TV

 

 

 

 

Critique de Captain America de Joe Johnston

 

En terme de Super Héros l’année 2011 a été bien remplie. Après Thor, X-Men ou encore Green Lantern c’est au tour de Captain America de voir son film sortir au cinéma.

Captain America: First Avenger nous plonge dans les premières années de l’univers Marvel. Steve Rogers, frêle et timide, se porte volontaire pour participer à un programme expérimental qui va le transformer en un Super Soldat connu sous le nom de Captain America. Allié à Bucky Barnes et Peggy Carter, il sera confronté à la diabolique organisation HYDRA dirigée par le redoutable Red Skull.

Leader des Avengers (réalisé par Joss Whedon et qui sortira pendant l’été 2012) Captain America est le dernier à apparaitre au cinéma après Iron Man 1 et 2, Hulk ou encore Thor cette année et honnêtement on pouvait craindre le pire. D’une part parce que les précédents films Marvel s’avèrent seulement moyens biens et on avait peur que le Cap’ suive cette route. Et d’autre part parce que le bonhomme s’appelle tout de même Captain America, plus symbolique il n’y a pas et la peur d’un trop fort patriotisme se faisait ressentir. Pourtant il n’y a rien de tout ça puisque Captain America est la meilleure adaptation de Marvel à ce jour.

L’une des raisons de cette réussite c’est que le film ne se contente pas d’introduire son personnage, Steve Rogers, en seulement quelques minutes. La psychologie et le caractère de ce dernier sont vraiment travaillés pour bien faire comprendre ses motivations. On comprend que malgré son statut de gringalet, sa motivation, son courage et sa détermination vont s’avérer payant puisqu’il va intégrer l’armée et devenir un Super Soldat.

L’autre raison est l’époque dans laquelle se déroule le long métrage. Si les autres films estampillés Marvel se situaient dans notre époque celui ci se situe dans le passé. Puisqu’il faut creuser les origines du héros autant le faire bien et à fond. C’est pourquoi nous ne sommes pas en 2011 mais en 1941 en pleine seconde guerre mondiale. Et comme je le disais plus haut, le film ne son contente pas d’une petite introduction du personnage à cette époque, non. Le film se déroule intégralement dans les années 40 (On notera tout de même que les 2 premières minutes du film et les 5 dernières se passent à notre époque).

Ici il n’est pourtant pas question d’affronter les Nazis mais plutôt une sorte de succursale du régime nazi, l’HYDRA, dirigée par Red Skull (Hugo Weaving). Ce dernier est à la recherche du cube cosmique, que l’on retrouve à la toute fin de Thor (les liens continuent de se tisser). Si Captain America n’est pas d’une originalité folle – son histoire étant basiquement la même que tout film de super héros, où ce dernier doit détruire son ennemi qui est prêt à tout pour prendre le pouvoir – l’histoire nous offre tout de même de bons moments et ce coté aventure qu’on ne trouvait pas dans les précédents films Marvel.

Il faut dire qu’à la direction ce n’est pas n’importe qui puisque Joe Johnston a travaillé en tant que directeur artistique sur la trilogie Star Wars et sur Les Aventuriers de l’Arche Perdue. Il a également réalisé Jumanji et Rocketeer, film de super héros dans les années 90. Johnston sait donc ce qu’il nous amène sur le tapis.

Le fait de placer l’intrigue dans le passé aurait pu s’avérer difficile mais l’atmosphère est parfaitement retranscrite, que ce soit dans les décors extérieure, les habitudes des personnages, les costumes, etc…

Le casting y est également pour beaucoup. Chris Evans nous fait très vite oublié son dernier passage chez les super héros des 4 Fantastiques tant il sublime le personnage du Captain. Entre bonhomme chétif et leader incontesté, il est crédible dans tout ce qu’il entreprend dans le film. Hayley Atwell joue le rôle de Peggy Carter, officier dans l’armée aidant au recrutement de Steve Rogers. L’actrice se trouve être parfaite pour le rôle. Le fait qu’elle ne soit pas vraiment connue est un vrai plus qui donne une grosse crédibilité au personnage. Personnage féminin qui n’est pas ici la potiche de service mais une femme de caractère qui ne se laisse pas faire et qui sait ce qu’elle veut. D’autant plus qu’il y a une forte alchimie entre ces deux acteurs et personnages. Hugo Weaving qui retrouve Joe Johnston après Wolfman joue donc Red Skull (ou Crâne Rouge en français) et qui se trouve être assez convaincant en grand méchant du film. On retrouve également Tommy Lee Jones en colonel Chester Philips qui va tout d’abord en faire baver à Steve Rogers pour finalement montrer son grand coeur et rallier sa cause. La présence du personnage d’Howard Stark est une surprise pour moi, ne sachant pas du tout qu’il allait apparaître dans le film. Cette surprise s’est vite transformé en satisfaction en voyant que Papa Stark (interpreté par un Dominic Cooper ressemblant fortement à notre Tony Stark) n’était pas seulement là pour faire de la figuration mais a un véritable rôle à jouer.

