Critique du film Twixt, de Francis Ford Coppola

Synopsis :

Un écrivain sur le déclin arrive dans une petite bourgade des Etats-Unis pour y promouvoir son dernier roman de sorcellerie. Il se fait entraîner par le shérif dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin. Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui. Pour démêler cette énigme, il va devoir aller fouiller les méandres de son subconscient et découvrir que la clé du mystère est intimement liée à son histoire personnelle.

 

Critique :

Soyons d’accord, Francis Ford Coppola n’a plus rien à prouver et le revendique haut et fort depuis des années. Ce qui l’intéresse à présent, c’est de conserver cette envie de (re)trouver une forme d’innocence dans le cinéma, de (re)découvrir les joies d’expérimenter de nouvelles variations stylistiques – narratives et esthétiques – mais aussi techniques. Ce qui l’intéresse donc, c’est simplement l’envie de s’amuser. C’est-à-dire, de réaliser des films avec peu de moyens, mais de les réaliser avec beaucoup de plaisir. Francis Ford Coppola n’est au final qu’un grand facétieux, qui a débuté sa carrière en signant des chefs d’œuvres de maître, et la termine avec des créations étudiantes. Et pourtant, il reste une grande cohérence sur l’ensemble de son œuvre.

TWIXT est un film atypique, curieux, boiteux, baroque et minimaliste. TWIXT, c’est un petit peu tout et rien à la fois. C’est un film complet et inabouti, c’est un regard d’auteur acéré sur le monde de la création et du cinéma, qu’il tourne en ridicule autant dans le fond que dans la forme, mais c’est aussi un film où l’auteur tombe dans son propre piège. C’est une oeuvre qui est – en creux – ambiguë, paradoxale, complexe, présentant d’innombrables strates de lectures et d’interprétations. Mais, c’est aussi une œuvre qui paraît en substance immanquablement creuse, si l’on ne fait pas l’effort de regarder au travers, pour en apprécier toutes les nuances et les reflets.

TWIXT est un film joyeux, burlesque, intriguant, tendre, émouvant, effrayant, hypnotisant. TWIXT, c’est un film décalé, construit sur du vide. C’est même, en quelque sorte, l’apologie du vide. Ce qui pourrait être considéré comme un nanar bénéficie du génie de son auteur et s’inscrit davantage comme un essai expérimental, restituant avec un enthousiasme enfantin le rêve idiot d’un cinéaste qui n’a jamais perdu son humour et son ironie sur le monde de l’industrie du spectacle et sur le monde de la création.

TWIXT est un film qui a été écrit d’après un rêve, par une chaude nuit d’été alcoolisée, à Istanbul. C’est une expérience qui donc, se vit comme un rêve et qui s’oublie comme un rêve. Ce qui reste après la projection, ce sont comme des filaments de songe, qui s’évanouissement pour réapparaitre un instant et où se révèlent toute l’évanescence qui caractérise finalement le film. Coppola nous invite ainsi, de manière très intime et confidentielle, a entré dans son monde onirique et imaginaire. Que l’on aime ou pas cette incursion, nous ne pouvons rester que respectueux de cet univers et de son hôte.

Le spectateur a ainsi plusieurs choix : soit plonger dans le vide du film et parvenir à planer, soit plonger pour s’écraser, soit se retenir furieusement au bord. Pour apprécier ce moment, il faut donc accepter de lâcher prise et se laisser flotter au gré des images et des sons, quitte à ne pas combattre le sommeil qui peut nous attendre au tournant de quelques scènes. A l’image du héros, incarné par un Val Kilmer autant imposant que sensible, qui ne cherche sa vérité que dans ses rêves. Car en définitive, des rêves ou de la réalité, de la vie ou de la mort, tout se confond, et c’est en cela que ce film de Coppola est bouleversant.  C’est une jolie interprétation de la célèbre citation de La Tempête de Shakespeare : « Nous sommes faits de la même étoffe que les songes, et notre petite vie, un somme la parachève ».

Sur ce, faites de beaux rêves, plein d’adolescentes vampires et d’appareils dentaire…