De la 3D réaliste, mais pas trop !

La semaine dernière, la nouvelle bande annonce des aventures de Tintin réalisées par Steven Spielberg et produites par Peter Jackson a frappé le net.
Nous avions eu l’occasion de voir quelques images, mais pour la première fois, nous avons pu avoir une idée de ce à quoi le film allait ressembler. Et ce que l’on peut remarquer immédiatement, c’est un style graphique étonnant qui ressemble à de la 3D réaliste, mais pas trop.
En effet, à l’instar d’un Rango sorti en salles voici quelques mois, les deux réalisateurs de génies, que sont Spielberg et Jackson ont pris le parti de mettre en images les aventures du jeune reporter dans un style au rendu réaliste, sur des personnages qui eux, de par leurs visages, ou expressions, le sont beaucoup moins.
Et cela, croyez-moi, n’est pas une mince affaire !

Lorsque l’on voit un Toy Story, un Monster Inc, ou un Kung Fu Panda, nous sommes dans des univers graphiques très marqués, au style et au design bien définis, établis après un long travail de concepts, de recherches, et d’études de couleurs.
On est loin d’une reproduction de la réalité, que ce soit dans les textures des objets, leurs formes, les décors, les animations de personnages, ou la lumière environnante.
Dans Tintin, ou dans Rango, si l’on enlève les personnages, on pourrait parfois se croire dans un film réel tant la lumière qui baigne la scène, les ombres, les couleurs, les réflexions et les details sont réalistes. Pourtant, il reste ce petit truc en plus qui nous fait savoir que l’on est face à un film d’animation.

L’année dernière, j’ai eu la chance de travailler sur le film Rango, je me suis occupé d’un plan d’extérieur, une vue d’ensemble du désert, sous un coucher de soleil, ou l’on voyait les personnages courir sur leurs drôles d’autruches. La consigne pour créer ce plan etait de faire quelque chose de réaliste, mais pas trop, d’un peu stylisé, mais qui utilisait surtout des photos…
C’est la première fois que je recevais ce genre de brief, et pour cause, cela va à l’encontre de ce que l’on fait d’habitude. C’est assez déroutant.
Lorsque l’on fabrique un décor de toute pièce, comme dans Toy Story, on n’utilise aucune photographie, tout est peint à la main, en utilisant des couleurs bien définies, sur des géométries au style plus ou moins cartoon. On souhaite enlever tous les petits details futiles, les erreurs, les accidents, pour présenter une version édulcorée, magnifiée, ou infantilisée du lieu.
Dans un film en revanche, c’est l’inverse, on essaye de peindre un minimum de choses pour au contraire utiliser des photos qui nous permettrons, par la présence de toutes ces petites imperfections, de renforcer le coté naturel et vrai de l’environnement. On est en recherche de ce petit detail qui fera oublier le trucage et permettra au spectateur de complètement oublier qu’il est en face d’un décor créé de toute pièce.
C’est donc un vrai challenge que de produire des images dans ce nouveau type de film d’animation. Il faut toujours peser ce qui fait vrai, enlever ce qui le fait trop, magnifier sans dénaturer, et c’est un vrai casse tête.

Il en est de même pour les personnages eux mêmes, en particulier leur animation. Lorsque l’on voit le visage de Haddock, on voit bien qu’il ne s’agit pas d’un vrai acteur. Ses proportions, son nez, ou ses yeux ne sont pas réalistes. Pourtant, son animation, les expressions de son visage, elles, le sont. On utilise des technique de motion capture pour reproduire des mouvements réalistes, tirés de vrais acteurs jouant la scène, et on les calque sur des personnages qui eux ne sont pas réalistes. On se retrouve dans le même paradoxe que pour les décors. Il faut que cela fasse vrai, mais pas trop.
L’Uncanny Valley est une hypothèse dont on se sert dans la robotique, et dans l’animation. On s’est en effet rendu compte que lorsqu’on reproduisait presque parfaitement un humain, mais qu’il n’était pas réaliste a 100%, il faisait peur et provoquait dégoût et répulsion.

Voila quelques années, des films comme Polar Express, Final Fantasy ou Beowulf tentaient de s’approcher au maximum de la réalité. Et c’est à cause du dégoût que certain ont eu à l’encontre de ces personnages qui semblaient plus morts que vivants, que le secteur de l’animation a choisi de revenir à un style plus cartoon dans ses personnages, quitte à leurs laisser des mouvements réalistes, mais en redonnant un coté stylisé à leur visage.
Dans Rango, aucun soucis, les héros sont des animaux, mais dans Tintin, on voit bien qu’on n’a pas cherché à faire de véritables humains.

Ludovic