Malgré quelques effets spéciaux ratés, notamment les explosions, Captain America par son audace et son casting parfait se retrouve dans le haut du panier des adaptations de tous super héros confondus. Entre clins d’oeil et hommages le film apporte un charme inédit dans ce genre d’adaptation. On se ravira du fait que le patriotisme n’est en aucun cas exacerber malgré toute la symbolique du personnage. L’action y est bien présente et peut se croire devant un film de guerre plus qu’une film de super héros, donnant encore plus de consistance aux personnages. En attendant les Avengers l’année prochaine on peut se réjouir d’une telle réussite.

Romain

Critique de La Planète des Singes : Les Origines de Rupert Wyatt

Presque 2 mois après mon petit séjour à Los Angeles j’ai enfin vu La Planète des Singes : Les Origines.

Alors que beaucoup de personnes craignaient le résultat à cause d’une promo exclusivement basée sur les effets spéciaux de WETA, cette expérience ne m’a jamais fait douter de la qualité du film. Il faut dire que rencontrer et entendre le réalisateur, producteur et personnalités du Studio parler avec enthousiasme du film aide à te faire apprécier ce que tu vas voir. Pourtant le film pouvait faire peur d’une part parce qu’il est réalisé par un réalisateur ayant seulement deux films à son actif sortis directement en DVD et d’autre part parce que ce film arrive après le massacre de Tim Burton sur la Saga.

Sur le premier point j’ai vite été rassuré lors de la rencontre avec Rupert Wyatt. On sentait ce dernier vraiment investi dans le projet, il a effectué un vrai travail de recherche sur les chimpanzés, leur mode de vie et s’est également aidé de vidéos montrant que les singes sont plus intelligents qu’on ne le pense (souvenez vous de cet article). Et cet investissement se retrouve totalement dans le film, on n’a pas, là, un réalisateur se contentant du strict minimum, il y a là un véritable cheminement, un développement sur tout son travail jusque là effectué. On sent vraiment une maîtrise du sujet. Je pense notamment aux plans dans la rue en contre plongée sur les arbres donnant cette dualité ville/jungle.

Sur le deuxième point j’ai envie de dire, est-ce bien difficile de faire mieux que La Planète des Singes de Tim Burton ? Non. Et Les Origines, je l’espère, risque de bien vite faire oublier ce ratage.

La Planète des Singes : Les Origines raconte comment Will (James Franco), à l’aide d’expérience sur des singes, veut créer un traitement pour vaincre la maladie d’Alzheimer dont est atteint notamment son père (John Lithgow). Il découvre alors non seulement que le traitement fonctionne mais également qu’il augmente de façon radicale l’activité cérébrale du sujet. Will va alors s’apercevoir que le bébé chimpanzé d’un des singes va développer une intelligence remarquable. Mais se sentant trahi par l’espèce humaine il va alors mener une lutte contre cette dernière.

La saga utilisant jusque là des costumes pour les singes, la grosse révolution de ce film se trouve dans la performance capture. Puisque le film s’intéresse aux origines cette technologie a eu pour mission de rendre les singes crédibles et réalistes, là ou les costumes paraissaient obsolètes. Evidemment il fallait que la technologie soit assez avancée pour ça et c’est là que WETA rentre en jeu après son formidable travail sur Avatar. Ce réalisme ressort au travers du formidable travail d’Andy Serkis jouant Caesar. Si les effets numériques rendent ce dernier crédible c’est définitivement l’acteur qui fait de Caesar un être véritablement réaliste. Andy Serkis donne au chimpanzé de véritables émotions et on se prend à s’attacher à cet être pourtant purement synthétique.

