Critique de Watchmen Les Gardiens

critique du film watchmen les gardiens

Préambule :

Grâce au Club 300 d’Allociné, que je remercie au passage, nous avons pu assister hier soir à la première projection publique (hors projection de presse)  de Watchmen – Les Gardiens.

L’Idée Générale :

Aventure à la fois complexe et mystérieuse sur plusieurs niveaux, Watchmen – Les Gardiens – se passe dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq.

Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre-eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure lié à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur.

Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?

Le Bon :

Fans du roman graphique, amateurs de super-héros, férus de SF (particulièrement d’uchronie) nous attendions ce film depuis des années et après moultes rebondissements le voici enfin sur nos écrans, c’est par conséquent peu dire que les espérances étaient hautes !

La pression et l’ampleur de la tache furent donc, sans doute, énormes pour le réalisateur Zack Snyder et ce dernier opta très vite pour l’option « SuperFidélité ». Le film reprend donc quasi-exactement case par case la bande-dessinée, ne se permettant que quelques incartades pour mieux servir le déroulement du récit.

Le scénario perd bien-sûr en richesse, en détails et c’est bien normal vu la masse d’informations accumulées par Alan Moore et Dave Gibbons, mais ce léger resserrement était nécessaire au passage sur grand écran et ne nuit en rien au fond du sujet et aux différentes problèmatiques abordées dans le roman graphique (historiques, philosophiques, sociologiques ou super-héroïques).

Pour ce qui est de la réalisation, on pouvait s’attendre au pire mais Zack Snyder applique son style avec maîtrise, nous offrant bien-sûr son lot de ralentis mais sans en abuser. Ses habituels effets de styles sont ici au service du film et il en sort une fluidité qui frôle parfois la virtuosité et pas seulement dans les scènes d’action.

L’ambiance, les costumes, les décors, la BO tout est parfait, reconstitué jusque dans les moindres détails, cela relève presque du fétichisme : on sent l’amour fidéle du matériau original à chaque plan. Zack Snyder se permettant même d’ajouter quelques élements par touches subtiles pour toujours enrichir le cadre et tenter de palier à la disparition nécessaire d’éléments d’informations du livre, ce qui sera agréable lors des nombreuses re-visions du film.

Les effets-spéciaux non plus ne sont pas en reste entre Rorschach et le  Dr Manhattan, ils sont parfaitement intégrés et la décision de tourner en majorité dans des décors rééls plutôt que d’opter pour le tout virtuel comme pour 300 renforce la crédibilité de la reconstitution : l’univers est tangible, on y croit.

Enfin, le choix du casting est lui aussi audacieux et judicieux, l’absence d’acteurs de la A-List permet d’éviter le parasitage avec les personnages qui sont le coeur de l’histoire.

Le Moins Bon :

J’aurai aimé adoré le film et n’y trouver aucun défaut mais ce n’est pas le film parfait loin s’en faut.

Bizarrement en ne conservant que le nécessaire à la bonne compréhension de l’intrigue et au développement des personnages, le film perd en rythme et paraît lent. On sent que cette durée n’est pas adaptée et cela nous fait d’autant plus attendre la version longue comme pour la trilogie du Seigneur des Anneaux en son temps.

De plus, certains membres du casting sont un peu juste, là où Jackie Earle Haley (Rorschach), Jeffrey Dean Morgan (Le Comédien), Patrick Wilson (Le Hibou) ou même l’impassible et subtile Billy Crudup (Dr Manhattan) s’en tirent plutôt bien, Malin Akerman (le second Spectre Soyeux) et surtout Matthew Goode (Ozymandias) sont à la peine et montrent vite leurs limites.

Je vous passe le paragraphe sur l’adaptation impossible blah-blah… Car sincèrement, le boulot abattu est monstrueux et le résultat est juste énorme.

Le Bilan :

Véritable oeuvre de fans, le film n’est pas à proprement parler une adaptation cinématographique mais plus une transposition quasi plan par plan du roman graphique.

Maintenant on peut se poser la question du choix artistique de la fidèlité extrémiste : sachant que le roman graphique était si riche et n’aurait-il pas fallu le faire en plusieurs films ou même le ressortir sous forme de mini-série de luxe ou bien alors carrèment proposer une véritable nouvelle vision de ce mythe de la BD ?

Bref, malgré ça Zack Snyder arrive à poser sa patte, son style formel s’accorde très bien au fond et il réalise là un film majeur et incontournable qui comme toutes les grandes oeuvres divisera les opinions encore des années après sa sortie.

Il mérite donc le Label Filmgeek car les fans y trouveront leur compte, les hardcores chipoteront tandis que les néophytes seront certainement un peu largués mais pourront se rattraper en se ruant sur les nombreuses rééditions dans leur librairie en sortant de la salle.