Séance de rattrapage: Hell Driver (Nick Cage)

Le cas de Nicolas Cage est intéressant. Après avoir passé ses jeunes années dans le cinéma indépendant et les pelloches de genres peu recommandables, il devint une superstar grâce à un deal de 5 films avec Jerry Bruckheimer au milieu des années 90. Le flair alors infaillible du producteur ambitieux réunit avec succès Michael Bay et Nick dans un des meilleurs films d’action post-Die Hard/l’Arme Fatale: The Rock. Le succès se poursuivit avec Les Ailes de l’Enfer et 60 Secondes Chrono. Parallèlement, il participera à la bonne entrée de John Woo dans le cinéma américain grâce à sa prestation exceptionnelle dans Volte/Face. Jusqu’au début des années 2000, Cage est donc bankable et un action-man inespéré. Il n’en oublie pas le cinéma de genre avec 8mm ou l’excellent Snake Eyes et joue même pour Scorcese. C’est à ce moment là que les choses se gâtent avec les plantages de Capitaine Corelli ou Windtalkers (auto-parodie involontaire de John Woo qui sera tout aussi ridicule que financièrement désastreuse). Cette crise de rentabilité est en partie contrebalancée par de belles performances dans un cinéma plus indépendant (chez Jonze ou Scott), où son jeu s’exprime à merveille.

C’est encore de Bruckheimer que viendra le salut avec Benjamin Gates, rôle d’aventurier qui lui va à merveille et qui marque son retour à la grosse rentabilité. Depuis 2004, Cage alterne les succès et les fours (le lamentable Next et le sous-estimé Bangkok Dangerous), tourne au moins 2 films par an et a une coupe de cheveux toujours discutable. Son goût pour le cinéma bis et la diminution de son cachet l’orientent cependant vers un côté qu’il avait peu développé: la série B sans prétention, parfois excellente (Kick Ass), parfois tenant plus du plaisir coupable.

Depuis le début d’année, Nico a été à l’affice de deux films à moyen budget, très moyen même: Le Dernier des Templiers et Hell Driver (on y arrive enfin). Pour le premier, 40 millions de dollars dans les caisses (dont 7 et quelques dans sa poche), une ambition au-delà des moyens, mais un réalisme dans la mise en scène, qui permet d’optimiser la thune en quelque sorte. Pas déplaisant, le film fantastique doit beaucoup à la présence impeccable du Sieur Cage, bien appuyé par un Ron Perlman toujours adéquat dans ce genre de cinéma. Après, avec 40 millions on ne fait pas de miracles et les VFX finaux sont ridicules.

Hell Driver (Drive Angry en VO) et pour sa part une sorte de vigilante mélangeant allègrement du Ghost Rider et du Death Proof. Réalisée Patrick Lussier (l’auteur du mauvais Meurtres à la Saint Valentin 3D et d’une tripotée de DTV minables), le film est assumé comme un série B tirant vers le Z, gore et pleine d’humour simplet. Lussier a la même approche qu’Aja dans son Piranha 3D: des effets visuels pour la plupart ratés contrebalancés par un scénario simplifié à l’extrême (beuf) et une série de scènes cultes. Point d’ambition artistique, point de prétention d’aucune sorte, Hell Driver se veut l’anti Ghost Rider par excellence: on s’y amuse. Avec une telle approche, le spectateur est donc disposé à tolérer une 3D qui devait déjà être dégueu en salles, mais qui se révèle vraiment affreuse en bluray 2D, à tolérer aussi tous les stéréotypes de mise en scène que l’on avait déjà subi dans le précédent métrage de Lussier ou dans Destination Finale 4 (objets variés en CGI foirés fonçant vers le spectateur). On ne peut qu’applaudir des acteurs un peu en roule libre mais dont le cabotinage sert le film à merveille. Cage et Fichtner sont parfaits, Amber Heard délivrant quand à elle une partition mémorable.

