Critique de Max et les Maximonstres

max et les maximonstres

Un nouveau film de Spike Jonze est toujours un événement. Brillant réalisateur dont le talent « clippesque » n’a jamais eu à être remis en doute, cinématographiquement parlant, Spike Jonze prend son temps : c’est son troisième long-métrage, 10 ans après le très culte « Being John Malkovich » (oui… je sais… le coup de vieux que l’on prend d’un coup) et 6 ans après le trop méconnu Adaptation.
Being John Malkovich et Adaptation doivent être vu comme une continuité (Adaptation étant une sorte de mise en abime du travail scénaristique de Charlie Kaufman après le tournage de Being John Malkovich). Avec l’absence de Charlie Kaufman dans ce projet : Max et le Maximonstres propose un univers nouveau chez le cinéaste, loin des névroses sur l’identité et la condition humaine des artistes (et de la place de l’homme dans une société féminisée).

En décidant d’adapter il y a 5 ans l’œuvre littéraire enfantine de l’américain Maurice Sendak « Where The Wild Things Are », Spike Jonze révélait un changement de cap majeur dans son univers cinématographique. Les premières bandes-annonces et surtout les affiches étaient particulièrement prometteuses d’une richesse visuelle et émotionnelle. Ne connaissant pas le livre avant de voir le film, je n’étais pas dans une attente de la restitution de l’œuvre originale : je voulais surtout que monsieur Jonze me fasse rêver avec ses Maximonstres.

De ce fait, le film combla entièrement mes attentes : commençant avec des séquences particulièrement violentes mais paradoxalement jouissives sur les jeux d’enfants (Max poursuivant – harcelant – son chien, déguisé en loup, et une scène de bataille de boules de neige), Spike Jonze met le ton : ce n’est pas un film pour les enfants. Il propose un film sur l’imaginaire d’un petit garçon, sur son désir violent de s’échapper de ce monde réel et tellement « adulte » qu’il ne comprend pas. Quel sens a véritablement la vie si on ne s’y amuse pas ?

De cette magie de l’enfance apparaissent les Maximonstres, des grosses bêtes monstrueuses à la bonté généreuse que Max tente de « soumettre » à ses désirs en devenant leur Roi. Ce que Max veut, c’est simplement s’amuser avec eux, courir dans les bois, dormir « empilés » et construire une cabane gigantesque. Bien entendu la chose se révèlera plus compliquée et Max devra changer son comportement. Car comme dans pratiquement toutes les histoires « initiatiques » contées depuis la nuit des temps, Max et les Maximonstres a pour thème la transformation, la métamorphose.

Le film le représente en douceur, alternant de magnifiques scènes poétiques et contemplatives sur les paysages et les créatures fantastiques des Maximonstres (surtout la tendre KW), les scènes de colère et de frustration de Max et de son alter ego « monstrueux » Carol et les jeux spectaculaires organisés entre Max et ses nouveaux amis (notamment l’exceptionnelle bataille de boules de terre qui nous transporte littéralement avec eux).
Tout le talent de mise en scène de Spike Jonze est mis en valeur dans ce film, sublimé par le jeu incroyable de Max Record, jeune acteur qui nous en fera voir d’autres dans les prochaines années tant sa présence est puissante à l’écran. Les monstres et les effets visuels ne sont pas en reste, alliant crédibilité et poésie, ainsi que la très belle musique de Carter Burwell et de Karen O de Karen O and the Kids (et des Yeah Yeah Yeah), rappelant avec légèreté certains titres des Arcade Fire (que l’on entend d’ailleurs dans la bande-annonce).

Bref, certains diront que le film est long, sans intérêt, sans… histoire. Ce seront ceux qui auront oublié leurs rêveries d’enfant, où allongés dans leur chambre ou dans l’herbe de leur jardin, s’inventaient des vies extraordinaires, peuplées de mille détails, de milles évènements tout aussi puissants qu’insignifiants les uns des autres.

Donc oui, le film a des longueurs et une approche narrative atypique par sa simplicité, laissant le spectateur dans toute sa liberté de réflexion (est-ce la réalité, est-ce un rêve, il y a t’il vraiment un enjeu à tout ça ?), ce qui est toujours déstabilisant vu que la plupart des films « prémâchent » l’imagination du public pour le guider sur des chemins qu’il connaît déjà, pour ne pas le perdre dans ses sentiments, le rassurer sur ce qu’il voit, le cajoler dans ses certitudes.

Mais voilà, Max et les Maximonstres, sous son apparence innocente, est bien plus complexe. C’est un film sur l’imaginaire, le jeu, la manipulation, mais aussi sur la confiance et la méfiance, la tendresse et la haine que l’on éprouve pour ceux que l’on aime. Max et les Maximonstres est tout simplement un film sur la vie, sur la force quasi-guerrière qu’il faut pour ressentir et pour profiter de la vie dans toute sa beauté, dans toute sa complexité, dans les moments de joie comme dans les moments de doutes et de colère, ou tout simplement, dans ces moments d’ennuis que redoute tellement Max… et que nous pouvons tous combler par la force de notre imaginaire !

Caro