Raoul au Festival de Cannes 2012 – Day 1

Raoul est une nouvelle fois notre super envoyé spécial pour le Festival de Cannes, vous pouvez suivre ses aventures en direct ici : http://www.twitter.com/Filmgeek_fr et ses comptes-rendus sur Filmgeek.

Première journée bouclée avec des bons films et une excellente soirée d’ouverture à la villa Inrocks avec des concerts de Beth Ditto (Gossip) et le Dj crew C2C. Je pense que je vais revenir quelques fois dans ce super lieu…


The We and the I – Michel Gondry – Quinzaine des réalisateurs
Nouveau film de Michel Gondry avant de s’attaquer à « L’écume des jours ». Des jeunes lycéens du Bronx prennent le bus pour rentrer chez eux. Les relations de drague, de bizutage, d’amitié ponctuent le trajet et Gondry pose un regard tendre et amusé sur ces jeunes. Par moment, on retrouve l’inventivité du réalisateur et le film dresse un portrait sociologique de la jeunesse avec beaucoup de justesse. Un petit film bien sympa !


De rouille et d’os – Sélection officielle (compétition)
Le dernier Audiard ne déçoit pas même si ce n’est pas non plus une grosse claque. Il maîtrise la mise en scène comme personne mais prend parfois des raccourcis un peu faciles. Le film narre la rencontre entre une brute un peu paumé et une femme qui vient de se faire amputer des jambes, avec en toile de fond la crise sociale. D’ailleurs le duo Matthias Schoenaerts – Marion Cotillard fonctionne super bien.
Le film ne tombe jamais dans le pathos ou le mélo et c’est ça qui fait sa force.


Le jour des corneilles – Marché du film
Film d’animation français destiné au jeune public. Un père et son fils vivent reclus dans une forêt, mais in accident va les onliger à rejoindre la civilisation. C’est plutôt joli, l’animation traditionnelle est assez réussie mais les personnages sont trop caricaturaux. Bien mais sans plus.


Les mouvements du bassin – Marché du film
Nouveau film de l’ex-hardeur HPG, reconverti en réalisateur. Une distribution étonnante avec Éric Cantona, Rachida Brakni, Joana Preis et Jérôme Le Banner. Quelques bonnes idées marrantes mais beaucoup d’autres qui tombent à plat. Le film ne tient pas la longueur et on se fait chier !

Raoul

Critique du film Bullhead


Ce mercredi sort mon coup de coeur du Festival De Cinéma Européen des Arcs : BULLHEAD.

Jacky Vanmarsenille est éleveur. C’est un être renfermé, imprévisible et parfois violent… Au côté d’un vétérinaire sans scrupule, il s’est forgé une belle place dans le milieu du trafic d’hormones. Mais l’assassinat d’un policier fédéral et sa rencontre avec un ancien ami d’enfance, qui partage avec lui un tragique secret, bouleverse le marché que Jacky doit conclure avec le plus puissant des trafiquants de Flandre…

Tout commence ici comme un polar classique, avec ces archétypes transposés dans la Flandre mais tout bascule au milieu du film lors d’une des scènes les plus dures que j’ai pu voir au cinéma, qui bouleverse à la fois le spectateur et le film. Notre point de vue change tandis que le film devient un drame violent sans perdre de vue le suspense inhérent au polar. Un tel mélange de genre au milieu de l’élevage de bovin, ça pouvait paraître casse-gueule sur le papier mais Michaël R. Roskam, le réalisateur, est très très doué et y mêle en plus une superbe histoire d’amitié, d’amour, de dépendance, mais aussi une fable où les hommes sont des animaux violents.

Depuis quelques années, une tendance se dessine au dessus de la masse d’acteurs androgynes mannequins belles-gueules : la virilité. Entre le James Bond de Daniel Craig ou l’émergence de Tom Hardy, les muscles sont de retour mais sans oublier la sensibilité et la finesse de jeu. Bullhead fait exploser ici un nouvel ambassadeur de cette caste supérieure : Matthias Schoenaerts.

Si jamais l’Oscar n’était pas promis à Une Séparation, Bullhead le mériterait amplement, comme celui Matthias pour celui du Meilleur Acteur d’ailleurs, tant sa performance redonne un vrai sens à cette expression galvaudée.

Il envahit l’écran, gonflé aux hormones, véritable bombe de frustration prête à exploser à tout moment. Je pense qu’en tant que garçon, on s’identifie encore plus au personnage et je me suis surpris à réagir viscéralement au film comme rarement. Les muscles figés, les poings qui me démangeaient, j’avais envie de frapper pour me/le soulager.

Pas étonnant d’ailleurs que Matthias tourne en ce moment pour Audiard car Bullhead y tend souvent (c’est un compliment) tout en gardant son propre caractère, unique, belge, dépaysant.

Enfin, on peut regretter le burlesque des deux garagistes francophones ou le jeu de Jeanne Dandoy qui contraste respectivement avec la noirceur du film et la dureté du personnage principal mais ils permettent aussi de respirer un peu et relâcher la tension.

Je pourrais encore écrire pendant des heures sur ce film, son ambiance, sa musique, sa force, mais il faut le vivre en salle, sur grand écran, se retrouver nez à nez avec Jacky Vanmarsenille pour ressentir ce coup de coeur mais surtout ce coup de boule !