A coté de ça il y a une vraie alchimie entre Caesar et le père de Will. Les scènes montrant ces deux là sont très émouvantes et on croit réellement à cet attachement entre ces deux êtres.

Concernant les autres acteurs, j’ai trouvé James Franco bien dans son rôle de scientifique voulant tout faire pour sauver son père de sa maladie. Mais l’acteur paraît tout de même un brin nonchalant, l’impression qu’il n’était pas à son maximum dans son rôle. Et pourtant j’adore James Franco mais je trouve qu’il était tout de même en dessous d’un émouvant John Lithgow et impressionnant de justesse (on a l’habitude avec lui) dans le rôle du père. Il est d’autant plus dommage que les rôles secondaires ne semblent être là que pour faire le nombre. Tom Felton semblant plus impliqué tout de même que Freida Pinto.

Il est intéressant de voir que le film montre, au delà de la révolte des singes, que l’humanité apporte sa propre perte par vanité, égoïsme, profit, suffisance, etc… Tout ces jolis mots incarnés dans le film par la société où travaille Will : Genesys. Tout ce qui arrive, arrive par la propre main de l’homme.

N’ayant jamais vraiment douté de la réussite du film j’ai pris un réel plaisir durant ces 2 heures du long métrage. L’histoire qui peut paraître simple au premier abord cache véritablement une réflexion sur l’action des hommes et ses conséquences. Le film parvient même à nous donner deux ou trois scènes clairement jouissives. Il réussi un parfait équilibre entre action, narration intelligente et émotions.

Romain

Critique de Green Lantern de Martin Campbell

Comment commencer cette critique…

Généralement je suis assez bon public en ce qui concerne les blockbusters et essaye peut être un peu trop de minimiser les défauts d’un film. Pour celui là ça ne va pas être possible.

Le plus gros défaut de ce film c’est… Le film lui même, sincèrement. Dès le début de la promotion du film on pouvait sentir la catastrophe venir, outre les photos avec le costume d’un vert aveuglant, le premier trailer du film ne donnait vraiment pas envie de s’y intéresser tant ce qu’on nous montrait nous paraissait presque… ridicule. Pourtant tout n’était pas perdu et les 4 minutes d’images du film sorties lors du Wonder Con pouvait nous redonner un peu d’espoir. Ouai, mais non.

Synopsis : Dans un univers aussi vaste que mystérieux, il existe une force de petite taille mais d’une puissance inégalable : la Green Lantern Corp, protecteur de la paix et de la justice. Chaque guerrier, grâce à son anneau magique, est chargé d’établir l’ordre intergalactique. Un nouvel ennemi, Parallax, menace de détruire cet équilibre des forces dans l’univers. Le destin veut alors qu’un humain, récemment recruté dans l’ordre des Green Lantern, soit le seul capable d’affronter ce danger. Grâce aux encouragements de son amour d’enfance, Carol Ferris (joué par Blake Lively), Hal Jordan (Ryan Reynolds), simple pilote d’essai, tente donc de maîtriser ses nouveaux pouvoirs pour être prêt à sauver l’univers.

Le synopsis nous dit «Dans un univers aussi vaste que mystérieux» Ok, déjà là il y a un problème après avoir vu le film. Green Lantern est un des seuls super héros adapté au cinéma dont l’univers s’étend à l’espace et le film aurait pu donner un aspect space opera intéressant. Sauf que ça ne se passe pas comme ça et mis à part l’entraînement d’Hal Jordan sur la planète des Green Lantern l’espace n’est jamais vraiment utilisé. L’action se cantonnant à la Terre.

En soit c’est plus dommage que problématique, mais ça met clairement le doigt sur ce qui ne va pas dans ce film, le vide scénaristique.

Hal Jordan est un des meilleurs pilotes de chasse du pays mais comme tout homme il a ses faiblesses. Faiblesses qu’on apercevra dans des flashbacks passant presque pour des parodies tant on y croit pas une seconde. Voilà pour ce qu’il en est du développement du personnage principal. Pourtant Ryan Reynolds n’est pas catastrophique et joue comme il peut avec ce qu’on lui donne, c’est à dire pas grand chose. Je pense que je vais passer sur les personnages secondaires aussi vides qu’une coquille… vide.

