La Traque d’Antoine Blossier : Critique et rencontre avec le réalisateur.

 

Une nuit, plusieurs cerfs se jettent inexplicablement sur la clôture électrique d’une exploitation agricole. Apercevant de profondes traces de morsures sur les cadavres des bêtes, les propriétaires de l’exploitation comprennent qu’un prédateur sévit dans les bois alentours. Décidée à le chasser, la famille d’agriculteurs s’enfonce au coeur de la forêt voisine. Mais petit à petit les chasseurs deviendront proies et les sangliers chasseurs.

Si il y a une chose de certaine c’est que le cinéma de genre n’a pas la côte en France. Du moins le cinéma de genre français. Puisque les films américains d’horreur, de science fiction ou fantastique marchent très bien, eux. Antoine Blossier signe avec La Traque (autrefois «Proie») un film de genre français purement de série B. Il est rare de voir ces films distribués en France, ce qui fait que celui là l’est c’est surtout pour son exposition à l’étranger. Il a d’ailleurs plutôt bien fonctionné aux Etats Unis.

Comme beaucoup de film de genre La Traque n’a pas eu droit à un budget énorme et cela se ressent dans le film, ce que le réalisateur nous confirmera lors de la rencontre à la suite de la projection. Et on sent alors que le scénario a été plusieurs fois retravaillé et possède des lacunes. Antoine Blossier voulait au départ nous faire voir le village dans lequel la famille habite et faire un final dans l’usine familiale mais cela coûtait beaucoup trop cher. Evidemment la psychologie familiale n’est donc pas aussi poussée qu’il le souhaitait mais ce qui est développé dans le film suffit à la comprendre. Si certains films ont besoin d’une longue durée pour suffisamment développer ses personnages, La Traque réussi à nous introduire les enjeux de chacun des personnages en quelques minutes seulement. Les personnages sont clairement et vite définis.

Le problème de cette branche du film, et il pèse assez lourd, se trouve dans jeu des acteurs. Si le casting est plutôt sympathique à la base (Bérénice Béjo, François Levantal, Fred Ulysse, Joseph Malerba et Grégoire Colin) leurs prestations déçoivent. L’autre problème du scénario c’est le coté prévisible de la chose, ce qui est dommage si on compte en plus de cela l’évolution un peu trop rapide et abrupte d’un personnage. Le réalisateur nous expliquera malgré tout par la suite que cette évolution se fait de façon plus subtile, plus lente si on fait bien attention, et en y repensant il n’a pas tort.

Malgré tous ces défauts plus ou moins gros le film possède de bonnes choses et particulièrement la réalisation et les partis pris du réalisateur. Coté réalisation une scène a particulièrement retenue mon attention, la séquence dans la cabane vers la fin du film. Aussi la décision de filmer caméra à l’épaule est une bonne idée pour ce genre de film et aide à l’immersion. Tout comme le parti pris de ne pas montrer les sangliers féroces. De ce fait, de même que les chasseurs, nous ne savons ou et quand les sangliers vont apparaître et attaquer.

Si je dois donner mon avis je n’aime pas beaucoup aimé le film mais j’en garde tout de même du positif, d’autant plus qu’on sent l’envie de bien faire du réalisateur, l’envie de faire une petite série B sans prétention, une certaine fraîcheur apportée dans le cinéma français. Mais ne prenez pas en compte mon avis ! Allez voir le film ! C’est déjà très rare, comme je l’ai dit, qu’un film de ce genre sorte au cinéma en France, cette sortie est donc bienvenue. C’est une sorte de cercle sans fin, si le film ne fonctionne pas moins de budget sera attribué et de ce fait moins de réalisateurs iront au bout de leurs projets et moins de films sortirons. Il faut vraiment encourager ce genre de film. Allez vous faire votre propre avis, le film sort le 13 juillet au cinéma.

 

Rencontre

Après la projection du film nous étions quelques bloggeurs à rencontrer le réalisateur du film Antoine Blossier. Pour cette occasion il nous a donné sa vision de son film et nous a parlé plus généralement du cinéma de genre en France. Il fait partie de la génération des réalisateurs qui lisent tout ce que les blogs écrivent, notamment parce que lui même a commencé à écrire des critiques il y a plus de 10 ans.

 

La Traque

Pour La Traque son plus gros regret fut le manque de moyen. Il a du faire plusieurs versions du script avec notamment une version épique du film, le but était de débrider l’histoire, le problème c’est qu’il ne pouvait pas se permettre toutes les folies. Montrer plusieurs sangliers par exemple, mais parti pris de n’en montrer finalement aucun est intéressant, est-ce que les voir aurait apporter un plus au film ? Pas sûr. Il nous dit par ailleurs avoir eu la meilleur remarque du monde : «C’est comme le bébé de Rose Mary (dans Rosemary’s Baby) on a l’impression de l’avoir vu» mais il n’est pas forcément d’accord avec ça.

