Critique du film Zero Theorem de Terry Gilliam

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Zero Theorem
Réalisé par Terry GILLIAM
USA/GB 2013 1h46
avec Christoph Waltz, Mélanie Thierry, David Thewlis, Lucas Hedges,
Tilda Swinton, Matt Damon, Sanjeev Bhaskar, Peter Stormare, Ben Whishaw…
Scénario de Pat Rushin

C’est la nouvelle folie de Terry Gilliam, le plus américain en même temps que le plus visionnaire des indépassables Monty Python, et c’est une sorte de Brazil trente ans plus tard… On retrouve cette même vison kafkaïenne et déjantée de la société, avec les couleurs flashy en plus. Cette veine de l’anticipation – même si l’univers ici décrit n’est qu’une très crédible extrapolation du nôtre – permet à Gilliam d’exploiter au mieux son imaginaire débordant. On retrouve sa patte dans les décors style rétro-futuriste, dans les costumes et les coiffures plus extravagants les uns que les que les autres. Le film déborde d’idées, de trouvailles saisissantes, comme ces publicités qui vous suivent partout dans la rue, ou ces fêtes où chacun danse sur sa propre musique sortie de ses écouteurs… Une dystopie foisonnante, bourrée d’imagination, d’humour et de générosité.

Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management, un cousin germain de Big Brother… Qohen Leth, génie de l’informatique, vit reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose, donnant ainsi, enfin, un sens à sa vie. Malheureusement il doit régulièrement quitter son antre pour aller travailler, au risque de louper se fameux appel, il doit se mêler à ses congénères, ce qu’il redoute au plus haut point…
Jusqu’au jour où Management lui confie un projet ultra-confidentiel : il va devoir décrypter le fameux « Théorème Zero », qui prouvera que l’infini existe… ou démontrera que ce n’est qu’un leurre. Et pour cette mission spéciale, Qohen pourra effectuer ses recherches sans bouger de chez lui, le bonheur ultime. Mais la studieuse solitude du chercheur de fond est perturbée par les visites intempestives des émissaires de Management : Joby, sorte d’inspecteur des travaux finis, Bob, un jeune informaticien surdoué, et la voluptueuse autant que mystérieuse Bainsley, qui fait tout pour le séduire. Sans compter les interventions d’une psychiatre virtuelle aussi intrusive qu’à côté de la plaque… Entre ses calculs infernaux et les contacts avec ces intrus, Qohen finira-t-il par percevoir le sens de la (sa) vie ?

Sans jamais se prendre au sérieux, en gardant en permanence son ambiance de bricolage artisanal (on est à mille lieues des blockbusters futuristes ultra-balisés), le film porte un regard à la fois amusé et inquiet sur l’évolution technologique effrénée de nos sociétés, sur le contrôle permanent, sur l’hyper-connexion obligatoire, sur l’isolement impossible et la paradoxale solitude qui en découle, sur la perte de sens et de repères… La fable est sombre dans le fond mais joyeuse dans la forme, en tout cas bourrée d’énergie et de fantaisie.
C’est le formidable Christoph Waltz, découvert par Tarantino, qui incarne Qohen : crâne rasé, timide, névrosé (il parle de lui à la première personne du pluriel), finalement très drôle et infiniment humain. Mais tous les acteurs sont épatants, y compris les guest-stars qui nous réservent quelques apparitions réjouissantes : Matt Damon en Management caméléon, ou Tilda Swinton en psy-rom complètement frappadingue.

Raoul Duke

[Raoul à Cannes] Jeudi 12 mai 2011

Raoul est notre envoyé spécial pour le 64ième Festival de Cannes, vous pouvez suivre ses aventures en direct ici : http://www.twitter.com/Filmgeek_fr et ses comptes-rendus sur Filmgeek.

Il est bientôt 5 heures… Une dernière relecture, et hop voici mon compte rendu de la journée…


Sleeping Beauty – Sélection officielle (compétition)
1er film (rare en compèt’) australien de l’écrivain Julia Leigh, avec Jane Campion comme mentor, excusez du peu, ça donnait envie.
Emily Browning (Suker Punch) joue les poupées sexuelles, pour les fans de la demoiselle sachez qu’elle passe la moitié du film à poil ou en petite tenue.
Malgré une ambiance froide et mystérieuse, le film a du mal à convaincre et on reste sur sa fin.


We need to talk about Kevin – Sélection officielle (compétition)
Nouveau film de Lynn Ramsay (Ratcatcher, Le voyage de Morven Callar) avec Tilda Swinton (excellente comme d’habitude) et John C. Reilly.
Tous deux jouent les parents du petit Kevin. Et il n’est pas du genre charmant et gentil, mais plutôt un casse couille, une teigne, une enflure enfin bref un parfait petit connard.
La mise en scène est assez forte même si elle est quand même beaucoup trop appuyé. Et comme on comprend assez vite les tenants et les aboutissants du film, ça traîne un peu en longueur.


The slut – Semaine de la critique
1er film Israëlien dont la réalisatrice est également scénariste et actrice principale. Elle joue une jeune mère seule avec deux enfants. Elle a des relations avec plusieurs gars du bled jusqu’à ce qu’arrive un véto. Va-t-elle réussir à se contenter d’un seul homme ?
Je n’ai pas trouvé ça très passionnant et la fin m’a un peu agacé.


La guerre est déclarée – Semaine de la critique
Deuxième film de Valérie Donzelli, après l’excellente surprise de « La reine des pommes ». On la retrouve  dans une histoire écrite par elle et Jérémie Elkaïm. Un récit d’ailleurs tirée de leur propre vie commune et du combat qu’ils ont mené ensemble pendant la maladie de leur fils.
Ce film est d’une fraîcheur, d’une sincérité rare, que l’on retrouve  chez les acteurs et dans la mise en scène. Une belle claque qui fait du bien !