Les Green Lantern, ils sont censés avoir des pouvoirs infinis et pourtant ce qu’invente Hal Jordan ne sont que de simples épées, mitrailleuse, etc… ça ne va pas, c’est simpliste au possible. Si les autres Green Lantern ne sont là que pour faire de la figuration, Sinestro censé être un personnage plutôt complexe est traité par dessus la jambe.

Le fait d’avoir fait un film tout en CGI était une mauvaise idée tant tout semble faux tandis que la 3D n’est, encore une fois, qu’un gadget inutile.

Avec un scénario aussi simpliste que ça et une introduction ratée le film ne semble jamais vraiment démarrer et ne jamais prendre une dimension épique alors qu’il y avait de quoi faire en utilisant, d’une façon plus intelligente, l’espace. C’est simple dès lors que la voix off commence le film on sent qu’il s’adresse à des enfants de cinq ans.

Romain

 

Critique du film Harry Potter et les Reliques de la Mort, partie 2

Ceci n’est pas une critique… Mais une invitation à vous partager mon enthousiasme concernant la dernière partie cinématographique de la saga « Harry Potter ».

Bien que ces derniers mois je ne puisse plus aller aussi souvent au cinéma, et que, à fortiori, je n’écrive plus vraiment pour Filmgeek pour le moment, « Harry » restait pour moi l’exception. Après avoir été convaincue par l’intérêt cinématographique de la première partie du dernier volet, j’avais comme l’obligation de finir ce que j’avais entamé et de proposer mon sentiment sur la fin « ultime » de la saga Harry Potter. Pourtant, c’est un peu en trainant des pieds que je suis allée à la projection vendredi matin, avec un Florian bien trop enthousiaste qui me tirait le bras afin d‘être à l’heure à la projection. Mais voilà, quand on aime quelque chose avec autant d’intensité depuis plus de 10 ans, comment peut-on être aussi impatient de lui dire adieu ? Je redoutais donc ce moment… non pas par peur de voir un mauvais film, mais peur d’être, d’une certaine façon, un peu trop triste à mon goût, pour un « simple » film, adapté d’un « simple » livre.

Cependant voilà, les fans le savent, « Harry Potter », ce n’est vraiment pas quelque chose de simple… Et David Yates a continué, après la première partie,  à en révéler toutes les subtilités, toutes les nuances, du point de vue cinématographique.

Et pour parvenir à cela, il fallait prendre de la distance avec le texte de J.K Rowling et se permettre des libertés nouvelles. Pas pour les besoins de « simplifier » le récit pour en faire un produit cinématographique s’accordant avec les impératifs commerciaux et marketing, mais pour s’approprier pleinement l’univers de la saga littéraire et ainsi réaliser une œuvre à part entière, riche, complexe, fidèle au roman tout en étant unique.

En parvenant à prendre cette « hauteur », David Yates a finalement réussi à imposer le film s’accordant au plus près aux livres, tout en sortant de la simple adaptation (ou plutôt transcription) d’une histoire d’un support à un autre.

Cette proposition purement cinématographique, cette « vision d’auteur » complétant la vision de l’écrivain, avait déjà pointé son nez dans la version de Cuaron (Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban), et dans la première partie de ce 7ème volet. David Yates a pris son temps pour faire émerger son propre regard sur la saga, mais aux vues des deux films finals, on ne peut que s’en féliciter.

Chez Filmgeek, nous avions (pour la plupart) totalement approuvé la première partie des Reliques de la Mort. Pour la première fois, un film de Harry Potter avec été réellement apprécié par quasiment tous, sans réel regret dans les attentes que le livre avait pu susciter, sans débat interminable commençant toujours par « Mais pourquoi… » ou « Et si… ».

Et bien, cette deuxième partie comble encore davantage les attentes des fans mais aussi celles des cinéphiles. Car, comme la première partie, ce film revient au fondement de ce qu’est réellement le spectacle cinématographique depuis sa création par Méliès, de la part de « magie » qui existe dans l’art cinématographique, magie puisée directement dans la fantasmagorie et la féérie littéraires et théâtrales du 19ème siècle, auxquelles répond directement l’œuvre de Yates et Rowling. Il y a ainsi un « pont » entre l’imaginaire collectif populaire d’un siècle, à celui d’un autre siècle, le nôtre, celui des technologies numériques et d’internet, des meutes de fans et de merchandising, mais au souvenir perpétuel d’un 20ème siècle marqué par la tragédie de la 2nde Guerre mondiale, du Nazisme et de la Résistance (comme nous l’avions déjà évoqué dans la critique du précédent film).