Le manque de budget a aussi eu pour effet une coupe importante dans l’histoire. En effet Le film devait commencer et se terminer avec des scènes se déroulant dans l’usine familiale où on voyait les déchets être expulsés dans la forêt. D’ailleurs les problèmes familiaux qui ressortent sont assez élaboré pour que le film marche bien sans les sangliers. Une idées lui était venu un moment, et si lors de la découverte des dépôts les personnages s’entre-tuaient lors de la chasse ?

Finalement le film devait être plus social, avec par exemple des scènes du village vivant grâce à l’usine et donc tout ce qu’impliquerait la fermeture de cette dernière. Mais encore une fois le manque d’argent fait qu’il y avait moins de possibilité de développer ça. 3 minutes de scène dans l’usine équivalait à un jour de tournage supplémentaire, ce qui revenait beaucoup trop cher en terme de matériel mais également de déplacement d’équipe.

Ce qui ressort dans la discussion c’est qu’il regrette surtout le manque de budget dans les détails plus que dans la globalité parce que le film est cohérent et arrive à raconter une histoire. Il aurait voulu 3 ou 4 journées de plus pour pouvoir peaufiner la mise en scène car il n’est pas vraiment satisfait de certains plans.

La première affiche du film qu’il a eu représentait une bute avec un sanglier en haut avec un bas un portable qui sonne. C’était très iconographique, mais ils ont finalement opté pour une affiche plus simple.

«Le but était d’avoir des tronches»

Concernant le casting du film Antoine Blossier nous dit que les deux actrices du film, Bérénice Béjo et Isabelle Renauld ont très vite aimé le projet. Pour Joseph Malerba il a vu quelques vidéos des casting d’Olivier Marshall parce qu’il voulait un acteur avec une «gueule». François Levantal était lui aussi très intéressé par le scénario et voulais que son personnage ne soit pas agressif mais plutôt un gros lâche. Et finalement pour le patriarche Fred Ulysse a été conseillé par le producteur.

 

Ses Projets

Lors de cette discussion a été évoquer une possible carrière à l’internationale, il y a des sirènes qui commencent à venir des Etats Unis. Bien sûr il rêve d’aller aux Etats Unis voyant la réussite d’Alexandre Aja et sachant que les films de genres sont très prisés aux USA. mais il préfère prendre son temps. Il se sent prêt à réalisé un film à plusieurs millions de dollars mais rien ne dit qu’il le soit vraiment. Il travaille actuellement sur un thriller et essaye de créer une efficacité de narration, en essayant de faire en sorte de rien pouvoir changer dans le scénario.

Il a également pour projet de réaliser une comédie à la sauce Jude Apatow dont il est fan. Sauf que Jude Apatow ça ne marche pas en France, pas assez connu et surtout ça ne parle pas à beaucoup de monde. Une comédie française se rapprocherait de cet univers c’est Les Beaux Gosses mais on est tout de même loin des comédies de l’américain. Mais c’est un projet vraiment intéressant qui, on l’espère, ira au bout et redonnera un coup de fouet aux comédies en France.

 

Le film de genre en France

Le réalisateur est revenu un peu sur le film genre en France, qui a déjà eu sa chance avec Les Rivières Pourpres et Le Pacte des Loups qui furent de véritables succès à l’époque, et qui du coup a précipité une vague de film du même style au cinéma, comme Belphegor qui n’ont pas du tout marché et ont fait replonger les films de genre aux oubliettes. Le fait est, comme nous l’a fait remarquer Antoine Blossier, qu’il ne faut pas stigmatiser le film de genre et se concentrer sur l’histoire. Ne pas cloisonner les choses. Il y a aussi un problème avec internet et les bloggeurs. Selon lui, Internet demande une auto rigueur, il n’y a pas de rédacteurs en chef dans les blogs, de ce fait ils écrivent ce qu’ils veulent et critiquent sans vraiment de sens critique. Il y a une décomplexion problématique qui ne fait pas la part entre un film fragile et un film solide (exemple Harry Potter). Une critique négative pour Harry Potter ne changera pas les choses, le films sera une réussite au box office. C’est différent pour un film «fragile» comme La Traque qui, si il se fait démonter gratuitement, pourrait voir ses entrées diminuer assez rapidement.

 

Pour terminer ce fut une rencontre très enrichissante, discuter du film avec son réalisateur, qu’il nous donne sa vision des choses permet de prendre un peu de recul sur le film et voir des trucs qu’on avait pas forcément vu ou compris. Merci à Antoine Blossier et Cinefriends.

Romain