Echappé de l’enfer en bagnole, Cage veut récupérer sa petite-fille, tombée aux mains d’un taré sataniste. Amber l’aide contre sa volonté (du moins au début) alors que Fichtner le poursuit pour le ramener chez Satan (l’habite). Les bagnoles, si possible américaines cultes, sont partie prenante du film. Lussier n’est cependant pas Tarantino, son film n’a jamais l’essence de Death Proof. Néanmoins, certaines poursuites bien troussées et quelques plans couillus sauvent plutôt bien la mise. Autre acteur moins évident, l’Amérique profonde. Avec une galerie de personnages secondaires tout aussi abrutis que jouissifs, Hell Driver fait mouche avec presque autant d’efficacité que dans les films de Rob Zombie. Leur destin varié mais généralement funeste est un plaisir à découvrir.

 

Hell Driver est un film pour cinéphiles. Qu’on ne s’y trompe pas, le cinéphile concerné fait partie de cette minorité qui rit grassement devant The Devil’s Rejects, Halloween 2 (2009), Piranha 3D ou encore la duologie Hostel.
Toi, lecteur de Filmgeek qui aime les films assumés, qui aime le rock (la bande son est plutôt bien vue), les rednecks, les vieilles Charger SS, les coups de pioche dans la caboche, les scènes cultes (Nick s’activant au lit avec son cuir, ses lunettes de soleil, son cigare et sa bouteille de Jack), les référence au cinéma bis, tu devrais t’amuser.

Hell Driver n’est pas un grand film, ce n’est même pas un vrai bon film; mais il a pour lui un manque de sérieux, une pêche d’enfer et une interprétation de tout premier ordre.

Armand

Blogs Cinéma : le Best Of de la semaine S03E34

best of blog cinema

Cette semaine a encore été très riche : « petite » visite du tournage de Largo Winch 2 lundi, live-tweet de Camping 2 mercredi, séance de groupe d’Iron Man 2 jeudi, plus 4 autres films… ça tourne bien en ce moment 🙂

La Physique Hollywoodienne : Collision Impossible

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La Physique Hollywoodienne, épisode 2/10 : Collision Impossible

Dans une scène capitale du second épisode de la série Mission : Impossible de John Woo, Tom Cruise et le méchant Dougray Scott ont un face à face sur leurs puissantes motos, qui se termine par une collision en plein air après que chacun ait pu à peu près s’extirper de sa moto. Ni l’un ni l’autre ne semblaient particulièrement choqués, car l’on voit ensuite les deux fanfarons continuer à se débattre au sol, indemnes, l’air de rien, jusqu’à la fin du film.

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En supposant une vitesse de 80 km/h, un temps de collision de 0,015s et des masses de 80 et 90 kg, respectivement pour Cruise et Scott, la force générée par un tel impact serait de l’ordre impressionnant de 124000 newtons, force exercée sur les moitiés supérieures des corps des protagonistes. En estimant que la zone d’impact soir de l’ordre de 0,35m², on peut calculer la pression exercée sur leurs corps au point d’impact: 350000 N/m²(*).

 

En des termes de la vie réelle (quoi, vous ne savez pas ce que représente le newton ?) : dans des études d’accidents, une pression de cet ordre sur un corps humain lui laisse 50% de chance de s’en sortir, avec au minimum d’importants traumas internes.

Cruise et Scott n’ont donc pas seulement survécu à l’impact initial, mais ils n’ont pas eu un seul os brisé ou même atteint par le choc !

Dans la réalité, Tom aurait donc eut besoin de beaucoup plus que la médecine scientologique pour s’en sortir, sans compter les risques énormes de percuter une colombe en plein vol dans un film de Woo, heureusement qu’il s’est fait doubler !

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(*): P = F / A
F: force, en Newton N
A: aire, en m²
P: pression, en N/m²

-> P = 124000/0.35 = 350000 N/m²

Episode précédent :
La Physique Hollywoodienne : Le Son dans l’Espace
Source