Mais voilà que m’emportent les vieux démons de mon doctorat, revenons au film lui-même, et à « pourquoi vous irez le voir dès mercredi prochain au cinéma », dans sa version 2D ou 3D (la 3D est plutôt intelligente, jamais agressive, et compose plutôt dans la profondeur de champ que dans le relief vainement accrocheur : il y a une véritable immersion du spectateur dans l’univers de HP et plus particulièrement dans ce Poudlard au décor chaotique) :

– Tout d’abord le rythme est bien mené, plutôt juste et fidèle au roman (ne vous attendez donc pas à une accumulation de scènes d’actions), avec quelques séquences d’introspection psychologique toutes en retenue, révélant enfin le réel potentiel du jeu d’acteur de Daniel Radcliffe (celui d’Emma Watson ayant explosé dans la première partie).

– Certaines séquences surprennent véritablement, et parviennent à synthétiser en quelques plans toute l’intensité de l’univers de HP : la visite chez Gringotts, la banque des Gobelins (superbes décors et maquillages des acteurs) et la compassion des trois héros –et du public- pour un vieux dragon aussi décharné que dangereux ; la destruction d’un Horcruxe par Ron et Hermione ; le dialogue de Harry avec le spectre de la Dame grise de Serdaigle (jouée par Kelly McDonald) ; le sortilège lancé par le professeur McGonagall (Maggie Smith) pour réveiller des soldats de pierre ; les souvenirs de Rogue/Snape (Alan Rickman, trop peu présent à mon goût, et déception concernant le masque numérique censé le rajeunir…) ; la disparition de certains personnages auxquels on s’était irrémédiablement attachés, bien qu’ils n’ont eu pour beaucoup que des rôles mineurs dans la version cinéma ; la force de certains sorciers et sorcières, comme Molly Weasley (Julie Walters), qui certes révèle la véhémence d’une mère qui protège sa fille Genny (Bonnie Wright), mais qui aussi rappelle que les Weasley ne sont pas que la famille d’adoption d’Harry, un peu déjantée, mais aussi l’une des plus puissantes familles de sorciers qui soit, alors que les trois Malefoy (Tom Feldon en tête –Drago-, avec Jason Isaacs –Lucius- et Helen McCrory –Narcissa-) révèlent une palette d’émotions subtiles qui avait déjà pointée dans le précédent film.

– Mon chouchou, Neville, prend ici toute son ampleur (Ô Joie ! il était temps !). C’est aussi grâce à lui qu’arrive la plupart des (rares) moments d’humour. Un duo comique surprenant Neville / Voldemort (Ralph Fiennes, toujours magistral) voit même le jour, où Neville montre toute son intelligence et sa finesse dans un moment d’assez fortes émotions contradictoires.

–  Les décors et la photographie du film sont toujours autant remarquables (c’est un peu la marque de fabrique de la saga cinématographique, d’un autre côté), avec cette fois-ci un Poudlard en ruine, oscillant entre le film de guerre et le film d’horreur.

– Alexandre Desplat, le compositeur,  parvient enfin à « s’entendre », contrairement au score du dernier opus, plutôt décevant.

Je pourrai encore et encore vanter ce film, mais voilà, il n’y pas de critique ici, simplement ma constatation d’un aboutissement artistique, de la révélation d’un grand cinéaste, que j’ai maintenant hâte de retrouver après les Harry Potter ; et d’une multitude de personnages et de lieux fantastiques qu’il sera bien difficile d’oublier. Donc, pour finir : Evanesco !

Caro

La Traque d’Antoine Blossier : Critique et rencontre avec le réalisateur.

 

Une nuit, plusieurs cerfs se jettent inexplicablement sur la clôture électrique d’une exploitation agricole. Apercevant de profondes traces de morsures sur les cadavres des bêtes, les propriétaires de l’exploitation comprennent qu’un prédateur sévit dans les bois alentours. Décidée à le chasser, la famille d’agriculteurs s’enfonce au coeur de la forêt voisine. Mais petit à petit les chasseurs deviendront proies et les sangliers chasseurs.

