Critique du film Bullhead


Ce mercredi sort mon coup de coeur du Festival De Cinéma Européen des Arcs : BULLHEAD.

Jacky Vanmarsenille est éleveur. C’est un être renfermé, imprévisible et parfois violent… Au côté d’un vétérinaire sans scrupule, il s’est forgé une belle place dans le milieu du trafic d’hormones. Mais l’assassinat d’un policier fédéral et sa rencontre avec un ancien ami d’enfance, qui partage avec lui un tragique secret, bouleverse le marché que Jacky doit conclure avec le plus puissant des trafiquants de Flandre…

Tout commence ici comme un polar classique, avec ces archétypes transposés dans la Flandre mais tout bascule au milieu du film lors d’une des scènes les plus dures que j’ai pu voir au cinéma, qui bouleverse à la fois le spectateur et le film. Notre point de vue change tandis que le film devient un drame violent sans perdre de vue le suspense inhérent au polar. Un tel mélange de genre au milieu de l’élevage de bovin, ça pouvait paraître casse-gueule sur le papier mais Michaël R. Roskam, le réalisateur, est très très doué et y mêle en plus une superbe histoire d’amitié, d’amour, de dépendance, mais aussi une fable où les hommes sont des animaux violents.

Depuis quelques années, une tendance se dessine au dessus de la masse d’acteurs androgynes mannequins belles-gueules : la virilité. Entre le James Bond de Daniel Craig ou l’émergence de Tom Hardy, les muscles sont de retour mais sans oublier la sensibilité et la finesse de jeu. Bullhead fait exploser ici un nouvel ambassadeur de cette caste supérieure : Matthias Schoenaerts.

Si jamais l’Oscar n’était pas promis à Une Séparation, Bullhead le mériterait amplement, comme celui Matthias pour celui du Meilleur Acteur d’ailleurs, tant sa performance redonne un vrai sens à cette expression galvaudée.

Il envahit l’écran, gonflé aux hormones, véritable bombe de frustration prête à exploser à tout moment. Je pense qu’en tant que garçon, on s’identifie encore plus au personnage et je me suis surpris à réagir viscéralement au film comme rarement. Les muscles figés, les poings qui me démangeaient, j’avais envie de frapper pour me/le soulager.

Pas étonnant d’ailleurs que Matthias tourne en ce moment pour Audiard car Bullhead y tend souvent (c’est un compliment) tout en gardant son propre caractère, unique, belge, dépaysant.

Enfin, on peut regretter le burlesque des deux garagistes francophones ou le jeu de Jeanne Dandoy qui contraste respectivement avec la noirceur du film et la dureté du personnage principal mais ils permettent aussi de respirer un peu et relâcher la tension.

Je pourrais encore écrire pendant des heures sur ce film, son ambiance, sa musique, sa force, mais il faut le vivre en salle, sur grand écran, se retrouver nez à nez avec Jacky Vanmarsenille pour ressentir ce coup de coeur mais surtout ce coup de boule !

Critique du film Gypsy (Cigán)

Après Une Vie Meilleure (dont je ne ferais pas la critique ici car j’ai travaillé dessus), mon second film du Festival de Cinéma Européen des Arcs 2011 est donc Gypsy, film slovaque de Martin Sulik.

Adam, un jeune tzigane de 14 ans partage ses journées dans son petit village tzigane entre la boxe et son ami Julka. Mais après la mort violente de son père dans un mystérieux accident, son monde s’écroule et le nouveau mari de sa mère le contraint à des activités criminelles. Il est arrêté par la police lors d’un des nombreux coups fourrés de son beau-père et réalise alors qu’il est temps pour lui de prendre une décision avant de sombrer définitivement dans le grand banditisme.

Tourné en Roumanie dans un village tzigane avec des acteurs non-professionnels à l’exception de deux rôles secondaires d’adulte, Gypsy est une véritable immersion dans la communauté tzigane par l’intermédiaire du jeune héros qui passera non sans difficulté dans l’âge adulte.

Le réalisateur s’attaque ici à beaucoup de sujets très durs : le racisme, la pauvreté, l’adolescence, la violence, le tout dans un décors glacial et délabré, mais parvient à alleger le tout avec quelques petites touches fantastiques ou burlesques dont je vous laisse la surprise.

Cette plongée brute et réaliste peut paraître austère, mais la chaleure des acteurs et l’intensité de ce « Hamlet chez les tziganes » mérite vraiment le coup d’oeil et de passer au delà certain petits défauts comme la musique par exemple.

C’est donc une excellente surprise venue de l’école de l’est et j’espère qu’MK2 lui accordera la sortie qu’il mérite et que vous aurez l’occasion de découvrir cette culture méconnue et pourtant très proche géographiquement.