Si il y a une chose de certaine c’est que le cinéma de genre n’a pas la côte en France. Du moins le cinéma de genre français. Puisque les films américains d’horreur, de science fiction ou fantastique marchent très bien, eux. Antoine Blossier signe avec La Traque (autrefois «Proie») un film de genre français purement de série B. Il est rare de voir ces films distribués en France, ce qui fait que celui là l’est c’est surtout pour son exposition à l’étranger. Il a d’ailleurs plutôt bien fonctionné aux Etats Unis.

Comme beaucoup de film de genre La Traque n’a pas eu droit à un budget énorme et cela se ressent dans le film, ce que le réalisateur nous confirmera lors de la rencontre à la suite de la projection. Et on sent alors que le scénario a été plusieurs fois retravaillé et possède des lacunes. Antoine Blossier voulait au départ nous faire voir le village dans lequel la famille habite et faire un final dans l’usine familiale mais cela coûtait beaucoup trop cher. Evidemment la psychologie familiale n’est donc pas aussi poussée qu’il le souhaitait mais ce qui est développé dans le film suffit à la comprendre. Si certains films ont besoin d’une longue durée pour suffisamment développer ses personnages, La Traque réussi à nous introduire les enjeux de chacun des personnages en quelques minutes seulement. Les personnages sont clairement et vite définis.

Le problème de cette branche du film, et il pèse assez lourd, se trouve dans jeu des acteurs. Si le casting est plutôt sympathique à la base (Bérénice Béjo, François Levantal, Fred Ulysse, Joseph Malerba et Grégoire Colin) leurs prestations déçoivent. L’autre problème du scénario c’est le coté prévisible de la chose, ce qui est dommage si on compte en plus de cela l’évolution un peu trop rapide et abrupte d’un personnage. Le réalisateur nous expliquera malgré tout par la suite que cette évolution se fait de façon plus subtile, plus lente si on fait bien attention, et en y repensant il n’a pas tort.

Malgré tous ces défauts plus ou moins gros le film possède de bonnes choses et particulièrement la réalisation et les partis pris du réalisateur. Coté réalisation une scène a particulièrement retenue mon attention, la séquence dans la cabane vers la fin du film. Aussi la décision de filmer caméra à l’épaule est une bonne idée pour ce genre de film et aide à l’immersion. Tout comme le parti pris de ne pas montrer les sangliers féroces. De ce fait, de même que les chasseurs, nous ne savons ou et quand les sangliers vont apparaître et attaquer.

Si je dois donner mon avis je n’aime pas beaucoup aimé le film mais j’en garde tout de même du positif, d’autant plus qu’on sent l’envie de bien faire du réalisateur, l’envie de faire une petite série B sans prétention, une certaine fraîcheur apportée dans le cinéma français. Mais ne prenez pas en compte mon avis ! Allez voir le film ! C’est déjà très rare, comme je l’ai dit, qu’un film de ce genre sorte au cinéma en France, cette sortie est donc bienvenue. C’est une sorte de cercle sans fin, si le film ne fonctionne pas moins de budget sera attribué et de ce fait moins de réalisateurs iront au bout de leurs projets et moins de films sortirons. Il faut vraiment encourager ce genre de film. Allez vous faire votre propre avis, le film sort le 13 juillet au cinéma.

 

Rencontre

Après la projection du film nous étions quelques bloggeurs à rencontrer le réalisateur du film Antoine Blossier. Pour cette occasion il nous a donné sa vision de son film et nous a parlé plus généralement du cinéma de genre en France. Il fait partie de la génération des réalisateurs qui lisent tout ce que les blogs écrivent, notamment parce que lui même a commencé à écrire des critiques il y a plus de 10 ans.

 

La Traque

Pour La Traque son plus gros regret fut le manque de moyen. Il a du faire plusieurs versions du script avec notamment une version épique du film, le but était de débrider l’histoire, le problème c’est qu’il ne pouvait pas se permettre toutes les folies. Montrer plusieurs sangliers par exemple, mais parti pris de n’en montrer finalement aucun est intéressant, est-ce que les voir aurait apporter un plus au film ? Pas sûr. Il nous dit par ailleurs avoir eu la meilleur remarque du monde : «C’est comme le bébé de Rose Mary (dans Rosemary’s Baby) on a l’impression de l’avoir vu» mais il n’est pas forcément d’accord avec ça.

Le manque de budget a aussi eu pour effet une coupe importante dans l’histoire. En effet Le film devait commencer et se terminer avec des scènes se déroulant dans l’usine familiale où on voyait les déchets être expulsés dans la forêt. D’ailleurs les problèmes familiaux qui ressortent sont assez élaboré pour que le film marche bien sans les sangliers. Une idées lui était venu un moment, et si lors de la découverte des dépôts les personnages s’entre-tuaient lors de la chasse ?

Finalement le film devait être plus social, avec par exemple des scènes du village vivant grâce à l’usine et donc tout ce qu’impliquerait la fermeture de cette dernière. Mais encore une fois le manque d’argent fait qu’il y avait moins de possibilité de développer ça. 3 minutes de scène dans l’usine équivalait à un jour de tournage supplémentaire, ce qui revenait beaucoup trop cher en terme de matériel mais également de déplacement d’équipe.

Ce qui ressort dans la discussion c’est qu’il regrette surtout le manque de budget dans les détails plus que dans la globalité parce que le film est cohérent et arrive à raconter une histoire. Il aurait voulu 3 ou 4 journées de plus pour pouvoir peaufiner la mise en scène car il n’est pas vraiment satisfait de certains plans.

La première affiche du film qu’il a eu représentait une bute avec un sanglier en haut avec un bas un portable qui sonne. C’était très iconographique, mais ils ont finalement opté pour une affiche plus simple.

«Le but était d’avoir des tronches»

Concernant le casting du film Antoine Blossier nous dit que les deux actrices du film, Bérénice Béjo et Isabelle Renauld ont très vite aimé le projet. Pour Joseph Malerba il a vu quelques vidéos des casting d’Olivier Marshall parce qu’il voulait un acteur avec une «gueule». François Levantal était lui aussi très intéressé par le scénario et voulais que son personnage ne soit pas agressif mais plutôt un gros lâche. Et finalement pour le patriarche Fred Ulysse a été conseillé par le producteur.

 

Ses Projets

Lors de cette discussion a été évoquer une possible carrière à l’internationale, il y a des sirènes qui commencent à venir des Etats Unis. Bien sûr il rêve d’aller aux Etats Unis voyant la réussite d’Alexandre Aja et sachant que les films de genres sont très prisés aux USA. mais il préfère prendre son temps. Il se sent prêt à réalisé un film à plusieurs millions de dollars mais rien ne dit qu’il le soit vraiment. Il travaille actuellement sur un thriller et essaye de créer une efficacité de narration, en essayant de faire en sorte de rien pouvoir changer dans le scénario.

Il a également pour projet de réaliser une comédie à la sauce Jude Apatow dont il est fan. Sauf que Jude Apatow ça ne marche pas en France, pas assez connu et surtout ça ne parle pas à beaucoup de monde. Une comédie française se rapprocherait de cet univers c’est Les Beaux Gosses mais on est tout de même loin des comédies de l’américain. Mais c’est un projet vraiment intéressant qui, on l’espère, ira au bout et redonnera un coup de fouet aux comédies en France.

 

Le film de genre en France

Le réalisateur est revenu un peu sur le film genre en France, qui a déjà eu sa chance avec Les Rivières Pourpres et Le Pacte des Loups qui furent de véritables succès à l’époque, et qui du coup a précipité une vague de film du même style au cinéma, comme Belphegor qui n’ont pas du tout marché et ont fait replonger les films de genre aux oubliettes. Le fait est, comme nous l’a fait remarquer Antoine Blossier, qu’il ne faut pas stigmatiser le film de genre et se concentrer sur l’histoire. Ne pas cloisonner les choses. Il y a aussi un problème avec internet et les bloggeurs. Selon lui, Internet demande une auto rigueur, il n’y a pas de rédacteurs en chef dans les blogs, de ce fait ils écrivent ce qu’ils veulent et critiquent sans vraiment de sens critique. Il y a une décomplexion problématique qui ne fait pas la part entre un film fragile et un film solide (exemple Harry Potter). Une critique négative pour Harry Potter ne changera pas les choses, le films sera une réussite au box office. C’est différent pour un film «fragile» comme La Traque qui, si il se fait démonter gratuitement, pourrait voir ses entrées diminuer assez rapidement.

 

Pour terminer ce fut une rencontre très enrichissante, discuter du film avec son réalisateur, qu’il nous donne sa vision des choses permet de prendre un peu de recul sur le film et voir des trucs qu’on avait pas forcément vu ou compris. Merci à Antoine Blossier et Cinefriends.

Romain